905 N’arrête pas de danser (Roxy Music)

26 septembre 2015 Par KMS
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Roxy Music : While My Heart Is Still Beating (Avalon 1982)

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Peut-être n’ai-je fait que danser la première moitié des années 80? Ce qui expliquerait les errances et les absences. L’idée est venue subitement l’autre soir en réécoutant pour la première fois depuis si longtemps, Avalon de Roxy Music. The Space Between et sa grosse basse était comme une évidence toujours évitée. Je n’ai fait que danser vainement devant des filles la première moitié des années 80. Sur la réverb terrible de la caisse claire.

D’ailleurs je me souviens très bien d’un samedi soir, où l’on avait fini à la maison, tout une bande, et cette fille, j’avais mis ce Roxy, ils ont fini par partir mais pas elle. Avalon. Je me suis perdu en partie à cause de ce disque et de quelques autres, sans parler des filles qui allaient avec.

On avait fait des jeux rudimentaires sur mon Commodore, mon premier ordinateur personnel. Programmé en basic, des pages de listing à saisir à la main, mais le plaisir se cachait entre ces lignes de code élémentaire.

Bryan

Ce n’était pas mon Roxy Music, pas celui de Country Life ou de Stranded. C’était une manière de couper avec le passé. L’erreur était là mais on était trop futile pour s’en rendre compte. Les filles faisaient voler leur cheveux et cela suffisait pour les suivre. C’était ça et Michael Franks, la bande son des samedis soirs. Michael Franks. Cela parait inimaginable vu d’ici.

Je remettais Roxy, encore et encore, après que tout le monde soit parti. Sauf elle. Je me souviens avoir dégrafé son soutien-gorge sur While My Heart Is Still Beating, pourquoi ai-je conservé ce détail idiot alors que tout le reste s’est évaporé comme le brouillard matinal sous les rayons du soleil.

Il y eut ensuite ces kilomètres comme des élastiques s’étirant à l’infini, avec cette K7 dans la voiture, toujours la même direction, toujours la même K7, pour retrouver l’illusion des sensations de cette soirée. J’ai fini par me perdre dans la nuit un soir très tard. Je ne savais plus où j’allais, j’avais soudainement quitté la route, perdu le chemin. Comme Alvin Lee je suis rentré à la maison. C’est ce soir-là que j’ai arrêté d’écouter Avalon. Ou presque.

Il restera un mini album live, quelques mois plus tard, mais tout était déjà terminé. Avec Jealous Guy et sa mélodie sifflée. La reprise du Like a Hurricane de Neil Young semblant dire que ces années effaçaient les précédentes. On se trompait. Nous n’étions plus que fumées. Flesh and Blood aussi, pour panser les blessures. Mais c’était avant. On a parfois des chronologies inversées.

Subitement on s’était remis à danser sur Slave To Love. Comme si de rien n’était. Il le chantait aussi d’ailleurs, Don’t Stop The Dance. La voix stylée comme le smoking impeccable. Dans le clip, deux filles dansaient nues sur la plage. En images fugaces. Ça surprendra, mais il y a avait du Tindersticks là-dedans, du Stuart Staples en devenir. La danse en moins.

C’était ça, dans la voiture, toujours, ce soir-là en rentrant de Normandie, lorsque cet oiseau est venu se suicider dans les phares. L’attache de celui de gauche en avait craqué. L’optique flottait librement. Au-dessus de 80kmh le phare éclairait les étoiles. Quand on ralentissait, le faisceau descendait lentement, éclairait la cime des arbres pour finir au ras du sol. Cela tenait certainement de l’allégorie. Celle de nos vies en montagnes russe.

Sur son album suivant, Bête Noire, il y avait le nom d’un guitariste dont j’ignorais encore tout. Johnny Marr. Le retard à rattraper. Les mondes en mutations.

Bryan Ferry a eu soixante-dix ans aujourd’hui. Samedi 26 septembre. Certains anniversaires me font vieillir un peu plus. Ils ravivent la nostalgie facile du samedi soir.

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Catégorie : Ecoute s'il pleut, En attendant la fin du monde, I live in the 80's, Je me souviens, Music of my mind, Samedis Musicaux

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