David Åhlén : Spirit Fall (Album : We Sprout In Thy Soil 2009)

Now I've heard there was a secret chord, that David played, and it pleased the Lord, but you don't really care for music, do you?
Le Suédois David Åhlén (rien à voir avec le Daevid Allen allumé de Gong (et fondateur de Soft Machine avec Robert Wyatt, Kevin Ayers et Mike Ratledge)) ne semble pas chanter pour les mortels. Son chant, sa musique doivent certainement aspirer à d'autres élévations. Pureté et dépouillement. A l'opposé du monde moderne.

Il y a de la pureté de Bach dans ses chansons miniatures. Une guitare, quelques choeurs, ou même simplement une seule contrebasse sur Fountain of light, un clavecin ou quelques cordes pincées ou frottées, rarement tout ensemble, et la voix d'Åhlén semblant s'élever du choeur d'un église. Comme une oasis de sérénité, une retraite sur soi-même, dans le recueillement, la chair sur la pierre froide.

La tête embrumée par le rhume et l'antigrippal ou quel que soit ce foutu médicament, le corps légèrement frissonnant de froid ou de fièvre naissante, le thé trop chaud sur les lèvres et la langue, on atteint les conditions idéales pour apprécier l'ascétisme de la musique de David Åhlén. Ils annoncent encore de la neige, elle est déjà dans la tête. Et ses notes ont parfois la délicatesse glacée des flocons tombant mollement.

Il n'est pas question ici de rock ou de quelque style que ce soit, il est uniquement question de beauté et de musique, but you don't really care for music, do you?

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Vic Chesnutt : Sewing Machine (Album : Skitter on take-off 2009)

L'eau du port était gelée ce matin, dans la nuit froide et brillante. Ça ne fait que deux jours que l'on a repris la litanie habituelle du quotidien. Lever toujours trop tôt. La même route. Le reste. Se calfeutrer hier dans le bureau, pour éviter le défilé des voeux pénibles. Tout petit déjà, je détestais ça, souhaiter la bonne année. Sans savoir pourquoi. La timidité ou autre. Il a dû en rester quelque chose.

Ici aussi on reprend le cours des choses si tant est qu'il y en ait un. Comme s'il ne s'était rien passé entre fin novembre et maintenant. A part les morts. Dont Chesnutt. Il avait sorti deux albums l'année dernière, avant de se suicider le jour de noël. Le second, enregistré avec le toujours fringant et affable Jonathan Richman ne lui aura pas redonné le goût de vivre pour autant. On sent assez peu la présence de Richman sur ce disque au dépouillement extrême (principalement guitare/voix) et à la tristesse hivernale. Des chansons en paysages ruraux déserts. On ne sort jamais des lacs gelés à perte de vue de Bashung. Encore un mort...

Des chansons à casser la glace le matin dans le lavabo gelé. La vie ça ressemble à ça, la pellicule de glace sur les eaux stagnantes du port les matins d'hiver. On essaye de marcher dessus sans la briser et sombrer. Ça tient du numéro d'équilibriste parfois. Avec son fauteuil roulant qui devait lui peser sacrément lourd, Chesnutt est passé au travers.

(Pour la petite histoire, Sewing machine est un morceau qui figurait dans une version bien plus électrique, sur le premier album de Brute, un side-project de Vic Chesnutt)

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