892 Automne (Bonnie Prince Billy)

19 octobre 2013 Par KMS
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Bonnie « Prince » Billy : Wolves among Wolves (Master and Everyone 2003)

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(Photo ©KMS 2010)

L’automne est revenu accompagné de disques de Bonnie Prince Billy, un peu oubliés, rangés sur les étagères.
Les feuilles ne sont pas encore tombées mais dans les silences des chansons de Will Oldham on pourait entendre leurs craquements caractéristiques. Cette sensualité humide des touches d’automne, frôlements en frisson. Des chansons à marcher le long du fleuve.

Ces disques vers lesquels on finit toujours par revenir. Aussi. Le Live at Sin-é samedi dernier, Lover you should ‘ve come over et des paroles disparues ensuite. My broken bones can smell the rain, and they’re aching to recover. Les articulations grincent avec le froid, l’usure du temps. Quand le corps devient un hydromètre.

Les semaines passent trop vite. Le monde hurle de plus en plus fort, comme victime du réflexe de Lombard. Ce réflexe qui nous fait parler de plus en fort dans un environnement bruyant, participant ainsi encore plus au niveau sonore… La surenchère permanente ne laisse augurer rien de bon.

Je lis l’Aurélien d’Aragon, probablement trop tard, on rate parfois ses rendez-vous avec les livres. La nuit tombe plus vite, on ferme les volets plus tôt. Il y a dans la voix d’Oldham, des limpidités évidentes, pénétrantes et incisives. C’est plus que sensuel finalement, Bonnie Prince Billy, ça va au-delà. Il y a du désir, de la jouissance, du sexe un peu brut.

C’est peut-être aussi l’espoir que ces disques ralentissent le temps mais il ne faut pas ou plus rêver, comme si tout était devenu incontrôlable. Avec l’envie de démissionner de cette existence parfois. Simplement passer ses journées assis en regardant la campagne avec des notes de pianos ou de guitare derrière soi. Et manger des fromages en buvant du vin blanc.

Il y avait du brouillard ce matin. Une aspiration au silence. Il y en a trop peu souvent. Comme un écrin pour certaines miniatures de Will Oldham, proches, comme si la chanson nous touchait de ses doigts de velours ou de pierre. Des détails comme des craquements insignifiants, pourtant lourds de sens.

« Une prose peut s’avarier comme un morceau de rumsteck. J’assiste depuis des années aux signes précurseurs de la pourriture de mon style. Comme moi, il a ses angines, ses ictères, l’appendicite, mais il me devance sur le chemin de la dissolution finale. »

(Julio Cortazar : Marelle)

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Catégorie : Ecoute s'il pleut, En attendant la fin du monde, Rien

One Response to “ 892 Automne (Bonnie Prince Billy) ”

  1. david on 20 octobre 2013 at 17 h 15 min

    Mon commentaire précédent était en effet à côté de la plaque. Je ne suis pas rentré par la page d’accueil et mon agrégateur n’avait pas intégré le texte ci-dessus.
    Beau BPB d’il y a 10 ans. Sa musique et son savoir-faire semblent inaltérables.
    Demain. Elliott Smith…