XTC : River of orchids (Album : Apple Venus 1999)

La ville était enfouie dans le brouillard ce matin. Un coton épais et humide. Un des rares avantages de l'hiver avec la neige. Avec cette faculté de transformer les bâtiments et les hommes en spectres. Le brouillard, et sa chape de lenteur artificielle. Parfait le lundi matin pour atténuer la réalité du retour au bureau et d'un week-end trop vite passé.

Quand il se lève, le brouillard dévoile le monde lentement, par petits morceaux. Un peu à la manière dont les éléments se dévoilent dans cette chanson d'XTC. J'y pensais ce matin, le regard perdu derrière la fenêtre au bureau.

La goutte d'eau qui tombe d'abord. Venue de nulle part. Le brouillard c'est de l'humidité. Un do joué à la contrebasse puis une nouvelle goutte d'eau. Les cordes, en pizzicato, registre aigu, la contrebasse joue un la et c'est parti. Les pizzicati des cordes dans le registre grave dessinent des contours encore un peu vague mais comme un pantin qui prend vie, les instruments et les notes se mettent tous en mouvement, s'ajoutant les uns aux autres, comme des taches de couleurs apparaissant une à une sur un tableau pointilliste à la Seurat. Juste quand arrivent les trompettes. Avant la voix.

La voix clamant ces paroles oniriques, cette histoire de pissenlit rugissant sur Picadilly Circus (Heeeey! I heard the dandelions roar in Piccadilly Circus) que le chanteur nous dit entendre. C'est surprenant, on comprend qu'il nous interpelle.
La voix. Pendant que les instruments continuent leur danse claudicante, la voix, seule d'abord, continue de nous raconter son histoire sortie tout droit d'Alice au pays des merveilles. Puis, comme pour les instruments, une deuxième s'ajoute à la première et nous fait part de sa moue dubitative par ses hmmmm en réponse aux affirmations de la première.

Les choeurs à l'unisson, pour le refrain, se mêlent aux trompettes sur le tapis des cordes pincées, entrainant la troupe, compagnie hétéroclite et brinqueballante dans une marche sans fin sur la rivière des orchidées où les voix sortent maintenant de tous cotés.
Une part de Philip Glass, une part de Gil Evans, deux parts de comptines avec une tranche de chants joyeux sur le coté comme le dit très bien Andy Partridge.

Take a packet of seeds, take yourself out to play, I want to see a river of orchids where we had a motorway. Et si, le brouillard, en se levant, dévoilait une ville totalement différente de la réalité. Une ville débarrassée de son béton gris et de ses fumées délétères. Une ville où les pissenlits rugissent dans Picadilly Circus mais pas seulement. Une ville où l'herbe est toujours plus verte lorsqu'elle perce au travers du béton. Comme il le dit, dans la chanson. Take a packet of seeds, take yourself out to play, I want to see a river of orchids where we had a motorway. Et si, le brouillard, en se levant, dévoilait une ville totalement différente de la réalité. Une ville débarrassée de son béton gris et de ses fumées...

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David Åhlén : Spirit Fall (Album : We Sprout In Thy Soil 2009)

Now I've heard there was a secret chord, that David played, and it pleased the Lord, but you don't really care for music, do you?
Le Suédois David Åhlén (rien à voir avec le Daevid Allen allumé de Gong (et fondateur de Soft Machine avec Robert Wyatt, Kevin Ayers et Mike Ratledge)) ne semble pas chanter pour les mortels. Son chant, sa musique doivent certainement aspirer à d'autres élévations. Pureté et dépouillement. A l'opposé du monde moderne.

Il y a de la pureté de Bach dans ses chansons miniatures. Une guitare, quelques choeurs, ou même simplement une seule contrebasse sur Fountain of light, un clavecin ou quelques cordes pincées ou frottées, rarement tout ensemble, et la voix d'Åhlén semblant s'élever du choeur d'un église. Comme une oasis de sérénité, une retraite sur soi-même, dans le recueillement, la chair sur la pierre froide.

La tête embrumée par le rhume et l'antigrippal ou quel que soit ce foutu médicament, le corps légèrement frissonnant de froid ou de fièvre naissante, le thé trop chaud sur les lèvres et la langue, on atteint les conditions idéales pour apprécier l'ascétisme de la musique de David Åhlén. Ils annoncent encore de la neige, elle est déjà dans la tête. Et ses notes ont parfois la délicatesse glacée des flocons tombant mollement.

Il n'est pas question ici de rock ou de quelque style que ce soit, il est uniquement question de beauté et de musique, but you don't really care for music, do you?

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Ben Frost : Híbakúsja (Album : By The Throat 2009)

On est le matin il fait froid enfin pas trop dans le bureau. Un café du distributeur devant moi, pas très bon, les boissons de distributeur automatique ça n'est jamais bon, c'est peut être parce que si c'était bon, au bureau ça serait gâcher. Un nouvel album d'Adam Green va sortir et je m'en fous. On change, on évolue.
Il fait froid, les tuiles rouges du toit de la maison de l'autre coté de la rue dont je n'aperçois que le faîte en étant assis derrière mon bureau, sont blanches de givre. Les voitures l'étaient également tout le long du chemin.

Parfois je me souviens des vagues de froid des hivers 84/85/86, l'hiver c'est à cheval, du coup on ne sait plus vraiment l'année après tout ce temps passé. Je me souviens mais je ne me souviens pas de grand chose en fait. Juste quelques détails sans importance. Ce sont des souvenirs où je n'entends pas de musique.

Ils ont dit qu'il allait neiger. J'ai l'impression que quand la ville est recouverte de neige elle fait moins peur. Ce n'est sûrement qu'une illusion. Ben Frost au nom prédestiné vu la température. Sa musique pour un film inexistant. Ou quelque chose d'approchant. Trop de références cinématographiques dans les titres de l'album pour que ça ne soit pas le cas (ce Peter Venkman Part I & II sorti de Ghost busters, le sublime Leo needs a new pair of shoes tiré de Twin Peaks). Par instant sa musique c'est le bruit de grosses chaussures marchant dans la neige, ces craquements épais et graves. Ou les sons plus aigus des pellicules de glaces des flaques d'eau brisées sous le poids du corps.

Il y a des périodes où il faut de la musique instrumentale, comme si on ne supportait plus les rengaines habituelles, des musiques un peu plus sophistiquées, ignorant le format chanson, histoire de changer d'air, pour le dépaysement. Son disque, un des plus beaux de 2009, est de saison, enregistré en Islande, on imagine que les -3° d'ici sont là-bas simple habitude.

La musique de Ben Frost fait penser au Buveur de Lune de Goran Tünstrom. Elle pourrait en être la parfaite bande son. Mêmes ambiances lunaires et glacées.

Un autre café du distributeur, même mauvais, pour faire durer ce moment avant de se mettre au travail. Pour finir le disque de Ben Frost. Pour se promener en Islande ou dans un pays Nordique par la pensée et l'imagination quelques instants encore. On est encore le matin. Peut être qu'il neigera dans la journée, le ciel se couvre et se charge de nuages lourds.

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mercredi, novembre 25, 2009

Arab Strap : Piglet (Album : Philophobia 1998)

Va pas falloir me demander grand chose non. Juste trois phrases comme ça pas plus. Même pas des phrases. Des mots à la suite des autres serait plus juste.

Je crois qu'il n'y a que la voix traînante d'Aidan Moffat qui m'apaise. Cette musique cotoneuse. Ces histoires de cul avec cet accent Ecossais. En fait ça ne parle pas que de cul mais aussi de sa séparation d'avec sa copine. All characters in this book are genuine, il le dit à l'intérieur de la pochette. Il parle de livre parce l'histoire est écrite comme une nouvelle. It was the biggest cock you'd ever seen, ça commence comme ça son histoire.

Un texte. Pas des chansons. Sur fond d'histoire de cul. Philophobie, la peur de tomber amoureux. C'est peut être ça qui rend ce disque si attachant. Cette manière de déballer ses histoires de fesses, parfois touchantes, sur fond de couple qui se déchire avec cette voix endormie, sur cette musique envoutante.

C'est étrange parce que je fais toujours les mêmes associations. Ça montre aussi l'importance de ce disque. C'est étrange parce que la fois précédente où j'avais mis une chanson de ce disque, elle était accompagnée d'une citation de Cercle de Yannick Haenel. Ça disait "[...] bien fait pour moi : appartenir au "monde du travail", c'est collaborer à son propre écrasement.". Et justement on en est toujours là...

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Mendelson : Marie Hélène + Café Tabac (Album : Live 2001)

Il y avait du brouillard hier matin. Enfin une brume plutôt qu'un brouillard. Ou un brouillard timide, qui se cache un peu, qui n'ose pas. La lumière du soleil se perdait dans cette brume montant de la terre humide et froide, c'était beau. Comme on n'a pas le temps comme il faut y aller on ne prend même pas le temps de vraiment de regarder. Il aurait fallu faire des photos. Ça va finir qu'un matin je prendrai l'appareil et je n'irai pas au bureau. Je n'irai plus au bureau. Pour aller photographier la brume ou le brouillard quand il se sera un peu plus affirmé. Le matin. Quand la lumière du soleil se cache derrière.

Ça a pris la journée mais ce matin au bureau j'ai mis Mendelson, à cause du brouillard de la veille. C'est pareil la musique de Mendelson. C'est la lumière du soleil dans la brume. Tu sais il y a des chansons comme ça on ne peut pas s'en débarrasser. Elles restent collées à l'intérieur. Le brouillard je l'avais déjà mise. La chanson 155. Tu vois comme ça file, ça fait presque trois ans.

C'est marrant parce que dans la chanson il parle d'une voie de garage perdue dans le brouillard avec des tour fantômes gardant des terrains des vagues et le fleuve de boue. Il y a quelque chose comme ça juste avant le pont sur la Marne. Elle n'est pas boueuse la marne en ce moment, ce n'est pas l'époque, mais le brouillard sur ce grand espace nu avec les wagons posés là, c'était comme cette chanson. Je n'ai pas pris de photo il n'y a plus qu'à imaginer. Faut fermer les yeux pour ça. Fermer les yeux et rêver. Est-ce qu'on le fait si souvent que ça. Se dire tiens là je vais imaginer. Imaginer c'est comme partir en voyage. Même dans le brouillard.

Ce matin il n'y avait plus de brouillard. Mais on a pris notre temps. C'était bien.

(Comme j'avais déjà mis Le Brouillard (que l'on peut quand même écouter), j'ai préféré mettre Marie Hélène ("si elle savait que tu l'as perdu ton tricycle...") + Café-tabac, mais de toute manière, je l'ai déjà dit au moins dix fois, il y a ce live sur leur site à charger gratuitement. Et il est totalement INDISPENSABLE...)(comme leurs albums qu'il faut TOUS acheter)

(et regardez donc Moindre Poésie, un beau documentaire sur Pascal Bouaziz et Mendelson)

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The Beatles : Revolution (mono mix) (Album : The Beatles: Remastered 2009)

Il aura été difficile la semaine passée d'ignorer les Beatles et la sortie de leur(s) coffret(s) remasterisés. Même au 20h de France 2 le sujet a été évoqué. S'il y avait encore besoin de prouver que l'évènement avait plus à voir avec l'aspect mercantile qu'avec la musique cet argument serait suffisant. Néanmoins, ces rééditions suscitent la curiosité, je n'ai pas commencé ma carrière d'écouteur de disques par les Beatles pour rien.
Deux questions se posent :

1) Que vaut le son par rapport aux versions CD précédentes, aux vinyles d'origine ou les rééditions de 1978? Cela vaut-il le coup?
(en sachant que le coût lui est loin d'être insignifiant (quoiqu'en dise l'ineffable Pascal Nègre dans cette interview hallucinante (un petit florilège de ce cher Pascal : "Avec la loi Hadopi, nous espérons stabiliser les ventes de disques" (j'en ris encore); "Le vinyle explose aujourd'hui, on a ressorti du Marc Lavoine sous cette forme" (sic); et la solution miracle pour sauver l'industrie du disque "On voit aussi les jeux sur les Beatles, on va nous-mêmes commencer à en lancer, du karaoké, sur Wii, dans quelques semaines. [...] le jeu est aussi une manière de consommer des œuvres et de la musique, et de faire connaître des artistes." (surtout des artistes déjà connus bien sûr...))).

(On notera par ailleurs que dans la même semaine on aura pu décerner un point Godwin de platine à Christophe Lameignère, président du SNEP qui aurait déclaré en parlant des internautes s'opposant à la loi Hadopi : "Ces gens-là, ils auraient vendu du beurre aux allemands pendant la guerre !". Ben voyons... les présidents de l'industrie du disque, quand il y en a un ça va, c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes...)

2) Mono ou stéréo? Puisque les deux mixes sont proposés. (A noter que le coffret mono ne comprend pas Abbey Road ni Let it be (ni Yellow Submarine mais tout le monde s'en tape) mixés dès l'origine en stéréo, ce qui ne l'empêche pas d'être plus cher...).

EMI, dans un moment d'étourderie dû très certainement à l'effervescence de cette sortie mondiale ayant omis malencontreusement de m'envoyer un exemplaire de chaque coffret, je me suis fait "prêter" quelques fichiers Flac, un format de compression sans perte audio (contrairement au mp3), gravés ensuite sur CD (version mono ET stéréo)(fichiers détruits bien entendu après l'expérience monsieur le juge (ah ah)).

J'ai ensuite comparé ces derniers à mes vinyles d'origine (Rubber Soul et Revolver sur label EMI Odeon daté de 1965 et 1966) ou à des rééditions de 1974 pour Sergent Peppers ou de 1978 pour les autres, tous en pressage français et stéréo, ainsi qu'aux CD première version datant de 1987.

Pitchfork s'est également amusé à faire cette comparaison mais sans y inclure le format vinyle.

Les tests ont été réalisé dans mon salon sur le matériel suivant :
Ampli : Myriad Z140
Enceintes : Pierre Etienne Leon M4 (plus fabriquées, datent de 1985)(proches de la Kantor actuelle)
Cables : MIT
Platine : Rega Planar P2 (ancien modèle de 1986 avec plateau en verre)
Cellule : Denon DL 103
Pré-ampli phono : Cambridge Audio 640P
Platine CD : Micromega Minium

D'une manière générale, les rééditions vinyles de 1978 (V78) sont moins bonnes que les pressages originaux, elles manquent sérieusement de corps, de présence, de profondeur. Les éditions CD (CD87) de 1987 ne sont pas ridicules mais ont des défauts certains (aigus métalliques, parfois criards, pas de profondeur, pas de relief). Les vinyles d'époque (Vaa)(65 et 66 pour Rubber Soul, Revolver et une compilation de singles (A collection of Beatles oldies (but goldies) de 67)) possèdent de la chaleur, de l'espace, de la profondeur, un grain vivant.
On constate également que les remasters n'ont pas été compressés à outrance comme c'est trop souvent le cas. Le mix stéréo l'est un peu plus que le mono mais les enregistrements gardent une dynamique naturelle (on peut se référer aux illustrations graphiques de comparaison).


Please please me/With the Beatles : (RM/RS/V78) Très clairement, la version stéréo n'apporte rien, elle se contente d'éclater artificiellement dans l'espace les différentes pistes d'instruments et de voix. L'impact du remastering mono est très net, ça claque, c'est vivant. La réédition vinyle de 78 n'est pas à la hauteur.. Remasters Mono wins.

Hard day's night/Beatles for sale : (RM/RS/V78) : Les rééditions vinyles de 78 sont en dessous des remasters récents par leur manque criant de relief. La version mono est globalement préférable à la stéréo pour son grain beaucoup plus naturel. Le mix stéréo parait trop artificiel en dehors de quelques exceptions comme sur I don't want to spoil the party où la guitare d'Harrison en contre point disparait dans le mix mono alors qu'elle équilibre totalement la chanson en stéréo. Mono wins quand même.

Help : (RM/RS/V78) : Laissons de coté immédiatement le vinyle de 78 qui est enterré par les versions remasterisées. A la différence des albums précédents, l'écart mono/stéréo devient moins évident. Globalement le mix stéréo est plus agréable même s'il perd un peu de l'impact immédiat de la version mono. Cela dit, Help n'est pas l'album des Beatles le mieux enregistré. Egalité.

Rubber soul : (RM/RS/V65/CD) : La première version Cd si elle n'est n'est pas ridicule prise séparément, n'est pas au niveau des autres pour les défauts généraux inhérents à cette édition (son métallique, manque de relief, de corps...). Le vinyle de 65 est extrêmement percutant et présent tout en restant subtil (l'opposition entre la basse et le piano sur Drive my car), sans agressivité dans les voix. La version remaster stéréo est au niveau du vinyle d'origine (bel exploit les gars, il vous aura fallu 45 ans pour en arriver là) et fait surtout regretter de ne pas avoir le reste de leurs albums en vinyle d'origne/pressage anglais en bon état...

Sur Norwegian wood, le vinyle est superbe pour la voix de Lennon qui semble nous susurrer à l'oreille mais sa guitare et le sitar d'Harrison sur l'autre canal sont un peu moins définis que sur le remaster Stereo. Le plus beau mélange entre les instruments est ici en mono, mais la voix de Lennon est moins présente. Un mix entre les deux versions serait la panacée. En attendant je garde mon vinyle d'époque malgré ses craquements. Vinyle wins.

Revolver : (RM/RS/V66/CD) : L'écoute comparée d'Eleonor Rigby permet de constater que la version remaster stéréo conserve un petit coté métallique sur la voix et les cordes non décelable à première écoute, mais qui survient dès qu'on la place à coté de la version mono encore une fois plus naturelle. La version CD est moins bonne que le remaster stéréo par son manque de relief et de présence. Le vinyle d'origine surprend encore une fois. Hormis les craquements d'usure de mon exemplaire, le son est vibrant, vivant, chaud, avec de la présence, totalement au niveau du remaster mono de 2009.

Encore une fois, constatons qu'il aura fallu plus de quarante ans à l'industrie musicale pour retrouver la qualité d'origine...
Sur Tomorrow never knows, le son du vinyle est surprenant, et le remaster stereo est au même niveau en un peu plus clair, ainsi que le mono finalement très proches. La batterie est très profonde, la basse gronde comme si on était près de l'ampli et la voix de Lennon est d'un grand naturel. En fermant les yeux on le voit presque chanter. Il faut noter que la prise de son sur cette chanson est absolument remarquable, on ne peut que féliciter Geoff Emerick (l'ingénieur du son) pour cet album. Vinyle wins again.

Sergent Peppers : (RM/RS/V74/CD) : Le vinyle étant le premier album que j'ai acheté (en décembre 74) et écouté à l'infini sur un électrophone bas de gamme, les aigus se sont dispersés avec le temps, il est néanmoins à égalité (voire même...) avec le CD ce qui donne une idée de sa piètre qualité. La surprise avec Sergent Peppers c'est que le mix mono est nettement supérieur au stéréo en faisant une exception pour le grain de voix de Lennon au début d'A day in the life où en stéréo elle fait dresser les poils sur les bras. Plus que tout, c'est beau.
Sinon sans hésitation la version mono sonne comme un vinyle. C'est criant sur A day in the life mais aussi sur Lucy in the sky with diamond avec ses timbres multiples. Mono wins et de loin.

Magical mistery tour : (RM/RS/V78/CD) : On ne perdra plus de temps avec les versions 78 en vinyle, celles ci sont globalement ratées et c'est de plus en plus évident au fur et à mesure que l'on avance dans la discographie. Comme pour Sergent Peppers la version mono est une réussite et sonne comme un bon vinyle. La version stéréo n'apporte pas grand chose même par rapport au CD de 87. Mais en mono c'est du bonheur, le mellotron de Strawberry fields et l'arrivée de la batterie sont un vrai plaisir. Comme le piano électrique d'I am the walrus et les cordes vivantes et chaudes. Mono wins again.

The Beatles (white album) : (RM/RS/V78/CD) : Le cd de 87 est mauvais par son manque de définition, de relief, de présence. Si les remasters de 2009 ont besoin d'une justification, c'est le white album (entre autre) qui la fournit. Il faudrait avoir un vinyle d'origine pour comparer mais le travail réalisé tant sur la version mono que stéréo donne l'impression de redécouvrir cet album qu'on connaît pourtant par coeur.
Le grand gagnant sonore de ce travail c'est la basse de McCartney qui n'a jamais été aussi ronde et présente. Mais tous les autres instruments gagnent aussi en précision et en définition. Sur Dear Prudence, la charley de Ringo Starr McCartney (qui remplaçait Ringo absent ce jour là) a un grain superbe comme si elle était présente dans la pièce.
Toutes les chansons prennent une dimension supplémentaire et cette fois c'est la version stéréo qui a l'avantage avec un naturel plus grand. On sent l'évolution des techniques d'enregistrement et de mixage intervenue sur cet album.

Le deuxième disque profite encore plus de ce travail. La version stéréo de Yer blues est totalement hallucinante de fidélité dans la restitution, on a l'impression d'être dans le studio (cette chanson a été enregistrée dans un studio différent des autres de l'album), assis près de l'ampli basse de Macca. Pour un peu on verrait les veines se gonfler dans le cou de Lennon quand il hurle. Impressionnant.

Helter Skelter gagne en puissance, la voix de McCartney a un réalisme plus que saisissant, il est devant nous. On redécouvre cette chanson, la basse et les guitares agressives. C'est une tuerie absolue. Si Charles Manson entend ça du fond de sa prison Californienne il va à nouveau croire que les Beatles sont les quatre cavaliers de l'apocalypse et cette fois-ci il aura peut être raison.
A noter que la version mono est différente puisqu'elle est plus courte, sans la fausse fin et surtout sans le I've got blisters on my fingers ! de Ringo Starr à la fin.
Cette nouvelle version est pleinement justifiée, c'est le premier disque du coffret qui donne cette impression aussi nette. Remasters stéréo wins.

Yellow submarine : On s'en fout.

Abbey Road : (RS/V78/CD) : Le CD de 87 est meilleur que la réédition vinyle de 78 mais le remaster stéréo de 2009 est la deuxième bonne surprise du coffret. Le disque gagne en chaleur et en vie. La puissance de Come together ou du medley de la 2ème face apparait sous un jour nouveau et cela sans agressivité ni tape à l'oeil ce qui est peut être la chose la plus surprenante. On entend le travail de production, la répartition spatiale des instruments et des voix, on est presque capable de distinguer les basic tracks des overdubs. Le souffle de bande au début d'I want you a été préservé pour ne pas altérer le son et gommer les aigus. Le traitement de cette chanson est d'ailleurs un pur bonheur procurant une réelle émotion. Les guitares d'Here comes the sun sont naturelles et semblent être de la pièce. Une nouvelle fois, cette version est justifiée au vu du résultat, Abbey Road n'a jamais sonné ainsi. Stéréo wins mais il n'y a pas de mono...

Let it be (RS/V78/CD) : On fera globalement les mêmes remarques que pour Abbey Road même si les résultats sont un peu moins évidents. On se passera à l'infini l'intro de Get Back où l'on entend les Beatles se parler avant de débuter le morceau, avec l'impression que Lennon et McCartney sont dans la pièce face à nous. Résultat en tout cas nettement supérieur au CD de 87 et au vinyle de 78. Stéréo wins again de fait.

Past masters/Mono masters : (RM/RS/V66) : Pour ces compilations de singles, le résultat est obligatoirement plus hétérogène suivant les chansons. Le vinyle d'origine ayant été également acheté fin 74 et ayant beaucoup vécu, on aura une pensée émue pour les aigus disparus. De ce fait les remasters sont de meilleure qualité. Ticket to ride et Paperback writer sont deux exemples pour lesquels le mix mono est supérieur au stéréo. Encore une fois, le mono sonne comme un bon vinyle. On constate par contre l'inverse pour Hey Jude qui est beaucoup plus vivant en stéréo et donne l'impression de découvrir de nouveaux détails dans l'interprétation. Ces trois exemples des past masters (avec Revolution)(en gros la moitié du 2ème cd) sont au niveau de ce qui a été fait pour le white album ou Abbey Road. Egalité.


En conclusion pour ceux qui auront eu le courage de lire jusque là :

Je vais le répéter encore une fois mais il aura fallu 45 ans à l'industrie phonographique pour être capable de revenir au son des vinyles d'origine bien pressés et bien enregistrés. Plus de quarante ans avant de comprendre que peut être il fallait faire un effort sur le son après nous avoir vendu de la merde en barre dans les années 80 et suivantes. Un peu tard les gars. Il est fort probable que cette sensation persistante de s'être fait avoir durant des années par les maisons de disque explique en partie leur marasme actuel sur lequel je n'aurais pas une once de compassion.

En conséquence, le son des éditions remasterisées du catalogue des Beatles est excellent. La qualité est là et elle s'entend. Du moins si l'on écoute ces disques sur du matériel convenable. Sur l'ordinateur, le gain est bien entendu moindre que sur les enceintes du salon.

1) Alors faut-il acheter ces coffrets?

Compte tenu des prix excessifs : 215€ pour les 14 cd's en stéréo; 255€ (prix Fnuc) pour le coffret mono et ses 11 cd's, (en mono tu en as moins et c'est plus cher, d'autant plus que les albums mono ne seront pas vendus séparément, ce qui est un foutage de gueule de plus de la part d'EMI), SANS UN SEUL bonus ou alternate take, la réponse est non a priori si on possède déjà les albums sous une forme ou une autre. La réponse est non également si vous écoutez vos disques sur des hauts-parleurs d'ordinateur ou un matériel de moyenne fidélité. Les cd's précédents sont largement suffisants.

2) Mono ou stéréo?

L'idéal serait de panacher les versions mono (les premiers albums) et stéréo (la 2ème partie de leur discographie) mais pour cela il faudrait acheter les deux coffrets... (EMI Voleur). La version mono DEVRAIT être le bonus offert avec la version stéréo... mais non, on vend les deux, et la version mono encore plus chère que l'autre... après on s'étonnera que les deux versions soient piratées... l'industrie du disque n'a toujours rien compris...

Si on ne possède aucun album des Beatles, que l'on écoute les disques sur un matériel correct, ou si on est super fan, ces coffrets de rééditions sont intéressants mais on les achètera à l'étranger pour des questions de prix (pour l'exemple, Amazon.com US propose le coffret stéréo à $179 hors frais d'envoi soit 123 €, ça laisse rêveur...).

Pour ceux qui possèdent déjà quelques albums sous une forme autre que les vinyles originaux, il est probablement préférable d'acheter à l'unité ses albums préférés si vous avez les moyens d'entendre l'amélioration de la qualité sonore.
On conseillera sinon pour tout le monde, l'achat à l'unité du White album qui est une vraie réussite ainsi qu'Abbey Road, même pour ceux qui ont déjà tout. Il faudrait pouvoir acheter Sergent Peppers en mono également mais ce n'est pas possible...

Il est également toujours possible de rechercher sur Ebay des vinyles originaux en bon état. Globalement ils sont trouvables et pas obligatoirement très chers en évitant les éditions rares.

L'avantage de cette édition, pour finir sur une note positive, est de nous faire écouter à nouveau ces disques archi connus et de parfois nous les faire redécouvrir sous un angle nouveau, comme nettoyés de la poussière du temps.
Malheureusement le prix à payer pour cela est cher et il faut avoir envie d'engraisser l'industrie du disque (les Beatles pourront vivre a priori encore quelques années à l'abri du besoin sans votre argent...)(et c'est quelqu'un qui a acheté les archives de Neil Young qui dit ça) après s'être fait avoir en achetant les éditions précédentes... Bien sûr il restera toujours des solutions que l'on pourrait qualifier d' "alternatives". Vous faites comme vous voulez... Parce que quand même... Yer blues et Helter Skelter... whao !

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