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893 Goodnight Ladies (Lou Reed)

Posted By KMS On 28 octobre 2013 @ 18 h 51 min In Je me souviens, Music of my mind | Comments Disabled

Lou Reed [1] : Lisa Says [2] (Acoustic Demos [3] 1970)

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« I know Lucifer so well, I call him by his first name. I say : Hey Lou ! »

Le premier était le Rock’n Roll Animal. Début 76. Après le spécial Lou Reed de Rock & Folk qui en a semble-t-il marqué plus d’un [5]. On commence par ce que l’on peut. Le Rock’n Roll Animal, enregistré le soir même de mes 12 ans. Les détails comptent.

J’en connaissais toutes les inflexions des guitares envahissantes de Hunter et Wagner. Même celle passée dans une cabine Leslie pour le Rock’n Roll fermant la 2ème face. Il y avait à l’intérieur de la pochette ouvrante, quelques lignes extraites d’Heroin. Cela suffisait pour capter le propos.

Il y a eu ensuite, fin 1976 certainement, ou début 1977, Berlin. L’exemplaire acheté avait un problème. Berlin, le titre, sur la face 1, était inécoutable, la bras sautait dès le début, lorsque l’on entend la voix imbibée faire le décompte. Le disque faisait inlassablement « Zweeeeei, Dreeeeeei » en boucle. Il aura fallu des années avant que le disque s’aplanisse assez pour entendre cette première chanson. La lose totale. Mais il y avait Caroline qui trouvait qu’il faisait si froid en Alaska, et toute cette deuxième face, cette tranche de rancoeur véreuse comme disait Lester Bangs.

Les filles n’aimaient pas Berlin, surtout la 2ème face avec les gosses qui pleuraient. Pas le bon disque pour emballer. Berlin ça te plombait les après-midi comme les soirées. C’était renverser une bouteille d’encre sur le monde environnant. Il y avait aussi à cette époque là, cet autre album noir que je chérissais, Tonight the Night. Des disques de solitaires. Pour Coney Island Baby, les photos le montraient avec les ongles peints en noir, chaînes et cuir clouté. Pas le genre de chanteur qui rassure les parents lorsque l’on colle sa photo sur les murs de sa chambre.

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On sautera la pochette bleue de Rock’n roll Heart, arrivé sur la frange du punk. Acheté bien plus tard, après Street Hassle. On en revient toujours ces années-là à Rock & Folk Best. Un article, ou plutôt non, un dessin, juste un dessin. Une pièce sordide, seringues à terre, un type une fille le bras garotté sur un matelas aussi défoncé qu’elle. Avec, les paroles de Street Hassle. Bad luck en gras. Parfaite illustration du sordide de Last Exit to Brooklin dont Reed était un fan inconditionnel. On entend Springsteen raconter une partie de l’histoire. J’ai, durant des années, systématiquement sauté le premier morceau, Gimme some good times. Trop « joyeux » pour le reste. Street hassle et ses shala lala la comme des Tra-la-la.

Entre temps il y aura eu pour moi le Velvet. Avec la réédition en France de White Light/White Heat en 77, une collection spéciale en collaboration avec Best qui en profitait pour allonger quatre ou cinq pages sur le disque, The Gift entendu dans Bananas sur France Inter. Seize ans, tu as beau être préparé au déluge sonique de Sister Ray par les articles dévorés. Mais quand même. Plonger dans les quatre albums du Velvet, c’était comme de se faire sucer le cerveau par un extra-terrestre pervers et sadique. Un truc addictif. Le plus grand groupe du monde de l’univers infini et au-delà. Venir au Velvet après quelques albums de Lou Reed, c’était comme de se prendre la déflagration atomique APRES les radiations.

Curieusement ou non, j’avais délaissé Transformer, une sorte de refus de la facilité. Il est venu ensuite. Après le live de 79, Take no prisoners. Comme s’il jouait dans son jardin avec un groupe de baloche, presque ça d’ailleurs, Radio Brooklyn comme il dit. Il caviarde ses tubes de digressions sans fin, oubliant la chanson d’origine, pourrit Pale Blue Eyes sans vraiment y arriver avec sa guitare synthétiseur dont il s’était entiché, un truc compliqué faisant un boucan terrible. Il aurait pu rejouer tout Metal Machine Music rien qu’avec cet engin. Take no prisoners, son meilleur live, sa majesté Lewis Allan Reed, dans toute sa splendeur. La plus belle tête de con du rock. Encore un disque qu’on s’écoute seul. Insupportable pour beaucoup.

On peut dire ce que l’on veut des concerts de la reformation du Velvet en 1993, mais on est rarement placé face à un mythe absolu dans toute son existence. C’était comme de voir Jésus descendre de sa croix. On sait bien que ça pue un peu l’arnaque mais on y croit quand même. C’était le cas. Ce soir là. Avec le regret de ne pas avoir pris de place pour les trois soirs. Et John Cale chantant toutes les chansons de Nico.
Dans la queue devant l’Olympia, il y avait Daniel Darc devant nous, lisant The Naked Lunch de Burroughs. Le genre de détail qui donne une idée du concert. Une parenthèse plus ou moins (dès)enchantée. Le truc qui fait oublier d’avoir eu à se farcir des années durant la basse fretless pénible comme une diarrhée de Fernando Saunders.

Il y avait eu avant déjà, l’album hommage à Andy Warhol, avec John Cale, le frère ennemi. Tant de choses. Encore un disque sombre, méchant. Encore un jalon. Il aurait peut-être fallu en rester là. Ça avait un sens. Même si je reste un inconditionnel de Magic and Loss.

S’être infusé le désespoir sordide et crasse du Velvet et du Lou Reed seventies durant l’adolescence laissait des traces, on ne pouvait l’oublier comme ça. On y revenait toujours, malgré ses albums douteux des années 80. Même si avec le temps, on se dit que finalement, les albums du Velvet seraient grandement suffisants. Même ceux sortis bien après la séparation, V.U en 1986 qui m’aura complètement fait replonger dedans. Tout ça est gardé précieusement. Comme les n° hors série des Inrocks, celui sorti pour l’expo à la Fondation Cartier où ils auront rejoués ensemble [7] pour la première fois depuis le Max Kansas City en 1970, et même avant pour John Cale.
Tout le reste aussi. Même cette passion perverse pour Metal Machine Music et The Bells. Et toutes ces paroles de chansons que je glissais insidieusement dans ces courriers, comme des traits aphrodisiaques.

Ce vieux trou du cul cosmique de Lou Reed est mort hier. Je suis triste non pas parce qu’il ne nous sortira plus de disques pénibles et plein de prétention comme ses 3 ou 4 derniers opus, mais parce qu’avec lui disparait un pan entier de mon adolescence et même de ma vie entière. C’est le problème de ces putains d’artistes, il y a toujours un morceau de nous-même qui part avec eux.
C’est probablement sa manière à lui de nous dire d’aller nous faire foutre une dernière fois.

« and that life is just to die »


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[1] Lou Reed: http://www.loureed.com/go/

[2] Lisa Says: http://killme.sarahagain.free.fr/radio.blog/mp3/893.mp3

[3] Acoustic Demos: http://ahistoryofundergroundrecording.blogspot.fr/2011/09/lou-reed-acoustic-demos-1970.html

[4] Image: http://kmskma.free.fr/wordpress/wp-content/uploads/lou2b.jpg

[5] un: http://www.lesinrocks.com/2013/10/27/musique/berlin-disque-culte-lou-reed-11439982/

[6] Image: http://kmskma.free.fr/wordpress/wp-content/uploads/streethassle.jpg

[7] rejoués ensemble: http://www.youtube.com/watch?v=rYCLd5aUCKw

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