Hildur Guðnadóttir : Elevation (Album : Without Sinking 2009)

Janvier. Le froid revient nous mordre un peu plus. Ce mois n'aura été que morsures. Que mort tout court. Est-ce pour cela ce besoin de silence et de musiques instrumentales aux paysages balayés par le vent?
Celle d'Hildur Guðnadóttir vient du froid. D'Islande. Mais ses notes ne bouillonnent pas à la manière des geyser, elles flottent dans le vent froid et tourbillonnent.

Le son de son violoncelle, léger et dur en même temps, comme une pierre ponce, court sur la peau en frissons dangereux. Les filles et leur violoncelle ont quelque chose d'une sensualité floue qui fascine. Peut être la position de l'instrument, serré entre leurs cuisses ouvertes, la danse des doigts ou du bras tenant l'archet et caressant les cordes. Un grain sonore plus palpable, comme une voix rauque, à la Anna Mouglalis, de celles qui te titillent le bas de la colonne vertébrale.

On imagine bien, l'hiver, dans les hautes terres, le vent balayant la lande de pierres et de lichens, déserte sous un ciel gris par conviction, le frottement de l'archet comme des rafales de vent froid. Musique de solitude, d'intimité envoutante et pure, semblant s'évaporer en volutes comme la vapeur des sources chaudes de son pays, sous le mouvement ralenti des nuages.

Lenteurs spectrales aux feu follets éphémères, échos irisés d'aurores boréales glacées, on écoute cette musique comme on rêve de voyages improbables vers des bouts du monde aux nuits sans fin.

On est bien loin ici du rock encore une fois, malgré le fait que la jeune Hildur ait collaboré avec Múm ou Pan Sonic, mais ce disque aussi discret qu'il est superbe est le préféré de Stephen O'Malley de Sunn o))), qui doit trouver dans cette musique un apaisement à ses drones telluriques.

Janvier. Je n'ai pas envie d'entendre chanter. C'est peut être la saison qui veut ça. Ou une lassitude larvée. Je veux du silence. Juste sentir le frôlement de l'archet sur la peau, et le vent froid, celui qui pique les yeux.

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XTC : River of orchids (Album : Apple Venus 1999)

La ville était enfouie dans le brouillard ce matin. Un coton épais et humide. Un des rares avantages de l'hiver avec la neige. Avec cette faculté de transformer les bâtiments et les hommes en spectres. Le brouillard, et sa chape de lenteur artificielle. Parfait le lundi matin pour atténuer la réalité du retour au bureau et d'un week-end trop vite passé.

Quand il se lève, le brouillard dévoile le monde lentement, par petits morceaux. Un peu à la manière dont les éléments se dévoilent dans cette chanson d'XTC. J'y pensais ce matin, le regard perdu derrière la fenêtre au bureau.

La goutte d'eau qui tombe d'abord. Venue de nulle part. Le brouillard c'est de l'humidité. Un do joué à la contrebasse puis une nouvelle goutte d'eau. Les cordes, en pizzicato, registre aigu, la contrebasse joue un la et c'est parti. Les pizzicati des cordes dans le registre grave dessinent des contours encore un peu vague mais comme un pantin qui prend vie, les instruments et les notes se mettent tous en mouvement, s'ajoutant les uns aux autres, comme des taches de couleurs apparaissant une à une sur un tableau pointilliste à la Seurat. Juste quand arrivent les trompettes. Avant la voix.

La voix clamant ces paroles oniriques, cette histoire de pissenlit rugissant sur Picadilly Circus (Heeeey! I heard the dandelions roar in Piccadilly Circus) que le chanteur nous dit entendre. C'est surprenant, on comprend qu'il nous interpelle.
La voix. Pendant que les instruments continuent leur danse claudicante, la voix, seule d'abord, continue de nous raconter son histoire sortie tout droit d'Alice au pays des merveilles. Puis, comme pour les instruments, une deuxième s'ajoute à la première et nous fait part de sa moue dubitative par ses hmmmm en réponse aux affirmations de la première.

Les choeurs à l'unisson, pour le refrain, se mêlent aux trompettes sur le tapis des cordes pincées, entrainant la troupe, compagnie hétéroclite et brinqueballante dans une marche sans fin sur la rivière des orchidées où les voix sortent maintenant de tous cotés.
Une part de Philip Glass, une part de Gil Evans, deux parts de comptines avec une tranche de chants joyeux sur le coté comme le dit très bien Andy Partridge.

Take a packet of seeds, take yourself out to play, I want to see a river of orchids where we had a motorway. Et si, le brouillard, en se levant, dévoilait une ville totalement différente de la réalité. Une ville débarrassée de son béton gris et de ses fumées délétères. Une ville où les pissenlits rugissent dans Picadilly Circus mais pas seulement. Une ville où l'herbe est toujours plus verte lorsqu'elle perce au travers du béton. Comme il le dit, dans la chanson. Take a packet of seeds, take yourself out to play, I want to see a river of orchids where we had a motorway. Et si, le brouillard, en se levant, dévoilait une ville totalement différente de la réalité. Une ville débarrassée de son béton gris et de ses fumées...

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Mendelson : Marie Hélène + Café Tabac (Album : Live 2001)

Il y avait du brouillard hier matin. Enfin une brume plutôt qu'un brouillard. Ou un brouillard timide, qui se cache un peu, qui n'ose pas. La lumière du soleil se perdait dans cette brume montant de la terre humide et froide, c'était beau. Comme on n'a pas le temps comme il faut y aller on ne prend même pas le temps de vraiment de regarder. Il aurait fallu faire des photos. Ça va finir qu'un matin je prendrai l'appareil et je n'irai pas au bureau. Je n'irai plus au bureau. Pour aller photographier la brume ou le brouillard quand il se sera un peu plus affirmé. Le matin. Quand la lumière du soleil se cache derrière.

Ça a pris la journée mais ce matin au bureau j'ai mis Mendelson, à cause du brouillard de la veille. C'est pareil la musique de Mendelson. C'est la lumière du soleil dans la brume. Tu sais il y a des chansons comme ça on ne peut pas s'en débarrasser. Elles restent collées à l'intérieur. Le brouillard je l'avais déjà mise. La chanson 155. Tu vois comme ça file, ça fait presque trois ans.

C'est marrant parce que dans la chanson il parle d'une voie de garage perdue dans le brouillard avec des tour fantômes gardant des terrains des vagues et le fleuve de boue. Il y a quelque chose comme ça juste avant le pont sur la Marne. Elle n'est pas boueuse la marne en ce moment, ce n'est pas l'époque, mais le brouillard sur ce grand espace nu avec les wagons posés là, c'était comme cette chanson. Je n'ai pas pris de photo il n'y a plus qu'à imaginer. Faut fermer les yeux pour ça. Fermer les yeux et rêver. Est-ce qu'on le fait si souvent que ça. Se dire tiens là je vais imaginer. Imaginer c'est comme partir en voyage. Même dans le brouillard.

Ce matin il n'y avait plus de brouillard. Mais on a pris notre temps. C'était bien.

(Comme j'avais déjà mis Le Brouillard (que l'on peut quand même écouter), j'ai préféré mettre Marie Hélène ("si elle savait que tu l'as perdu ton tricycle...") + Café-tabac, mais de toute manière, je l'ai déjà dit au moins dix fois, il y a ce live sur leur site à charger gratuitement. Et il est totalement INDISPENSABLE...)(comme leurs albums qu'il faut TOUS acheter)

(et regardez donc Moindre Poésie, un beau documentaire sur Pascal Bouaziz et Mendelson)

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