165 Amalgame en spirale

21 février 2007 Par KMS
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165 Amalgame en spirale : Arab Strap : Fucking Little Bastards (Album : Monday at the Hug & Pint 2003)

C’était une journée d’avril froide et claire. Les horloges sonnaient treize heures.

10h17. Un peu fatigué. Pas motivé surtout. Je mets le nouvel album de Blonde Redhead. Ma petite obsession musicale depuis hier. 23 est le disque parfait du moment gommant les murs et les plafonds. Isolateur à particules non élémentaires. Je voyage dans le temps avec un disque de science-fiction. Il sortira le 23 avril. Juste avant les élections.
En lisant Americana hier soir je me suis rendu compte que Don DeLillo est un écrivain immense. Ou bien était-ce l’état de fatigue, celui qui abaisse les défenses et accroît les perceptions. Mais non. Bruit de fond, Cosmopolis ou Joueurs m’avaient déjà alerté. Surtout Joueurs. Americana enfonce le clou. Fort. Il faut que je trouve le temps de m’attaquer à Outremonde. Le temps toujours.

10h41. C’est en voyant la une de Libé lundi avec la lippe haineuse de j*an m*rie l* p*n que je me suis rendu compte que ces élections indiquaient en premier lieu que cinq années venaient de s’écouler. Je repensais à la une de Libé du 22 avril 2002 avec cette même tronche et ce NON en grosses lettres. Je l’avais affichée sur le mur de mon bureau. Cinq années. Je l’avais mise sur le blog aussi, le premier. Cinq années. Peut être le quinquennat le plus dense de mon existence. Tant de choses et de bouleversements. J’ai gardé la une dans mon placard pour ne pas oublier que ce type est toujours aussi dangereux si ce n’est plus.
11h18. Je devrais faire un panneau de photo à la maison. Un panneau en liège où j’épinglerai des photos pour voir où le temps passe parfois. Je pensais à ça, après avoir posé le Don DeLillo hier soir, avant de m’endormir.

Au-dehors, même à travers le carreau de la fenêtre fermée, le monde paraissait froid. Dans la rue, de petits remous de vent faisaient tourner en spirale la poussière et le papier déchiré. Bien que le soleil brillât et que le ciel fût d’un bleu dur, tout semblait décoloré, hormis les affiches collées partout. De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. Il y en avait un sur le mur d’en face. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston.

11h32. J’ai mis Lundi au Hug & Pint d’Arab Strap après 23. Dehors tout semble ralenti, les vacances peut être. Dans les couloirs aussi. La petite torpeur doucereuse (douce heureuse?) de l’instant semble pouvoir voler en éclat au moindre soubresaut. Je m’efforce de ne rien brusquer, de glisser sur les parois lisses pour ne rien déranger. J’ai rêvé d’une maison, de la petite fenêtre du bureau je voyais le jardin tortueux où serpentait de l’eau légèrement verdâtre et des plantes étranges aux feuilles psychédéliques grimpaient le long des troncs des arbres. Un jardin extraordinaire un peu sombre.
Parfois, à l’écoute de la musique, je voudrais me liquéfier, atteindre l’état liquide et m’écouler par les interstices pour m’enfuir. Laisser juste une petite flaque comme une signature en bas de page.
14h17. J’ai mis The Birthday Party. Il faut que je relise 1984 avant qu’il ne soit trop tard. Je l’ai lu il y a trop longtemps. Trouver le temps. Le temps. Toujours. Inexorablement. Le temps. 14h24.

Le ministère de la Vérité – Miniver, en novlangue1 – frappait par sa différence avec les objets environnants. […] De son poste d’observation, Winston pouvait encore déchiffrer sur la façade l’inscription artistique des trois slogans du Parti :
LA GUERRE C’EST LA PAIX
LA LIBERTE C’EST L’ESCLAVAGE
L’IGNORANCE C’EST LA FORCE

15h16. Il faudrait ne plus dormir avant la fin du monde. C’est raté. Le soir on sirote des bières Belges aux noms étranges en attendant. J’ai remis 23. Hors du temps.

Catégorie : Vieilleries

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