169 No future

1 mars 2007 Par KMS
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169 No future : Nico : Frozen warnings (Album : The Marble Index 1968)

[...] il faut être un imbécile, il faut être un poète, il faut être un cinglé pour perdre plus de cinq minutes à des nostalgies auxquelles on peut parfaitement mettre un terme à bref délai. Chaque réunion de dirigeants internationaux, d’hommes-de-science, chaque nouveau satellite artificiel, chaque hormone ou réacteur atomique écrase un peu plus ces fallacieuses espérances. Le royaume sera en matière plastique, c’est un fait. Non que le monde doive se transformer en un cauchemar orwellien ou huxleyen; il sera bien pire; ce sera un monde délicieux, à la mesure de ses habitants, sans aucun moustique, aucun analphabète, avec des poules énormes ayant probablement dix-huit pattes, toutes savoureuses, avec des salles de bains télécommandées, de l’eau de couleur différente suivant le jour de la semaine, délicate attention du service national d’hygiène, avec télévision dans toutes les chambres, par exemple de grands paysages tropicaux pour les habitants de Reykjavik, des vues d’igloos pour ceux de La Havane, compensations subtiles qui vaincront toute tentative de révolte,
et caetera.
C’est-à-dire un monde satisfaisant pour personnes raisonnables.
Mais restera-t-il dans ce monde un être, un seul, qui ne sera pas raisonnable ?

Julio Cortazar : Marelle (Chapitre 71)

Nota : Cet album de Nico, son 2ème album solo, est un disque éprouvant dont l’écoute intégrale ne laisse pas toujours indemne. Son producteur, Frazier Mohawk, disait que The marble index n’était pas un disque que l’on écoute mais un trou dans lequel on tombe. Le genre qui vous donne envie de vous couper les veines. L’album est hanté par l’harmonium sépulcral et la voix d’outre-tombe de Nico sur lesquels John Cale a posé son alto ténébreux et divers instruments fantomatiques. A glacer le sang.

Catégorie : Vieilleries

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