Hildur Guðnadóttir : Elevation (Album : Without Sinking 2009)

Janvier. Le froid revient nous mordre un peu plus. Ce mois n'aura été que morsures. Que mort tout court. Est-ce pour cela ce besoin de silence et de musiques instrumentales aux paysages balayés par le vent?
Celle d'Hildur Guðnadóttir vient du froid. D'Islande. Mais ses notes ne bouillonnent pas à la manière des geyser, elles flottent dans le vent froid et tourbillonnent.

Le son de son violoncelle, léger et dur en même temps, comme une pierre ponce, court sur la peau en frissons dangereux. Les filles et leur violoncelle ont quelque chose d'une sensualité floue qui fascine. Peut être la position de l'instrument, serré entre leurs cuisses ouvertes, la danse des doigts ou du bras tenant l'archet et caressant les cordes. Un grain sonore plus palpable, comme une voix rauque, à la Anna Mouglalis, de celles qui te titillent le bas de la colonne vertébrale.

On imagine bien, l'hiver, dans les hautes terres, le vent balayant la lande de pierres et de lichens, déserte sous un ciel gris par conviction, le frottement de l'archet comme des rafales de vent froid. Musique de solitude, d'intimité envoutante et pure, semblant s'évaporer en volutes comme la vapeur des sources chaudes de son pays, sous le mouvement ralenti des nuages.

Lenteurs spectrales aux feu follets éphémères, échos irisés d'aurores boréales glacées, on écoute cette musique comme on rêve de voyages improbables vers des bouts du monde aux nuits sans fin.

On est bien loin ici du rock encore une fois, malgré le fait que la jeune Hildur ait collaboré avec Múm ou Pan Sonic, mais ce disque aussi discret qu'il est superbe est le préféré de Stephen O'Malley de Sunn o))), qui doit trouver dans cette musique un apaisement à ses drones telluriques.

Janvier. Je n'ai pas envie d'entendre chanter. C'est peut être la saison qui veut ça. Ou une lassitude larvée. Je veux du silence. Juste sentir le frôlement de l'archet sur la peau, et le vent froid, celui qui pique les yeux.

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Miles Davis : Nuit sur les champs Elysées (take 2) (Album : Ascenseur pour l'échafaud 1957)

Les lumières brillaient dans Paris hier soir peut être aussi un peu en raison de ce joli concert. J'ai traversé la place de Clichy pour retrouver la rue de Douai, la descendre jusqu'au square Berlioz. C'était aussi la trompette dans ce concert. Ce type discret, bien droit, dans l'ombre, intimidé aussi, très attentif, dont la trompette renvoyait des éclats de lumière rouge. C'est parti de là.

L'air était clair comme il peut l'être en hiver. Je suis rentré tranquillement en prenant un chemin différent, j'ai emboîté la rue de Calais puis je suis descendu la rue blanche et filé par Chateaudun, pour remonter par la rue La Fayette.
Miles Davis était dans la voiture et j'ai repensé au film de Louis Malle, Ascenseur pour l'échafaud, aux scènes du Paris nocturne de l'époque, les phares des voitures et les rues bien moins éclairées, les voitures aux carrosseries imposantes, la démarche de Jeanne Moreau sur le rythme de la contrebasse, une lenteur qui n'existe plus, les vitrines qui scintillent.

Il ne jouait pas ce disque Miles dans la voiture, des choses plus modernes et plus électriques. Tout comme la ville maintenant.

J'avançais doucement, je pensais aux images floues de ce film, il me reste des images floues, ou bien est-ce que la netteté s'efface avec les années? Et le noir et blanc granuleux, comme de la fatigue sous les paupières. Parfois, certains soirs, basculer le monde en noir et blanc, pour le ralentir. Les images en noir et blanc sont plus lentes. Hier soir je roulais en noir et blanc.

(Pour PdB qui marche dans Paris la nuit)

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