XTC : River of orchids (Album : Apple Venus 1999)

La ville était enfouie dans le brouillard ce matin. Un coton épais et humide. Un des rares avantages de l'hiver avec la neige. Avec cette faculté de transformer les bâtiments et les hommes en spectres. Le brouillard, et sa chape de lenteur artificielle. Parfait le lundi matin pour atténuer la réalité du retour au bureau et d'un week-end trop vite passé.

Quand il se lève, le brouillard dévoile le monde lentement, par petits morceaux. Un peu à la manière dont les éléments se dévoilent dans cette chanson d'XTC. J'y pensais ce matin, le regard perdu derrière la fenêtre au bureau.

La goutte d'eau qui tombe d'abord. Venue de nulle part. Le brouillard c'est de l'humidité. Un do joué à la contrebasse puis une nouvelle goutte d'eau. Les cordes, en pizzicato, registre aigu, la contrebasse joue un la et c'est parti. Les pizzicati des cordes dans le registre grave dessinent des contours encore un peu vague mais comme un pantin qui prend vie, les instruments et les notes se mettent tous en mouvement, s'ajoutant les uns aux autres, comme des taches de couleurs apparaissant une à une sur un tableau pointilliste à la Seurat. Juste quand arrivent les trompettes. Avant la voix.

La voix clamant ces paroles oniriques, cette histoire de pissenlit rugissant sur Picadilly Circus (Heeeey! I heard the dandelions roar in Piccadilly Circus) que le chanteur nous dit entendre. C'est surprenant, on comprend qu'il nous interpelle.
La voix. Pendant que les instruments continuent leur danse claudicante, la voix, seule d'abord, continue de nous raconter son histoire sortie tout droit d'Alice au pays des merveilles. Puis, comme pour les instruments, une deuxième s'ajoute à la première et nous fait part de sa moue dubitative par ses hmmmm en réponse aux affirmations de la première.

Les choeurs à l'unisson, pour le refrain, se mêlent aux trompettes sur le tapis des cordes pincées, entrainant la troupe, compagnie hétéroclite et brinqueballante dans une marche sans fin sur la rivière des orchidées où les voix sortent maintenant de tous cotés.
Une part de Philip Glass, une part de Gil Evans, deux parts de comptines avec une tranche de chants joyeux sur le coté comme le dit très bien Andy Partridge.

Take a packet of seeds, take yourself out to play, I want to see a river of orchids where we had a motorway. Et si, le brouillard, en se levant, dévoilait une ville totalement différente de la réalité. Une ville débarrassée de son béton gris et de ses fumées délétères. Une ville où les pissenlits rugissent dans Picadilly Circus mais pas seulement. Une ville où l'herbe est toujours plus verte lorsqu'elle perce au travers du béton. Comme il le dit, dans la chanson. Take a packet of seeds, take yourself out to play, I want to see a river of orchids where we had a motorway. Et si, le brouillard, en se levant, dévoilait une ville totalement différente de la réalité. Une ville débarrassée de son béton gris et de ses fumées...

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The Apartments : Every Day Will Be New (acoustic version) (AlbumSingle promo : Sunset Hotel 1994)

Je me suis réveillé trop tard. Je suis monté dans le trains des Apartments et de Peter Walsh quand Apart est sorti. En 2000 alors qu'il datait de 97, un peu en catimini. Le plus faible sûrement. Avant qu'ils n'aillent s'arrêter sur une voie de garage. Oubliés de beaucoup. La carrière des Apartments est de toute manière un modèle de discrétion.

C'est là que je suis remonté dans le temps, année après année pour retrouver leurs (rares) disques. 95, A life full of farewells, le plus beau peut être même si à chaque fois que j'écoute Drift, qui m'a fait remonter jusq'en 92 je me pose la question.
Je suis ensuite remonté loin. Jusqu'en 1985 pour le premier album en points de suspension, et en 85 j'étais aux antipodes de The Apartments, pas seulement parce qu'ils viennent d'Australie. Il y a eu, bien avant, un EP sorti en 1979 en Australie et à jamais disparu.

Ce début de millénaire avec ces automnes humide et ces hivers venteux collait parfaitement à cette musique. Sans même parler du reste. Comme si quelque part on concentrait en quelques années une vie pleine d'adieux. J'ai probablement cherché longtemps dans l'écho des chansons de ces disques des réponses à des questions qui n'en avaient pas.

Il en reste des disques que l'on déguste maintenant comme un vieil armagnac vintage ou un cognac hors d'âge. Des instants rares à savourer.
Cet après-midi j'ai remis sur la platine tous les disques de The Apartments. Dans le désordre, comme pour renverser et bouleverser le grand sablier du temps. Juste parce que ce soir Peter Milton Walsh joue sur scène à Paris...

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Bauhaus : Bela Lugosi's Dead (Album : Press The Eject And Give Me The Tape 1979)

C'est encore une histoire de basse. Il y a eu cette journée sombre comme un film de Murnau, cette humidité poisseuse. On imaginait déjà à la nuit les halos brumeux autour des lampadaires et le pavé luisant. Un temps de vampire si tant est que les vampires traînent encore leurs capes noire dans nos villes surpeuplées et qu'ils soient sensible à la météo.

Réécouté des vieux Bauhaus toute la journée. Ça avait commencé hier soir. Des jours comme ça où on laisserait se dérouler à l'infini le motif répétitif de la basse de Bela Lugosi's dead. Ces trois notes en descente.

Trente ans qu'elles se répètent. Etonnant même qu'elles ne finissent pas par lasser. Après on ne sait plus si le pouvoir évocateur de cette musique tient vraiment dans ces trois notes, dans la voix inquiétante (pour ne pas dire sépulcrale) de Peter Murphy, dans la guitare ou dans tout l'imaginaire et l'inconscient collectif auxquelles elles se rattachent rien que par l'évocation de cet acteur spécialisé dans les rôles de vampire.

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Built to spill : Oh Yeah (Album : There is no emeny 2009)

J'ai traîné ma fatigue en bandoulière dès les premières heures de la matinée, lourde comme un animal mort, paupières piquantes et pensées brumeuses. Des journées où l'on se sent comme perdu dans le brouillard, enveloppé dans cette sensation flottante et cotonneuse, pas désagréable s'il n'y avait ces poids derrière les yeux. J'ai fini légèrement hagard devant l'écran dans l'après-midi après avoir usé mon quota de réunion et de paroles pour la journée.

Sans trop savoir, après le Hit Parade des Wedding Present je me suis enfin décidé à écouter ce disque qui ne m'est parvenu que par vagues montantes et descendantes sans rien pouvoir en retenir quand au milieu, comme un gué subitement apparu, Oh Yeah m'a tiré de ma torpeur, l'a accompagnée, en déroulant un tapis rouge et moelleux pour mes pensées traînantes et a sauvé ma journée. Encore une histoire de guitare rampante. Electrique et sinueuse. Comme cette fatigue insidieuse. Je me suis dit ce disque à dix ans. Ou en tout cas quelque chose d'hier mais pas d'aujourd'hui. Demain j'aurais peut être déjà tout oublié de ces instants.

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mercredi, octobre 14, 2009

Hush Arbors : Fast Asleep (Album : Yankee Reality 2009)


Très clairement j'aime la guitare saturée, au son garage, qui débarque par instant dans cette chanson au rythme lancinant. Le type qui fait du bruit, là dans le coin. Comme s'il était à l'extérieur de la chanson. Juste ce qu'il fallait.

Je ne connais rien de ce groupe à part que la pochette de l'album est jolie et je crois que ça s'est perdu au fil du temps, d'acheter des disques pour leur pochette. D'acheter des disques tout court aussi cela dit. C'est le problème du format CD aussi. Trop petit.

Et puis l'album est dédicacé à Link Wray, l'inventeur du son de guitare saturé, et ça c'est un signe.

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Hood : As evening changed the day (Album : Singles compiled 2003)

Ca faisait longtemps que je n'avais pas mis Hood. Et puis ça revient toujours à l'automne ou à la pluie, j'y pensais dans les rues humides en rentrant. A l'arrêt sur la vitre arrière de la voiture me précédant je voyais se refléter le mouvement des nuages. Toute la journée j'avais entendu des nouvelles peu réjouissantes sur l'avenir de la planète. Sur ces coups de pelles qu'inlassablement tous les jours nous donnons pour creuser un peu plus sa tombe. Je ne suis pas le dernier. Même fenêtres fermées je sentais l'odeur des feuilles mouillées.

On est entré dans l'humide. La couleur des murs a changé. Le reflet dans les flaques d'eau. Des choses imperceptibles qui changent comme ces rétrécissements lumineux. Est-ce avec l'âge que je les sens de plus en plus tous les ans, comme une menace approchante? Jours d'automne pluvieux On a beau ralentir les gestes la nuit tombe.
After all this time chante-t'il après 3mn15 il faut parfois être patient. Après tout ce temps.

(et puis un mix de chansons plus ou moins rares de Hood)(avec un clin d'oeil à Jandek dont on parlera bientôt)

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Yeti Lane : Lonesome George (Album : Yeti Lane 2009)

Je me suis fait attraper par suprise par une chanson ce matin sur le chemin pour aller au bureau. Par une chanson de Yeti Lane. Il a trouvé sa saison ce disque. En été il m'avait paru un peu fade, je l'avais laissé de coté, mais depuis quelques jours il est en phase. Avec les nuages de ce matin, le ciel voilé uniformément. La lumière douce sur la Marne apaisée. Je me suis souvenu de plages lointaines. Ca m'a donné envie d'Oléron. Ou de Ré.

Il y a un peu de Grandaddy dans certaines chansons de Yeti Lane, un air de famille. D'autres choses sûrement et finalement on s'en fiche un peu des références à ceci ou cela. Si on dit que ça colle avec ces jours d'automne c'est bien suffisant. Ca m'a transporté ailleurs ce matin, sans vraiment savoir à quoi ça faisait écho çà l'intérieur, mais l'important était l'ailleurs..

Leur nom fait penser au Yeti d'Amon Düül II. Mais il n'y a certainement aucun rapport...

(J'ai mis la pochette du single, celle de l'album est un peu laide, mais il ne faut pas que cela empêche de l'acheter)

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Vic Chesnutt : Chinaberry Tree (Album : At the cut 2009)

Il y a quelque chose dans le son des cordes sur ce disque, comme sur la plupart de ceux du label Constellation quelque soit l'artiste enregistré, peut être parce qu'elles avancent au même rythme que les nuages dans le ciel gris uniforme. Particulièrement ce matin où je reconsidérais mes possibilités de reconversion professionnelle. Sans ouvrir un quelconque horizon salvateur...

Les jours où on se dit qu'on ne va pas continuer comme ça pendant encore quinze ans (au moins), que ça suffit, qu'il faudrait peut être le faire avant qu'il ne soit trop tard, avant de crever un matin de trop de tout en étant toujours en train d'attendre que ça change, non pas qu'on le regrettera à ce moment là, il sera juste trop tard.

Puis les chansons de Vic Chesnutt ont poussé les nuages.
Il a sorti son disque le jour de l'automne. Il ne peut y avoir de meilleure saison pour sa musique. Dans le flot de disques sortis ce mois ci, celui-ci se situe au-dessus du lot, loin de toute vaine gesticulation.

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The Pastels : Breaking lines (Album : NME C86 1986)

Ils n'ont pas joué assez de leurs chansons les Pastels lundi soir (trois)(3)(mais quelles chansons...), le concert était essentiellement axé sur leur nouvel album enregistré avec Tenniscoats. C'est dommage pour leurs chansons et pour nous. Parce qu'ils tiennent toujours sacrément la route. Ca donne envie d'un concert avec toutes leurs chansons. C'est probablement très nostalgique mais sûrement pas plus que les rééditions des Beatles dont on reparlera.

En 1986 le NME (prononcer à l'anglaise N M I)(the ennemy) offrait cette compilation devenue mythique sur cassette (d'où le C86) avec le magazine. On y trouvait cette chanson des Pastels alors que le groupe n'avait pas encore sorti son premier album. Elle ne sera jamais reprise sur aucun album ni compilation du groupe.

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Giant Sand : Happenstance (Album : Glum 1994)

C'est en septembre que l'on débute une nouvelle année. Pas en janvier. Ca a beaucoup plus de sens en septembre. Le rythme du monde moderne contemporain et occidental le veut ainsi et puisqu'il nous entraîne...
Cette chanson D'Howe Gelb a traversé cette journée comme de la poussière collée au vêtements par la sueur, et de la poussière il y en a plein dans sa musique. De la poussière et des espaces vides.

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