637 Cello song (Hildur Guðnadóttir)

26 janvier 2010 Par KMS
Imprimer cette note Imprimer cette note

Hildur Guðnadóttir : Elevation (Album : Without Sinking 2009)

Adobe Flash Player

Janvier. Le froid revient nous mordre un peu plus. Ce mois n’aura été que morsures. Que mort tout court. Est-ce pour cela ce besoin de silence et de musiques instrumentales aux paysages balayés par le vent?
Celle d’Hildur Guðnadóttir vient du froid. D’Islande. Mais ses notes ne bouillonnent pas à la manière des geyser, elles flottent dans le vent froid et tourbillonnent.

Le son de son violoncelle, léger et dur en même temps, comme une pierre ponce, court sur la peau en frissons dangereux. Les filles et leur violoncelle ont quelque chose d’une sensualité floue qui fascine. Peut être la position de l’instrument, serré entre leurs cuisses ouvertes, la danse des doigts ou du bras tenant l’archet et caressant les cordes. Un grain sonore plus palpable, comme une voix rauque, à la Anna Mouglalis, de celles qui te titillent le bas de la colonne vertébrale.

On imagine bien, l’hiver, dans les hautes terres, le vent balayant la lande de pierres et de lichens, déserte sous un ciel gris par conviction, le frottement de l’archet comme des rafales de vent froid. Musique de solitude, d’intimité envoutante et pure, semblant s’évaporer en volutes comme la vapeur des sources chaudes de son pays, sous le mouvement ralenti des nuages.

Lenteurs spectrales aux feu follets éphémères, échos irisés d’aurores boréales glacées, on écoute cette musique comme on rêve de voyages improbables vers des bouts du monde aux nuits sans fin.

On est bien loin ici du rock encore une fois, malgré le fait que la jeune Hildur ait collaboré avec Múm ou Pan Sonic, mais ce disque aussi discret qu’il est superbe est le préféré de Stephen O’Malley de Sunn o))), qui doit trouver dans cette musique un apaisement à ses drones telluriques.

Janvier. Je n’ai pas envie d’entendre chanter. C’est peut être la saison qui veut ça. Ou une lassitude larvée. Je veux du silence. Juste sentir le frôlement de l’archet sur la peau, et le vent froid, celui qui pique les yeux.

Tags : , , , , , , ,

Catégorie : Music of my mind

3 Responses to “ 637 Cello song (Hildur Guðnadóttir) ”

  1. EdkOb on 15 février 2010 at 19 h 22 min

    Les piliers métalliques qui supportent le ponton semblent aussi fins qu’une toile d’araignée, apparence trompeuse, force puisée dans la plus intense fragilité. Il y a au bout comme une construction qui semble éphémère, non durable (ah, comme je hais avec violence ce « durable » accolé à développement, comme un mac à sa gagneuse, bienvenue dans l’ère putative qui s’absout de ses turpitudes), destinée à embarquer. Il me semble même que cet étrange vaisseau est déjà sur le départ, glissant sur des eaux froides et grises, entamant un étrange voyage vers des lieux adjacents, seulement perceptibles en plissant fortement les yeux, le souffle retenu, la tête un peu inclinée (vers le côté du cerveau voué à l’imaginaire) comme lorsqu’on veut montrer par le corps que l’on accorde une très grande importance à ce qui est dit, là, maintenant.

    Ou a ce qui est écouté, comme ce grondement qui naît parfois dans les soubassements de notre corps, à l’intersection de notre estomac et de nos entrailles. J’habite des lieux de rocaille, de gouffres, de causses, de terres rares. Et de mers inventées.

    Je plisse les yeux, pour mieux m’embarquer. Là-bas, loin…

    Je sais l’extrême solitude des nappes éparses qui passent, navires qui tanguent sous la houle, passantEs égarées dans un monde clos. Dangereusement clos, sauf nos vies, qui s’embarquent. Que faisons-nous de nos vies ? Nos vies qui sont à vivre et…

    Et puisent dans Cello Song (comme vous l’intitulez avec justesse), magnifiques, de quoi défaire. Nous ne sommes plus dans des temps où nous devons faire, mais où il est vital de défaire, de SE défaire de cette emprise létale, celle de la soumission. Longue et lente montée sonore vers des cols jusque là tenus secrets. Interdiction des passages. Papiers et autres contrôles nécessaires, pour faire taire, réduire au silence, damner pour l’éternité (moins une seconde, la plus longue, celle qui tue pour l’éternité…).

    Merci pour toutes vos envies, ces partages inlassables, cette folie non feinte, ces passages dans des barques bancales de contrebande, ces jouissances sonores, ces extases suicidaires (comment vivre, alors que l’extrême médiocrité gouverne ?).

    Comment dire ce que l’on écoute, ce qu’on aime ? Comment dire l’indicible ? Parfois, en passant je le reconnais trop vite, je vous lis avec bonheur et attention, de celle que manifeste un enfant, lorsqu’il pose une question à un adulte, et que là, dans l’instant, c’est la question la plus importante de sa vie. Et parfois, l’adulte répond, c’est lui l’enfant. Nous sommes les enfants de nos enfants.

    Toutes ces aventures sonores posent les questions des enfants, les plus importantes du monde. Mais ce monde, reste muet. Ce muet mutilé. Séparé, par un signe, de la vie. Séparé par un son.

    Petite et légère et passagère pointe de … jalousie, cette ouverture discrète qui permet de voir, sans être vu.

    Merci de donner à voir. Je suis souvent passé sans être vu, d’où la « jalousie ».

    Que résonne Cello Song. Les Mille et Une Vies.

    @ bientôt, en passant

  2. KMS on 15 février 2010 at 23 h 04 min

    Il est des soirs où de tels commentaires font plaisir.

    Il est des musiques comme des voyages, celle-ci en est une. Cela tient probablement beaucoup au violoncelle. Je dis souvent que c’est un des instruments les plus tristes au monde. J’avais parlé de mélancellocolie un jour, un jour ou deux…

    Merci encore.

  3. Azerty on 21 février 2010 at 10 h 52 min

    ……………..
    Un autre monde …. comme ce silence que l’on appelle parfois