dimanche, février 07, 2010







WARNING


This is an announcement from genetic control


Après près de neuf ans passé avec blogger, il était temps pour cette page de se moderniser un peu et de migrer sous Wordpress.

Cette page ne sera donc plus mise à jour.

L'adresse du blog ne change pas et reste http://kmskma.free.fr/. Toutes les notes ont été migrées sur wordpress. Mais l'ancienne page (celle-ci)(suivez un peu) restera accessible à cette adresse : http://kmskma.free.fr/oldkms.html.

Il est fortement conseillé, si vous souhaitez continuer à être informé des mises à jour du blog, d'actualiser (sous peine de sombrer dans un état de putréfaction avancé en agonisant dans d'atroces souffrances (au moins))(donc mettez à jour) le FLUX RSS2 ou FLUX RSS dans vos agrégateurs puisque celui-ci est différent .

Les commentaires restent accessible ici jusqu'à la fin de l'année mais n'ont pas été migrés vers Wordpress.



Rendez-vous sur Kill Me Sarah.



vendredi, février 05, 2010

Cluster : Plas (Album : II 1972)

Les pensées brouillées par des bruits de fond incessant à 360°. Pollution sonore silencieuse. Trop de choses, là, en même temps, pour des neurones fatigués. Est-ce tout ce que l'on perçoit du monde extérieur quand on le comprend de moins en moins.

Sur la route en rentréant du bureau, tout à l'heure, sur un local de la municipalité ou de son opposition après tout peu importe, des affiches pour inciter au "débat", avec des guillemets obligatoires, Pour ou contre le tri sélectif?.

Laisser une pause pour permettre de bien mesurer la profondeur de la question. Pour ou contre le tri sélectif? Est-ce que l'on est seulement en état de se poser la question? A t'on encore le choix? On imaginera bien les citoyens drapés dans leur égoïsme écrasant, venant témoigner sur la complexité de ce tri, mais à quoi ça sert?. Le seul fait d'imaginer que la question puisse faire débat, le seul fait de la poser, l'imprimer, de l'afficher, donne une idée du chemin restant à parcourir. Chemin dont on peut douter foncièrement arriver au bout un jour (ou alors quand il n'y a plus sur la terre que du beurre fondu comme disait machin). On ne la regrettera pas l'humanité. On ne sera plus là pour ça de toute manière. Faut-il préciser qu'il s'agit d'une des pires communes de la "droititude" en île de france, juste derrière Neuilly, gérée par un de ces mauvais vendeurs de pizzas froides. Pas certain non plus que la "gauchitude" fasse "mieux" en matière de démagogie minable. Pensées en vrac, sans intérêt, mauvaise humeur vaine et inutile.

Bruit de fond. On en était aux bruits de fond. Il y a un bouquin de Don Delillo (du grand Don Delillo) dont c'est le titre français. Bruit de fond. Tiens il parle de pollution d'ailleurs ce bouquin, mais c'est sans rapport. De pollution et d'angoisses. Le titre anglais est White noise. Bruit blanc. Un peu ce que l'on entend par instant sur les bricolages électroniques de Cluster. Ce disque de science fiction du passé, sous ses apects brouillons et inquiétants, a des facultés apaisantes écouté à fort volume. Juste ce qu'il fallait.

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Roxy Music : In every dream home a heartache (Album : For your pleasure 1973)

Je me souviens de Fluide Glacial à ses début, vers 76/77. Je l'achetais spécialement pour les planches rock de Solé, Gotlib et Dister, racontant une chanson ou un groupe en dessins. J'adorais lorsqu'ils racontaient une chanson, en traduisant les paroles et en les illustrant.

Ce n'était pas toujours simple de comprendre ce qu'elles racontaient les chansons, mon niveau d'anglais, malgré des efforts remarqués dans cette matière, n'était pas encore suffisant. On ne trouvait pas non plus les paroles sur toutes les pochettes. Disposer d'une traduction était rare. L'idée devait venir de Dister, photographe et journaliste à Rock & Folk qui avait vécu le flower power et le mouvement hippie de l'intérieur en ayant couvert tous les festivals majeurs de la fin des sixties et du début seventies.

Ces pages là, je finissais par les connaître par coeur à force de les lire, allongé sur le lit étroit de la petite chambre chez mes parents. Avec ces dessins débordant de détails. Elles faisaient rêver doublement puisqu'elle puisaient leur inspiration dans la musique écoutée. Ils avaient décortiqués les Who, les Beatles, Zappa, Pink Floyd, le punk (c'était l'époque), Genesis, Magma, Patti Smith... Dans le n°16 d'octobre 77 (on notera sur le coté gauche de la 4ème page le petit hommage à la mort d'Elvis survenue deux mois plus tôt), c'était le tour de Roxy Music.

Même si à l'époque, je ne connaissais que Country Life et pas seulement pour des raisons musicales (Cf. la pochette), sans encore l'avoir. Cette bande dessinée elle, m'aura fait acheter For your pleasure, le merveilleux 2ème album de Roxy Music. Eno était encore là mais plus pour longtemps. Sur la pochette, on voyait une Amanda Lear dominatrice, promenant en laisse une panthère noire. For your pleasure.

In every dream home... la chanson terminait la première face, sur ce tempo lent et pesant, avec cet orgue inquiétant et les touches discrètes du saxophone d'Andy MacKay en arrière plan. Bryan Ferry en dandy oisif et dépressif, y raconte sa solitude pesante (et sexuelle) dans sa somptueuse demeure. Il explique comment il se commande une poupée gonflable par correspondance pour y remédier, et devient amoureux d'elle. Les quatre planches ci-dessous (cliquer dessus pour les voir en grand) racontent ça bien mieux que quelques mots.

On peut presque y voir une préfiguration en forme de parabole de la virtualité de certaines relations amenées par internet et des fantasmes suscités par l'autre derrière son écran. Pourtant la chanson date de 1973. Même le minitel n'existait pas encore.

Les quatre pages illustrent avec beaucoup d'humour et de détails foisonnants cette chanson. C'était un peu étrange de découvrir une chanson sans l'écouter, mais lorsque je l'ai entendue pour la première fois, la musique collait parfaitement avec ce que j'avais imaginé. Même si l'allusion sexuelle de la fin de la chanson (I blew up your body, but you blew my mind...) m'avait échappée (si je puis dire...).

Il m'est impossible, après toutes ces années, de l'écouter sans revoir Bryan Ferry se débattant avec sa poupée gonflable, ou se tripotant la nouille, même si quelque part, cela enlève une partie du coté dramatique de la chanson.

(Pour ceux que ça intéresse, un album, Pop, Rock et Colégram, malheureusement épuisé depuis bien longtemps, compilait toutes ces planches. Il est parfois trouvable d'occasion)

    

    

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lundi, février 01, 2010

Can : Dizzy Dizzy (Album : Soon over Babaluma 1974)

©Photo KMS 2009

"Je me souviens. Si je n'oublie, car il existe aussi tout un charnier de mes anciennes cellules cérébrales, de mes cellules photographiques, de tout ce que j'ai pu éliminer, larguant ce qui m'encombre, même si les souvenirs douloureux ne font pas nécessairement partie des souvenirs encombrants. Mais toujours le souvenir entraîne l'inquiétude, la crainte de me perdre en perdant ce que je veux garder et même si je pouvais, spéléologue, m'avaler dans la caverne de ma propre gorge, descendre avec mon oeil et mon âme dans les chairs friselées, ondulées, crépues, nervurées de l'oesophage, jusqu'au plus noir, au plus profond de mes entrailles."
Gabrielle Wittkop : Chaque jour est un arbre qui tombe

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The Normal : Warm Leatherette (AlbumSingle : T.V.O.D./Warm leatherette 1978)

Il y avait bien eu avant, le premier singles des Buzzcocks, Spiral scratch, sorti en janvier 77 sur leur propre label (New Hormones) et c'était un des premiers groupes punk à procéder de la sorte. Il y avait aussi eu The Residents à San Francisco et leur label Ralph Records dès 1972. En France, Richard Pinhas avait déjà lui aussi son label Disjuncta dès 72.

Mais un des groupes qui a vraiment lancé le mouvement DIY (pour Do It Yourself)(fais le toi-même) en Angleterre, ce sont les Desperate Bicycles avec leur premier single, Smokescreen/Handlebars, sorti en mai 77 sur leur label Refill Records créé pour l'occasion.

Il leur en avait couté 153£ (et non pas 125£ comme le dit Simon Reynolds dans Rip it up and start again) pour réaliser les 500 exemplaires. A la fin d'Handlebars ils chantaient leur mot d'ordre : It was easy, It was cheap, GO AND DO IT!!!". Un équivalent au fameux Here's three chords... now form a band, le manifeste punk paru dans le fanzine Sniffin' Glue fin 76.

Au dos de leur 2ème single (153£, regarde Simon, c'est marqué) sorti quelques mois plus tard, ils enjoignaient les acheteurs du single à faire de même (cliquer sur la pochette). Le Melody Maker leur avait consacré un article où ils expliquaient comment faire simplement un disque. C'est d'ailleurs ce mot d'ordre et cette façon de faire qui sont restés plus que leur musique (on peut écouter). Ils furent légion à suivre leur conseil. Le mouvement DIY allait exploser et être un des fondements essentiels du mouvement post-punk, et être à la base du développement des labels indépendants.

C'est là où Daniel Miller entre en scène. Miller était un passionné de musique allemande, Can, Faust, Kraftwerk...A la suite de l'article du Melody Maker il s'achèta un synthé Korg d'occasion (un 700S) et enregistra deux titres dans sa chambre sur un magnéto à bandes 4 pistes. Dès le départ, sa démarche était de vouloir sortir sa musique sur son propre label.
Mute était né et son single sorti en novembre 1978 sous le nom de The Normal porte référence MUTE 001. Comme pour beaucoup de ces petits labels, la distribution était assurée par la boutique Rough Trade (et le label qui démarrait à peine).

Warm Leatherette, avec ses gros sons de synthés analogiques et son beat répétitif, est un chef d'oeuvre irrésistible d'electro-pop/punk, d'une modernité toujours aussi efficace même plus de trente ans après. Influencé par le Crash de J.G.Ballard (d'où la photo de la pochette), la chanson raconte l'histoire d'un couple faisant l'amour en urgence dans leur voiture accidentée en train de bruler. Le titre Warm Leatherette, évoquant le revêtement des sièges en train de fondre sur leur peau.

Ce n'était pourtant que la face B du single. Sur la face A on trouvait T.V.O.D. dans la même veine musicale que sa petite soeur.

Le single se vendit à 30 000 exemplaires et influença énormément la scène synthpop et plus tard électro. Étrangement (ou pas d'ailleurs), Miller arrêtera là sa carrière musicale (malgré quelques collaborations éparses) et se consacra à son label en signant Fad Gadget puis rapidement le duo Allemand de D.A.F. et plus tard les principaux artistes de la scène synthpop qu'il avait contribué à faire émerger avec T.V.O.D./Warm Leatherette, dont Yazoo, Erasure et surtout un petit groupe de Basildon qui reste le plus gros succès du label (et aussi un des plus fidèle puisque Depeche Mode est toujours chez Mute).

On pourrait réécrire l'histoire en disant que j'ai acheté le single à sa sortie. Mais la première fois que j'ai entendue cette chanson, elle était chantée par Grace Jones au début des années 80... sans même connaître alors la version originale...

(Les curieux pourront se procurer cette belle (comme d'hab') compilation Soul Jazz Records sur le mouvement D.I.Y. anglais)

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American Music Club : Will you find me? (Album : Mercury 2003)

On se voit comme sur une photo en couleur, assis par terre dans une pièce au parquet déjà usé. On a le regard perdu derrière la fenêtre. Le temps passe, la pièce est vide, la photo perd ses couleurs, devient en noir et blanc,elle vieillit. Un noir et blanc un peu sale. Alors on se lève et on quitte la photo, en époussetant ses épaules de la poussière accumulée durant toutes ces années. On aperçoit fugitivement dans le miroir accroché sur le mur de la photo, les cheveux gris qui n'étaient pas là avant. On sort du cadre. Dehors le ciel est gris.

Elle ressemble à ça cette chanson de Mark Eitzel, perdue à la fin d'un disque, en fin de face. Après des bleep informatiques, plus de rêves et d'espoirs.

On écoute trop de disques. Abondance de biens ne nuit pas. Mais... On ne se fabrique plus de souvenirs pour le futur. Tout se noie dans un flux musical incessant. On ne prend plus le temps, de passer un moment avec les disques. On passe au suivant tout de suite. On va où comme ça? Surtout, on cherche quoi? A se demander si bientôt les disques n'auront pas une date limite de consommation imprimée sur la pochette. A écouter avant le... Ensuite ton disque est moisi tu n'as plus qu'à le jeter.

Je sais bien, rien n'oblige d'écouter toutes ces nouveautés. On les a là, sous le nez, c'est tentant. On ne passe plus assez de temps avec un disque. Encore faut-il qu'il en vaille la peine. C'est une autre question. On espère toujours, en trouver un nouveau, qui nous fasse vibrer comme d'autres avant. On espère toujours. Mais à trop espérer on ne garde rien.

On consomme. C'est le problème, quand ça devient un objet de consommation. On consomme. Les biens de consommation sont périssables. Il en restera quoi dans cinq, dix ans. On oublie trop, trop vite, à trop en vouloir. Il ne faut pas négliger ses souvenirs futurs.

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Hildur Guðnadóttir : Elevation (Album : Without Sinking 2009)

Janvier. Le froid revient nous mordre un peu plus. Ce mois n'aura été que morsures. Que mort tout court. Est-ce pour cela ce besoin de silence et de musiques instrumentales aux paysages balayés par le vent?
Celle d'Hildur Guðnadóttir vient du froid. D'Islande. Mais ses notes ne bouillonnent pas à la manière des geyser, elles flottent dans le vent froid et tourbillonnent.

Le son de son violoncelle, léger et dur en même temps, comme une pierre ponce, court sur la peau en frissons dangereux. Les filles et leur violoncelle ont quelque chose d'une sensualité floue qui fascine. Peut être la position de l'instrument, serré entre leurs cuisses ouvertes, la danse des doigts ou du bras tenant l'archet et caressant les cordes. Un grain sonore plus palpable, comme une voix rauque, à la Anna Mouglalis, de celles qui te titillent le bas de la colonne vertébrale.

On imagine bien, l'hiver, dans les hautes terres, le vent balayant la lande de pierres et de lichens, déserte sous un ciel gris par conviction, le frottement de l'archet comme des rafales de vent froid. Musique de solitude, d'intimité envoutante et pure, semblant s'évaporer en volutes comme la vapeur des sources chaudes de son pays, sous le mouvement ralenti des nuages.

Lenteurs spectrales aux feu follets éphémères, échos irisés d'aurores boréales glacées, on écoute cette musique comme on rêve de voyages improbables vers des bouts du monde aux nuits sans fin.

On est bien loin ici du rock encore une fois, malgré le fait que la jeune Hildur ait collaboré avec Múm ou Pan Sonic, mais ce disque aussi discret qu'il est superbe est le préféré de Stephen O'Malley de Sunn o))), qui doit trouver dans cette musique un apaisement à ses drones telluriques.

Janvier. Je n'ai pas envie d'entendre chanter. C'est peut être la saison qui veut ça. Ou une lassitude larvée. Je veux du silence. Juste sentir le frôlement de l'archet sur la peau, et le vent froid, celui qui pique les yeux.

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Boards of Canada : Music Is Math (Album : Geodaddi 2002)

©Photo KMS 2009

"Les paroles me semblaient incomplètes. Les voix des gens commençaient et s'arrêtaient de manière inattendue. Je ne pouvais pas en distinguer le rythme. Mais l'écriture coulait bien sûr. Elle semblait animée d'un mouvement de haut en bas, en même temps que de droite à gauche. Si les caractères grecs ou latins sont des dalles, l'arabe est une pluie."
Don Delillo : Les Noms

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Julie Driscoll Brian Auger & The Trinity : When I was a young girl (Album : Streetnoise 1969)

Julie, je l'ai connue Tippett avant de la connaître Driscoll. Il a fallu des années avant de l'écouter sous son nom de jeune fille. Tippett parce qu'elle a épousée le pianiste Keith Tippett il y a bien longtemps. Un pianiste de jazz expérimental, que l'on peut entendre sur les Lizard et Islands du King Crimson de mes 15/16 ans. Pas hier. Qui fait maintenant des concerts solos sur piano préparé absolument superbes (on en reparlera un jour).

A partir du moment où elle a été mariée à Keith Tippett, Julie Driscoll n'a pas seulement changé de nom, elle a aussi fait évoluer sa musique vers des versants beaucoup plus jazz (voire expérimentaux) que précédemment, lorsqu'elle était plutôt une chanteuse de folk/blues au sein du groupe de Brian Auger.

On est en Angleterre, dans les sixties, Brian Auger fait évoluer son jazz (John McLauglin a fait partie de son premier groupe) vers des sonorités plus commerciales, propre à l'époque, une sorte de blues Anglais teinté de folk, frisant parfois dangereusement avec le progressif qui n'était encore qu'en gestation.

La chance de Brian Auger est d'avoir su recruter la jolie Julie Driscoll comme chanteuse. Si sa musique était loin d'être très originale, ni parfois même très passionnante, la voix de Julie Driscoll était comme le faisceau d'un projecteur trouant les ténèbres. Une voix évoquant Joni Mitchell sur les morceaux plus folk, et tutoyant les sommets de Nina Simone sur les blues, comme sur cette chanson lente, un traditionnel, chantée également par une certaine... Nina Simone (vidéo pour écouter sa superbe version)(et plus récemment par Feist (vidéo) mais un peu (sic) à coté de la plaque).

Là où Nina Simone ne force pas, impressionne par sa justesse, et vit littéralement l'histoire de cette fille perdue, Julie Driscoll dans toute sa blancheur de peau et sa jeunesse, va chercher au fond d'elle même l'émotion nécessaire pour raconter cette histoire tragique qui n'est pas la sienne. Même si l'orchestration de Brian Auger est terriblement datée sixties (ce son de B3...), la voix de Driscoll transcende la chanson, particulièrement dans la partie centrale où elle pousse sa voix et peut difficilement laisser indifférent.

Julie Driscoll quittera le groupe de Brian Auger en 1969 (qui donne encore des concerts à plus de 70 ans...), Streetnoise qui contient également une très belle version du All Blues de Miles Davis (et aussi une reprise du Take me to the water de ... Nina Simone) restera probablement leur plus belle réussite. Rien que pour cette version de When I was a young girl...

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Kammerflimmer Kollektief : Mohn! (Album : Hysteria 2001)

©Photo KMS 2008

"Je pense que même le bruit de mes pas et les airs du phonographe sont une forme de silence, et que le vacarme commence au moment où l’on se tait et où l’on entend les pensées des autres se déplacer à l’intérieur d’eux comme les pièces d’un moteur détraqué qui essaient de s’ajuster."
(Antonio Lobo Antunes : L’ordre naturel des choses)

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Eyeless in Gaza : Voice From The Tracks (Album : Caught in flux 1981)

La pluie a succédé au froid. Une pluie sale. Il ne manquerait qu'une pellicule de suie noire sur les tuiles rouges des toits pour se croire dans le nord de l'Angleterre. Une météo à écouter des disques qui sentent l'humidité.

La musique transporte dans le temps. Toujours en arrière. Celle d'Eyeless in Gaza (dont le nom vient d'un roman d'Aldous Huxley) ramène systématiquement au début des années 80.

Rien de plus logique puisque ces disques datent de ces années là. Etonnant néanmoins puisque vers 81/83 j'étais à dix mille lieues d'écouter Eyeless in Gaza dont j'ignorais absolument tout, à commencer par son existence. On pourrait parler de musique datée et c'est probablement le cas. Mais pas seulement. Pas seulement...

Elle cristallise surtout un climat propre à cette époque. Ce qui expliquerait, la faculté d'y associer a posteriori des souvenirs dont elle est absente. Ce n'est qu'une hypothèse. Rétrospectivement, elle habille des instants passés comme si on écrivait l'histoire à nouveau, et vient prendre une place peut être laissée vacante à cet effet. Un chainon manquant. Bien plus tard on s'en rend compte, ces années étaient surtout un grand vide sous une agitation de surface.

Sauf que dans Eyeless in Gaza il y a un coté rageur. Une douleur dans la voix de Martyn Bates. Dans sa manière de hurler plus que chanter les paroles. Surtout dans les premiers albums, bien rêches. Ça s'adoucira ensuite. La douleur qu'on ne voyait pas à l'époque. On parlait fort aussi, c'était bien pour masquer quelque chose.

Peut être aussi parce que le timbre de sa voix rappelle celle du chanteur de Spandau Ballet, du moins telle qu'elle est restée dans les souvenirs, qu'on écoutait beaucoup par contre. On avait, je le crains, un (mauvais) goût certain pour la new-wave capillaire. Un peu moins pour les âmes écorchées.

Elles auraient été parfaites ces chansons vers 82/83, avec la relecture du temps, elles auraient collées à l'atmosphère humide de la Bretagne certains étés, à la mousse qu'on grattait sur les pierres espérant trouver une réponse dessous, visages émaciés et le voile de nos peurs ravalées, sourire des filles brunes sous la lune les étoiles, gestes tendus et saccadés dans les désirs perdus qu'on laissait s'envoler dans le vent, sans pouvoir les rattraper. Il en reste certainement des traces sur de vieux inversibles en 64 asa, rangés dans des petites boîtes en plastique.

Dehors la pluie continuait de tomber. De plus en plus grise. La musique n'éveillait peut être que quelques vieux spectres enfouis dont il ne fallait pas troubler le sommeil. Ou, juste les divagations d'un matin humide.

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XTC : River of orchids (Album : Apple Venus 1999)

La ville était enfouie dans le brouillard ce matin. Un coton épais et humide. Un des rares avantages de l'hiver avec la neige. Avec cette faculté de transformer les bâtiments et les hommes en spectres. Le brouillard, et sa chape de lenteur artificielle. Parfait le lundi matin pour atténuer la réalité du retour au bureau et d'un week-end trop vite passé.

Quand il se lève, le brouillard dévoile le monde lentement, par petits morceaux. Un peu à la manière dont les éléments se dévoilent dans cette chanson d'XTC. J'y pensais ce matin, le regard perdu derrière la fenêtre au bureau.

La goutte d'eau qui tombe d'abord. Venue de nulle part. Le brouillard c'est de l'humidité. Un do joué à la contrebasse puis une nouvelle goutte d'eau. Les cordes, en pizzicato, registre aigu, la contrebasse joue un la et c'est parti. Les pizzicati des cordes dans le registre grave dessinent des contours encore un peu vague mais comme un pantin qui prend vie, les instruments et les notes se mettent tous en mouvement, s'ajoutant les uns aux autres, comme des taches de couleurs apparaissant une à une sur un tableau pointilliste à la Seurat. Juste quand arrivent les trompettes. Avant la voix.

La voix clamant ces paroles oniriques, cette histoire de pissenlit rugissant sur Picadilly Circus (Heeeey! I heard the dandelions roar in Piccadilly Circus) que le chanteur nous dit entendre. C'est surprenant, on comprend qu'il nous interpelle.
La voix. Pendant que les instruments continuent leur danse claudicante, la voix, seule d'abord, continue de nous raconter son histoire sortie tout droit d'Alice au pays des merveilles. Puis, comme pour les instruments, une deuxième s'ajoute à la première et nous fait part de sa moue dubitative par ses hmmmm en réponse aux affirmations de la première.

Les choeurs à l'unisson, pour le refrain, se mêlent aux trompettes sur le tapis des cordes pincées, entrainant la troupe, compagnie hétéroclite et brinqueballante dans une marche sans fin sur la rivière des orchidées où les voix sortent maintenant de tous cotés.
Une part de Philip Glass, une part de Gil Evans, deux parts de comptines avec une tranche de chants joyeux sur le coté comme le dit très bien Andy Partridge.

Take a packet of seeds, take yourself out to play, I want to see a river of orchids where we had a motorway. Et si, le brouillard, en se levant, dévoilait une ville totalement différente de la réalité. Une ville débarrassée de son béton gris et de ses fumées délétères. Une ville où les pissenlits rugissent dans Picadilly Circus mais pas seulement. Une ville où l'herbe est toujours plus verte lorsqu'elle perce au travers du béton. Comme il le dit, dans la chanson. Take a packet of seeds, take yourself out to play, I want to see a river of orchids where we had a motorway. Et si, le brouillard, en se levant, dévoilait une ville totalement différente de la réalité. Une ville débarrassée de son béton gris et de ses fumées...

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Various Artists (Cutler/Wyatt/Hodgkinson/Frith...) : Moments of delight (Album : The last nightingale 1984)

Le 12 mars 1984, débuta en Angleterre une grève nationale des mineurs. Celle-ci allait durer jusqu'au 3 mars 1985. Durant 51 semaines, c'est en moyenne entre 60% et 75% des mineurs qui firent grève, plus de cent cinquante mille d'entre eux.

Ceux-ci s'opposaient à la décision du gouvernement dirigé par la redoutable Margaret Thatcher de fermer vingt mines. Mais l'objectif de la dame de fer ne se limitait pas simplement à la fermeture de ces mines, elle espérait dans le même temps, affaiblir encore plus l'opposition et les syndicats encore puissants dans le pays, dont le National Union of Mineworkers d'Arthur Scargill.

Les affrontements entre les grévistes et la police étaient incessants, la répression du gouvernement engagée sur la voie de la violence. Durant les premiers mois, un mineur était arrêté toutes les 20 minutes.

La grève cessa au bout d'un an, même si le nombre de grévistes était encore important, sans qu'ils aient obtenu gain de cause dans leurs revendications; laissant la population des mineurs exsangue et dans un état de pauvreté extrême, après 51 semaines durant lesquelles ils ne furent pas payés et peu ou pas indemnisés, dans l'indifférence du gouvernement Thatcher.
La grève des mineurs fut considérée comme un symbole de l'opposition à Margaret Thatcher. Au final elle fut une défaite et ne fit que renforcer le pouvoir de la dame de fer.

En octobre 84, à l'initiative de Chris Cutler, ancien batteur de Henry Cow et d'Art Bears (et qui rejoindra Pere Ubu à la fin des eighties), un disque fut enregistré dont l'argent de la vente était reversé aux mineurs (comme il est indiqué au verso de la pochette).

Il sortit sur Recommanded Records le label de Chris Cutler et fut enregistré à Cold Strorage, où This Heat avait enregistré ses albums (voir samedi musicaux #1). On y retrouve, outre Chris Cutler, Lindsay Cooper, Tim Hodgkinson (à qui appartenait d'ailleurs le studio Cold Storage) et Fred Frith de Henry Cow, ainsi que Robert Wyatt (alors membre du parti communiste de Grande Bretagne) sur la première face ce 12-inches EP. Sur la 2ème face, Adrian Mitchell récite deux de ses poèmes.

Les deux chansons avec Robert Wyatt sont magnifiques. La superbe pochette de Ralph Steadman illustre la détresse morale et physique des populations délaissées par le gouvernement Thatcher. Le disque fut édité à 2500 exemplaires. Je ne sais même pas s'il a été réédité une seule fois malgré les espoirs du verso de la pochette.

D'autres artistes supportèrent les mineurs, dont Chubawamba, Pulp qui enregistra le très beau Last days of the miners strike (spotify), Crass ainsi que Test Dept avec le choeur des mineurs en grève.

Les puits fermèrent un à un entre 84 et 95. Le chômage atteignit 50% dans certains endroits, et les villages miniers commencèrent à être désertés. Ce conflit a 25 ans. Cela fait bien longtemps que l'on est loin des Four thousand holes in Blackburn, Lancashire de Lennon dans A day in the life...

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Slowdive : Catch the breeze (Album : Just for a day 1991)

Je me souviens de nos moments de flottement au début des années 90. On trainait les pieds pour ne pas vieillir trop vite. Ça donnait même l'impression de fonctionner. On ne distinguait pas encore les illusions de nos espoirs. Ça vient toujours trop tôt. Ou trop tard va savoir. Toujours avant qu'on ne le souhaite vraiment.

On réduisait en poussière les rêves pailletés déjà oubliés des années 80. Coup de balais sur le trottoir des existences encore chancelantes d'hésitation, même si on n'avait plus l'âge.
Slowdive, voix éthérées, saveurs de thé au jasmin, encens aux parfums d'orient, on essayait d'oublier ce que l'on n'avait pas encore appris. Il ne faudrait pas longtemps pour se laisser rattraper parce que l'on avait évité sans même le vouloir vraiment.

D'une vie où on se laissait porter on allait basculer vers une existence trop lourde à soulever.

Des après-midi cotonneux, en gestes lents, entre Cocteau Twins et Slowdive, à ne pas réussir à s'imaginer, à regarder le soleil derrière la vitre sans en profiter. Tracer des lignes bleues, c'était l'année pour ça, en trompe le monde. On était noyé aussi, dans la réverbération, en flottements hésitants.

1991, 1992, pendant longtemps on a eu l'impression que c'était hier. Et puis un matin on se réveille et presque vingt ans se sont écoulés. On croit plonger lentement. On chute à la vitesse de la lumière.

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David Åhlén : Spirit Fall (Album : We Sprout In Thy Soil 2009)

Now I've heard there was a secret chord, that David played, and it pleased the Lord, but you don't really care for music, do you?
Le Suédois David Åhlén (rien à voir avec le Daevid Allen allumé de Gong (et fondateur de Soft Machine avec Robert Wyatt, Kevin Ayers et Mike Ratledge)) ne semble pas chanter pour les mortels. Son chant, sa musique doivent certainement aspirer à d'autres élévations. Pureté et dépouillement. A l'opposé du monde moderne.

Il y a de la pureté de Bach dans ses chansons miniatures. Une guitare, quelques choeurs, ou même simplement une seule contrebasse sur Fountain of light, un clavecin ou quelques cordes pincées ou frottées, rarement tout ensemble, et la voix d'Åhlén semblant s'élever du choeur d'un église. Comme une oasis de sérénité, une retraite sur soi-même, dans le recueillement, la chair sur la pierre froide.

La tête embrumée par le rhume et l'antigrippal ou quel que soit ce foutu médicament, le corps légèrement frissonnant de froid ou de fièvre naissante, le thé trop chaud sur les lèvres et la langue, on atteint les conditions idéales pour apprécier l'ascétisme de la musique de David Åhlén. Ils annoncent encore de la neige, elle est déjà dans la tête. Et ses notes ont parfois la délicatesse glacée des flocons tombant mollement.

Il n'est pas question ici de rock ou de quelque style que ce soit, il est uniquement question de beauté et de musique, but you don't really care for music, do you?

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