The Normal : Warm Leatherette (AlbumSingle : T.V.O.D./Warm leatherette 1978)

Il y avait bien eu avant, le premier singles des Buzzcocks, Spiral scratch, sorti en janvier 77 sur leur propre label (New Hormones) et c'était un des premiers groupes punk à procéder de la sorte. Il y avait aussi eu The Residents à San Francisco et leur label Ralph Records dès 1972. En France, Richard Pinhas avait déjà lui aussi son label Disjuncta dès 72.

Mais un des groupes qui a vraiment lancé le mouvement DIY (pour Do It Yourself)(fais le toi-même) en Angleterre, ce sont les Desperate Bicycles avec leur premier single, Smokescreen/Handlebars, sorti en mai 77 sur leur label Refill Records créé pour l'occasion.

Il leur en avait couté 153£ (et non pas 125£ comme le dit Simon Reynolds dans Rip it up and start again) pour réaliser les 500 exemplaires. A la fin d'Handlebars ils chantaient leur mot d'ordre : It was easy, It was cheap, GO AND DO IT!!!". Un équivalent au fameux Here's three chords... now form a band, le manifeste punk paru dans le fanzine Sniffin' Glue fin 76.

Au dos de leur 2ème single (153£, regarde Simon, c'est marqué) sorti quelques mois plus tard, ils enjoignaient les acheteurs du single à faire de même (cliquer sur la pochette). Le Melody Maker leur avait consacré un article où ils expliquaient comment faire simplement un disque. C'est d'ailleurs ce mot d'ordre et cette façon de faire qui sont restés plus que leur musique (on peut écouter). Ils furent légion à suivre leur conseil. Le mouvement DIY allait exploser et être un des fondements essentiels du mouvement post-punk, et être à la base du développement des labels indépendants.

C'est là où Daniel Miller entre en scène. Miller était un passionné de musique allemande, Can, Faust, Kraftwerk...A la suite de l'article du Melody Maker il s'achèta un synthé Korg d'occasion (un 700S) et enregistra deux titres dans sa chambre sur un magnéto à bandes 4 pistes. Dès le départ, sa démarche était de vouloir sortir sa musique sur son propre label.
Mute était né et son single sorti en novembre 1978 sous le nom de The Normal porte référence MUTE 001. Comme pour beaucoup de ces petits labels, la distribution était assurée par la boutique Rough Trade (et le label qui démarrait à peine).

Warm Leatherette, avec ses gros sons de synthés analogiques et son beat répétitif, est un chef d'oeuvre irrésistible d'electro-pop/punk, d'une modernité toujours aussi efficace même plus de trente ans après. Influencé par le Crash de J.G.Ballard (d'où la photo de la pochette), la chanson raconte l'histoire d'un couple faisant l'amour en urgence dans leur voiture accidentée en train de bruler. Le titre Warm Leatherette, évoquant le revêtement des sièges en train de fondre sur leur peau.

Ce n'était pourtant que la face B du single. Sur la face A on trouvait T.V.O.D. dans la même veine musicale que sa petite soeur.

Le single se vendit à 30 000 exemplaires et influença énormément la scène synthpop et plus tard électro. Étrangement (ou pas d'ailleurs), Miller arrêtera là sa carrière musicale (malgré quelques collaborations éparses) et se consacra à son label en signant Fad Gadget puis rapidement le duo Allemand de D.A.F. et plus tard les principaux artistes de la scène synthpop qu'il avait contribué à faire émerger avec T.V.O.D./Warm Leatherette, dont Yazoo, Erasure et surtout un petit groupe de Basildon qui reste le plus gros succès du label (et aussi un des plus fidèle puisque Depeche Mode est toujours chez Mute).

On pourrait réécrire l'histoire en disant que j'ai acheté le single à sa sortie. Mais la première fois que j'ai entendue cette chanson, elle était chantée par Grace Jones au début des années 80... sans même connaître alors la version originale...

(Les curieux pourront se procurer cette belle (comme d'hab') compilation Soul Jazz Records sur le mouvement D.I.Y. anglais)

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Julie Driscoll Brian Auger & The Trinity : When I was a young girl (Album : Streetnoise 1969)

Julie, je l'ai connue Tippett avant de la connaître Driscoll. Il a fallu des années avant de l'écouter sous son nom de jeune fille. Tippett parce qu'elle a épousée le pianiste Keith Tippett il y a bien longtemps. Un pianiste de jazz expérimental, que l'on peut entendre sur les Lizard et Islands du King Crimson de mes 15/16 ans. Pas hier. Qui fait maintenant des concerts solos sur piano préparé absolument superbes (on en reparlera un jour).

A partir du moment où elle a été mariée à Keith Tippett, Julie Driscoll n'a pas seulement changé de nom, elle a aussi fait évoluer sa musique vers des versants beaucoup plus jazz (voire expérimentaux) que précédemment, lorsqu'elle était plutôt une chanteuse de folk/blues au sein du groupe de Brian Auger.

On est en Angleterre, dans les sixties, Brian Auger fait évoluer son jazz (John McLauglin a fait partie de son premier groupe) vers des sonorités plus commerciales, propre à l'époque, une sorte de blues Anglais teinté de folk, frisant parfois dangereusement avec le progressif qui n'était encore qu'en gestation.

La chance de Brian Auger est d'avoir su recruter la jolie Julie Driscoll comme chanteuse. Si sa musique était loin d'être très originale, ni parfois même très passionnante, la voix de Julie Driscoll était comme le faisceau d'un projecteur trouant les ténèbres. Une voix évoquant Joni Mitchell sur les morceaux plus folk, et tutoyant les sommets de Nina Simone sur les blues, comme sur cette chanson lente, un traditionnel, chantée également par une certaine... Nina Simone (vidéo pour écouter sa superbe version)(et plus récemment par Feist (vidéo) mais un peu (sic) à coté de la plaque).

Là où Nina Simone ne force pas, impressionne par sa justesse, et vit littéralement l'histoire de cette fille perdue, Julie Driscoll dans toute sa blancheur de peau et sa jeunesse, va chercher au fond d'elle même l'émotion nécessaire pour raconter cette histoire tragique qui n'est pas la sienne. Même si l'orchestration de Brian Auger est terriblement datée sixties (ce son de B3...), la voix de Driscoll transcende la chanson, particulièrement dans la partie centrale où elle pousse sa voix et peut difficilement laisser indifférent.

Julie Driscoll quittera le groupe de Brian Auger en 1969 (qui donne encore des concerts à plus de 70 ans...), Streetnoise qui contient également une très belle version du All Blues de Miles Davis (et aussi une reprise du Take me to the water de ... Nina Simone) restera probablement leur plus belle réussite. Rien que pour cette version de When I was a young girl...

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Various Artists (Cutler/Wyatt/Hodgkinson/Frith...) : Moments of delight (Album : The last nightingale 1984)

Le 12 mars 1984, débuta en Angleterre une grève nationale des mineurs. Celle-ci allait durer jusqu'au 3 mars 1985. Durant 51 semaines, c'est en moyenne entre 60% et 75% des mineurs qui firent grève, plus de cent cinquante mille d'entre eux.

Ceux-ci s'opposaient à la décision du gouvernement dirigé par la redoutable Margaret Thatcher de fermer vingt mines. Mais l'objectif de la dame de fer ne se limitait pas simplement à la fermeture de ces mines, elle espérait dans le même temps, affaiblir encore plus l'opposition et les syndicats encore puissants dans le pays, dont le National Union of Mineworkers d'Arthur Scargill.

Les affrontements entre les grévistes et la police étaient incessants, la répression du gouvernement engagée sur la voie de la violence. Durant les premiers mois, un mineur était arrêté toutes les 20 minutes.

La grève cessa au bout d'un an, même si le nombre de grévistes était encore important, sans qu'ils aient obtenu gain de cause dans leurs revendications; laissant la population des mineurs exsangue et dans un état de pauvreté extrême, après 51 semaines durant lesquelles ils ne furent pas payés et peu ou pas indemnisés, dans l'indifférence du gouvernement Thatcher.
La grève des mineurs fut considérée comme un symbole de l'opposition à Margaret Thatcher. Au final elle fut une défaite et ne fit que renforcer le pouvoir de la dame de fer.

En octobre 84, à l'initiative de Chris Cutler, ancien batteur de Henry Cow et d'Art Bears (et qui rejoindra Pere Ubu à la fin des eighties), un disque fut enregistré dont l'argent de la vente était reversé aux mineurs (comme il est indiqué au verso de la pochette).

Il sortit sur Recommanded Records le label de Chris Cutler et fut enregistré à Cold Strorage, où This Heat avait enregistré ses albums (voir samedi musicaux #1). On y retrouve, outre Chris Cutler, Lindsay Cooper, Tim Hodgkinson (à qui appartenait d'ailleurs le studio Cold Storage) et Fred Frith de Henry Cow, ainsi que Robert Wyatt (alors membre du parti communiste de Grande Bretagne) sur la première face ce 12-inches EP. Sur la 2ème face, Adrian Mitchell récite deux de ses poèmes.

Les deux chansons avec Robert Wyatt sont magnifiques. La superbe pochette de Ralph Steadman illustre la détresse morale et physique des populations délaissées par le gouvernement Thatcher. Le disque fut édité à 2500 exemplaires. Je ne sais même pas s'il a été réédité une seule fois malgré les espoirs du verso de la pochette.

D'autres artistes supportèrent les mineurs, dont Chubawamba, Pulp qui enregistra le très beau Last days of the miners strike (spotify), Crass ainsi que Test Dept avec le choeur des mineurs en grève.

Les puits fermèrent un à un entre 84 et 95. Le chômage atteignit 50% dans certains endroits, et les villages miniers commencèrent à être désertés. Ce conflit a 25 ans. Cela fait bien longtemps que l'on est loin des Four thousand holes in Blackburn, Lancashire de Lennon dans A day in the life...

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Boris with Merzbow : Flower sun rain (Album : Rock Dream 2008)

Les Japonais aiment le bruit. Le bruit et l'électricité. L'invraissemblable foisonnement des mégalopoles de l'archipel, la densité de population y étant certainement pour quelque chose. Il y a néanmoins très certainement d'autres facteurs entrant en compte dans ce goût immodéré pour l'outrage sonore et le feedback des guitares psychédéliques.

Au sein du courant Japanoise, on trouve l'un des bruitistes le plus radical de la planète, l'empereur du bruit, à savoir Masami Akita, plus connu sous le nom de Merzbow, qui aura poussé le bruit au-delà de l'ultraviolence sonore.

Sur Rock Dream (clin d'oeil aux Rock Dreams de Guy Peellaert?), enregistré en concert (triple vinyle s'il vous plait), il accompagne en invité, assez discrètement d'ailleurs (tout est relatif), le trio Japonais Boris, avec la frêle et envoutante Wata à la guitare au son redoutable, qui, comme les filles d'Ooioo, produit un volume sonore inversement proportionnel à son physique gracile.

On pourra également noter que Boris n'est pas non plus dénué d'humour puisque la pochette de leur album Akuma no uta parodie celle de Bryter Later de Nick Drake dont la musique est tout de même aux antipodes de nos bruyants Japonais.

Sur des tempos généralement lents et pesants, le trio délivre ici une avalanche de métal et feedback sur des mélodies parfois d'une rare douceur (si, si) malgré le volume sonore. Merzbow ajoutant ses nappes bruitistes liant la pâte sonore dans une sorte de maelström noisy étourdissant. Le tout restant très écoutable. Je déconseillerais néanmoins l'écoute intégrale du disque en cas de migraine sauf à vouloir repousser les limites du masochisme.

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Beth Gibbons & Rustin man : Show (Album : Out of season 2002)

Sur une chanson de ce disque, Sand River, elle chante ces deux mots, Autumn leaves, d'une manière qui colle à la peau. Avec cette façon de laisser trainer la voix sur leaves. J'y repensais ce matin en allant au marché en voyant toutes les feuilles tombées des arbres cette nuit avec le vent. Autumn leaves. Le reste de la chanson n'est pas vraiment à la hauteur de ce début, de juste ces Autumn leaves, peut être le beauty's got a hold on me à la suite mais le reste est un cran en dessous. Dommage.

J'avais oublié ce disque pas complètement inoubliable non plus ce qui explique cela (je crains que tout le monde ne l'ait oublié en fait) malgré quelques belles choses dessus. Je n'avais pas dû l'écouter depuis cet automne 2002 où Beth Gibbons en hiatus de Portishead l'avait sorti avec Paul Webb (Rustin man) (ancien bassiste de Talk Talk).

L'album se veut calme et dans des ambiances jazzy soft. C'est peut être ça le problème, inégal, il manque un peu de prises de risques et est trop propre à mon goût. Il manque sur la moitié des chansons le petit grain supplémentaire qui le rendrait plus accrocheur. En dehors des Autumn leaves, d'une ou deux autres chansons (Funny Time Of Year et Drake). Et d'une perle d'une tristesse insondable noyée au milieu, parfaite les samedis après-midi d'automne sous un ciel sombre, méritant d'être sauvée de l'oubli dans lequel je l'avais laissée.

Un piano, un violoncelle, une voix, quelque chose dans ce mélange, surtout dans sa voix, glissant sur l'épiderme. De celle qui fait frissonner, comme si elle était baignée par l'esprit de Nina Simone. Une émotion palpable. Let the show begin, It's a sorry sight, Let it all deceive, Now I'm pains in me that I've never found. Pas grand chose pourtant. Quatre mesures en boucle sur un seul et même accord de Si bémol mineur 7, arpégé sur le même motif durant toute la chanson, et la basse jouant une note par mesure, Sib, La b, Fa# et Fa. Le violoncelle en écho de la voix par instant. Autant dire rien musicalement. Rien. Mais pour un peu ça nous tirerait des larmes.

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Stinky Toys : You close your eyes + Lonely Lover (Album : Stinky Toys 1977)

C'est quand qu'on va mourir ? Je posais cette question hier. C'est quand qu'on va mourir ? Pour Jacno c'était dans la nuit de jeudi à vendredi. Encore un putain de cancer...

Il y a des gens quand ils s'en vont, ils emmènent avec eux un bout de notre jeunesse, un bout de notre adolescence. Jacno c'était d'abord les Stinky Toys pour moi. Un des tout premiers groupes punk français dès 76.

Etait-ce la présence de la jolie Elli Medeiros au chant qui faisait qu'on en parlait autant dans la presse (jusqu'à faire la couverture du Melody Maker malgré des commentaires peu élogieux sur leurs concerts)? Il n'empêche qu'ils avaient fait la première partie des Sex Pistols en 76 lors d'une tournée Anglaise. On suivait leurs aventures dans les pages du "Rock d'ici" de Best ou les colonnes de Rock & Folk.

Je me souviens particulièrement de ce pastiche de roman-photo que Rock & Folk avait publié dans le n° de juin 77 (En couverture Stevie Nicks (les filles du rock)(sic) et en disque du mois : The Beatles Live at the hollywood bowl). Les Stinky Toys ne sortiraient leur premier 45T que le mois suivant.
Il y avait dans ces images quelque chose du rêve rock'n roll qui faisait obligatoirement rêver les ados dont je faisais partie. La belle Elli faisait fantasmer aussi il faut bien l'avouer...

    
(il faut cliquer sur les images pour les voir en grand)(le texte accompagnant les images est croquignolet aussi)

Leur premier album, bien moins mauvais que ce que l'on avait bien voulu en dire dans la presse à l'époque, je crois bien que c'est le 2ème disque punk que j'ai acheté, juste après Nevermind the bollocks... Avant le premier Clash pourtant sorti plus tôt. Tiens c'était il y a tout juste trente ans.
Je n'ai jamais acheté le suivant, sorti trop tard, le monde avait changé. Jacno l'avait d'ailleurs très bien compris puisqu'il était passé à autre chose dès 1979 et en forme géométrique sortait Rectangle et Triangle. Des petits bijoux de pop synthétique plus influencés par Kraftwerk que le punk.

Il en suivra le duo électro-pop avec la jolie Elli sur lequel on dansera au début des années 80 (Anne cherchait l'amour, Main dans la main (et la mini jupe rouge d'Elli...), Je t'aime tant...). Ces deux albums que j'avais chacun sur une face d'une K7 C90 et qui ont été volées dans la voiture il y a bien longtemps... Il y a aura aussi la B.O. et leur apparition dans Les nuits de la pleine lune de Rohmer... Plein de chose que je n'avais pas écoutées depuis longtemps. Jusqu'à hier soir...

Et puis peu importe après tout. Avec le temps il en restait surtout ces rêves brumeux d'adolescence sur fond de jeunesse punk et libérée, comme dans ce foutu roman-photo, cette jeunesse qu'on n'aura pas su vivre ainsi.


Bonus track : un détail du verso de la pochette en forme de clin d'oeil à quelqu'un qui se reconnaîtra

Nota 1 : La chanson Lonely lovers sera adaptée quelques années plus tard pour Lio, deviendra méconnaissable et Amoureux solitaire
Nota 2 : les deux morceaux craquent un peu, ils sont repiqués directement du vinyle

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Tyrannosaurus Rex : Dwarfish Trumpet Blues (Album : My People Were Fair and Had Sky in Their Hair... But Now They're Content to Wear Stars on Their Brows 1968)

Disons le tout net, Devandra Banhart est un sale copieur. Il a tout pompé sur Tyrannosaurus Rex. La guitare, les percussions fleurant bon le henné et le patchouli, le folk hippie garanti made in shilom, tout. Jusqu'à la voix chevrotante de Marc Bolan. Oui le Marc Bolan qui après avoir raccourci le nom de son groupe en T.Rex (il a bien fait), s'est lancé dans le glam rock avec le succès que l'on connait (Telegram Sam, Get it on, Hot Love et Children of the revolution entre autres).

A la fin des années 60 et avant de passer à l'électrique, Tyrannosaurus Rex faisait dans le folk mêlant influences Indiennes et fééries sorties directement du Seigneur des anneaux. Quatre albums (très bons d'ailleurs) sortis entre 1968 et 1970. La suite de l'histoire est connue (Cf. ci-dessus) jusqu'à ce 16 septembre 1977 où sa petite amie, Gloria Jones, fracassa sa Mini 1275GT contre un platane, tuant sur le coup Marc Bolan alors qu'il commençait à être oublié de tous.

Son premier album au titre à rallonge a également trois particularités. La première est que l'on y entend John Peel lire un conte inspiré par Tolkien à la fin d'une chanson. La deuxième est que c'est un des premiers albums produits par Tony Visconti qui se révèlera surtout quelques années plus tard en produisant Electric Warrior de T.Rex mais aussi la trilogie Berlinoise de David Bowie (Low/Heroes/The lodger).

La dernière concerne la pochette hallucinante de ce disque. Celle-ci a été dessinée par George Underwood, un ami de Bowie qui transformera également à l'aérographe la photo de la pochette immortelle de Ziggy Stardust.... Le même George Underwood qui est entré dans l'histoire le jour où il a frappé David Bowie lorsqu'il avait 15 ans, dans une bagarre stupide pour une fille. Son coup de poing ayant blessé l'oeil gauche de Bowie, entraînant une dilatation permanente de sa pupille, lui donnant l'impression d'avoir des yeux vairons.

Quant à ce copieur de Devendra, vous n'entendrez plus ses disques de la même manière après avoir entendu Tyrannosaurus Rex.

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Love Live Life + One : Love Will Make A Better You (Album : Love Will Make A Better You 1971)

Il faut l'avouer, je ne sais absolument rien de ce groupe Japonais. On trouve d'ailleurs peu de choses sur eux sur le net. Gageons que si l'ineffable Julian Cope n'avait pas classé cet album au 6ème rang de son classement dans Japrocksampler il serait encore plus obscur.

Enregistré au début des seventies c'est le seul album de ce groupe aux dimensions a priori variables, intégrant des musiciens d'horizons divers. La première plage qui fait toute la première face de cet album extrêmement rare en vinyle (il y en a deux à vendre en ce moment à 400 € ou à 600€)(je ne l'ai pas, pas la peine de venir me cambrioler) mélangeant allègrement un jazz tutoyant le free avec des plages expérimentales avant d'être laminé par des guitares fuzz sur lesquelles nage une flute traversière flirtant avec du progressive rock.

Les morceaux plus courts de la 2ème face tirent nettement vers une sorte de rock garage psyché (ces guitares fuzz qui déchirent tout) avec des accents jazzy ou funky à la Funkadelic des deux premiers albums. Tout cela est parfois confus mais a gardé une fraîcheur étonnante. En tout cas sur cette chanson, les guitares un peu en vrac balancent la sauce, les pédales fuzz dans le rouge.

(Compte tenu que l'album est quasiment introuvable (même la réédition cd), on pourra "l'écouter" ici)

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Cd 1    Cd 2
Cd 3    Cd 4
Mix  
The Flaming Lips : Riding To Work In The Year 2025 (your invisible now) (Album : Zaireeka 1997)

Zaireeka est une bizarrerie musicale unique en son genre. Il a beau être indiqué 4 compact discs sur la pochette ce n'est pas un quadruple album. Il y a pourtant bien 4 disques dans le gros boîtier. Mais ce n'est pas un quadruple album. Juste un album simple. Mais sur quatre disques. C'est bien là la particularité de celui-ci et il fallait être un cinglé comme Wayne Coyne pour en avoir l'idée.

Pourquoi quatre disques alors? Puisqu'il n'y a que huit chansons entre 2 et 10mn. Tout simplement parce que les pistes des huit chansons sont réparties sur les 4 CD. Pour écouter une chanson avec il faut lire les 4 cd EN MÊME TEMPS ! Ou seulement deux. Ou trois. Voire même un seul mais ça n'a pas grand intérêt. C'est là où le concept devient intéressant (ou ridicule c'est selon). Il faut donc mettre chaque disque dans un lecteur séparé, se munir de trois ami(e)s (pour la version intégrale), chacun le doigt sur le bouton pause du lecteur. Au début de chaque chanson, un point de synchronisation est positionné pour que chacun cale son lecteur. Puis au signal tout le monde appuie en même temps sur Play. Tout est d'ailleurs très clairement indiqué dans le mode d'emploi.

La meilleure façon d'écouter ce(s) disque(s) est d'utiliser des lecteurs situés dans des pièces différentes (sur l'ordinateur, sur les appareils dans les chambres, la cuisine, que sais-je) et de bouger ensuite entre les pièces pour "mixer" la chanson à sa guise. Le concept est intéressant même si en temps normal il est IMPOSSIBLE d'écouter l'intégralité des chansons puisque réparties sur ces 4 foutus disques (tu as toujours quatre personnes sous la main à la maison toi?). Néanmoins la manipulation est déjà plus simple avec seulement deux disques et donne des résultats intéressants. Surtout que les combinaisons sont multiples, le 1 avec le 2, ou le le 3 avec le 2, ainsi de suite.

La musique quant à elle est du pur Flaming Lips produit par Dave Fridmann, proche de the Soft Bulletin que ce disque annonce, ça explose et ça dégouline en même temps. Comme il est dit : "The record also contained frequencies not normally heard on commercial recordings and on rare occasion has caused the listener to become disoriented."

Il est clair que c'est une idée de cinglé (il suffit de lire l'avertissement sur le boîtier) et que les Flaming Lips n'ont pas dû en vendre des tonnes. A ma connaissance c'est le seul exemple de disque produit de la sorte et permettant de telles variations et de jouer sur l'espace sonore, même si Under the Jaguar sun de Nadja sorti cette année s'en approche mais avec seulement deux disques.

Le procédé a néanmoins l'avantage de ravir Wayne Coyne qui explique dans le livret que, outre le fait que le titre de l'album provient de la contraction de Zaire et d'Eureka (suivent des explications fumeuses sur les raisons de cette contraction), l'idée vient de une expérience appelée The parking lot experiment où des cassettes audio sont jouées dans des voitures situées à différents endroits d'un parking pour faire une oeuvre audio avec une dimension supplémentaire à savoir l'espace dans lequel est joué celle-ci, et avec d'intégrer le hasard avec les décalages rythmiques inhérents aux problèmes de synchronisation. A l'usage il est vrai que l'écoute même de seulement deux disques en même temps sur deux lecteurs différents et de préférence dans deux pièces différentes donne des résultats surprenants et bouleverse la manière d'écouter la musique.

On s'en rendra compte avec Riding To Work In The Year 2025 ou l'écoute séparée des quatre parties donne parfois l'impression d'écouter quatre chansons différentes. Le mix des quatre parties donnant encore autre chose. Comme le mix de seulement deux ou trois parties entre elles donnerait encore un autre morceau. Libre à chacun finalement de s'amuser comme il veut et c'est justement ce qu'a voulu Wayne Coyne en sortant de disque pour le moins étrange.

(Comme il est ici impossible de démarrer les 4 lecteurs en même temps, j'ai mixé la chanson afin de pouvoir l'écouter en entier. Mais vous pouvez essayer de les caler pour en lire plusieurs en même temps.)

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Serge Teyssot-Gay : Les gens d'ici (Album : On croit qu'on en est sorti 2000)

"D'un bout du monde à l'autre, d'un bout à l'autre du temps, rien que des hommes qui tournent en rond, gardiens et gardés, qui s'emplissent et qui se vident, ils ne savent pas pourquoi on les a fichus là, ils s'imaginent qu'ils payent pour une faute, que c'est à cause du bon dieu, ils n'osent pas s'avouer que c'est à cause de rien du tout."

C'est en 1940 que George Hyvernaud fut fait prisonnier et interné dans un Oflag en Poméranie, un de ces camps de prisonniers destinés aux officiers. Il en sera libéré en 1945. Il y a aura passé presque 5 ans. C'est de cette rude expérience qu'Hyvernaud en tirera ses carnets d'oflag et La peau et les os, ce terrible récit qui sortira en 1949 mais restera longtemps ignoré. Ce n'est qu'après sa mort en 83, à la réédition de ses oeuvres qu'on prendra la réelle mesure de ce texte.

Livre sur l'(in)humain, la condition humaine bafouée, l'horreur quotidienne, la folie, et le retour à la vie, la "normale" qui ne l'est plus, celle d'avant. La peau et les os coupe le souffle autant par son style incisif que par le récit.
C'est ce récit au rythme sec que met parfaitement en musique Serge Teyssot-Gay (guitariste de Noir Désir doit-on le préciser?). Des boucles rythmiques, des guitares, des nappes de synthés, sur des ambiances variées Teyssot-Gay arrive parfois à angoisser autant avec sa musique que par le texte qu'il récite. Disque fort que l'on peut ranger sur bien des aspects à coté e ceux d'Arnaud Michniak.
On plonge ici dans l'aliénation, dans l'odeur rance de l'humain entassé, dans la dignité effacée sur des rythmiques trainantes comme le pas des prisonniers tournant en rond ou attendant leur tour devant le baraquement des chiottes.

(On peut noter que le tableau sur la pochette est l'oeuvre de Paul Bloas, un peintre graphiste Brestois, qui peint principalement sur des affiches géantes des corps fantômes, collées ensuite sur les murs des villes sur lesquels elles vieillissent petit à petit.)

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Pentangle : Sweet Child (Album : Sweet Child 1968)

Les vrais guitar heroes des sixties et seventies n'étaient pas ceux que l'on croyait. Oublions l'ultra pénible Clapton, le versatile Jeff Beck, le copieur Jimmy Page, Alvin Lee qui n'en finit pas de rentrer chez lui, les machines à jouer 197 notes à la seconde à la Eddie Van Halen ou la pyromanie Hendrixienne.

Les vrais guitar heroes étaient discrets, habillés comme ton vieux copain de fac et jouaient du folk Anglais, principalement acoustique, dans deux groupes : Fairport Convention pour Richard Thompson et Pentangle pour John Renbourn et Bert Jansch (à qui Jimmy Page a piqué tous ses plans acoustiques et ses accordages, sans même parler de chansons non créditées...). On pourra également y ajouter John Martyn et de l'autre coté de l'Atlantique, l'extraordinaire John Fahey viendra compléter ce quartet.

John Renbourn et Bert Jansch étaient de plus épaulés par un fantastique contrebassiste en la personne de Danny Thompson qui accompagnera ensuite pour le meilleur et pas mal de pire John Martyn (on pourra écouter son jeu remarquable dans Hunting Song en vidéo ci-dessous).

Fondé au début de 1967, Pentangle représentera le fer de lance du folk Britannique avec Fairport Convention, les deux groupes ayant injecté rock (Fairport Convention) et jazz (Pentangle) dans leurs musiques traditionnelles. La ressemblance entre les deux groupes ne s'arrête pas là puisque tous les deux possédaient une chanteuse à la voix remarquable (parfois énervante aussi) : Sandy Denny pour FC et Jacqui McShee pour Pentangle (à l'origine une chanteuse de jazz) et ses looooooongs cheveux blonds.

Si tous les autres agités du manche seventies sont devenus depuis bien longtemps (merci la vague punk) totalement inécoutables pour cause de pénibilité chronique, la finesse des guitares entrelacées de Renbourn et Jansch est toujours un plaisir et les disques de Pentangle une musique parfaite pour un samedi après-midi d'automne.

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The Gist : Love at first sight (Album : Embrace the herd 1983)

Stuart Moxham faisait toujours partie des Young Marble Giants, leur unique album, Colossal Youth (essentiel), étant déjà sorti, lorsqu'il forma The Gist avec entre autres les deux autres membres des Young Marble Giants (vous suivez)(le même groupe mais pas le même groupe). Ca devait d'ailleurs faire beaucoup pour Moxham puisque les Young Marble Giants se séparèrent peu de temps après.

Embrace the herd, enregistré en 81 reste le seul et unique album de The Gist (Stuart Moxham était à cette époque l'homme des groupes d'un seul album).
L'album n'est pas à la hauteur de Colossal Youth, trop inégal et disparate, il manque d'unité comme si Moxham avait eu du mal à le terminer (ce qui est probablement le cas). Malgré la volonté originale de marier new-wave, ambient et pop.

On y trouve quand même cette perle, reprenant la recette des Young Marble Giants, une grosse basse bien ronde et en avant, un clavier simpliste, une guitare aux accords plaqués ou aux cordes étouffées, avec une voix légère flottant par dessus et éventuellement une boîte à rythme bas de gamme.

En gros, pas très loin de ce que fait actuellement The xx qui semblent bien partis pour être une des (si ce n'est la) révélations de 2009.

Cette chanson dira certainement quelque chose à pas mal de monde, surtout aux fans d'Etienne Daho, puisque celui-ci l'a reprise sur Pop Satori (Paris, Le Flore), je n'ai d'ailleurs connu que cette version pendant plusieurs années avant d'entendre l'original...

(A noter que Charles Bullen de This Heat joue des percussions sur un titre de cet album qui a été enregistré dans leur studio Cold Storage)

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This Heat : The fall of Saigon (Album : Made Available 1977/1996)

Ils ont remis le chauffage hier soir, pourtant il ne fait pas froid. J'ai mis This Heat. Ils enregistraient dans une ancienne chambre froide.

Ils n'avaient pas encore sorti de disques lorsqu'ils ont enregistrés cette session en mars 77 chez John Peel. Comme beaucoup d'autres à cette époque bénite, Il avait suffit d'une démo envoyé à ce cher John pour les faire jouer dans son émission.
On était en pleine vague punk mais les trois gars de This Heat n'en avait rien à battre du punk. Ils étaient au delà. Dans une sorte de prolongement politique du King Crimson des deux derniers (à l'époque) albums (Starless and bible black et Red) avec un souci de radicalisation du son et une démarche musicale iconoclaste (Gareth Williams qui jouait de la basse, des claviers et chante n'était absolument pas musicien).

This Heat était dans la démarche post punk du DIY (do it yourself), de la no wave et de l'expérimentation sonore avant même que le punk n'ait réellement éclos (on peut même dire qu'ils étaient post rock bien avant l'heure si l'on voulait jouer des étiquettes). On notera également une volonté de tourner le dos à toute forme de musique consensuelle particulièrement sur scène. Trente ans plus tard leurs disques sont encore plus essentiels. Leur musique sonne de plus en plus comme le monde actuel, oppressant et tentaculaire.

(Pour l'anecdote, quelques années plus tard, un groupe français, Fall of Saigon, dans lequel jouait un certain Pascal Comelade, tirera son nom de cette chanson mais on en parlera une autre fois)


(NOTA : Tous les samedis j'essaierai d'évoquer plus ou moins brièvement un (vieux)(ou pas) disque ou un (vieux)(ou pas) groupe mal connu ou oublié (ou pas), voire une bizarrerie bizarre...)

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