884 Rideaux (Tindersticks)

1 mai 2013 Par KMS
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Tindersticks : Don’t look down (Curtains 1997)

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Le ciel
gris,
le vent chargé d’humidité, un manque de
chaleur
et l’impression persistante de ne pas en sortir.
Et puis, le calme soudain, dès que l’aiguille de la cellule se pose sur le
vinyle
noir, avec cette respiration ténue des supports vivants.
Le
soyeux
des cuivres, des bois, la montée de l’orchestre.
Les cordes sifflant comme le vent.
La voix de Stuart.
Ils ne font plus de disques comme celui-là ou bien nous n’écoutons plus leurs
disques
comme nous écoutions celui-là dans la lumière tamisée.
Le vinyle est en
45 tours.
12 pouces, 45 tours. Il y a plus de
sons
dans le sillon en 45 tours. Une présence supplémentaire. Comme si ce disque en avait besoin alors qu’il a toujours été-là,
présent,
mais le grain charnel du son.
Le grondement de la
basse.
Cela semble si proche et pourtant,
déjà,
si loin. Je sais qu’il y a plus que du son dans ces chansons, pas seulement de
l’air
mis en mouvement par les hauts-parleurs.
Le disque que l’on craint d’user de peur qu’il ne s’effrite comme la
poussière
du temps qui passe.
Comme une photo
écornée
glissée dans son portefeuille, rangée entre deux
souvenirs.
L’impression de dessiner avec du
vent
sur le ciel gris derrière la fenêtre comme on voudrait pouvoir le faire avec son propre
souffle.
Cette histoire de sourire qui n’atteint jamais les
yeux,
cette histoire de chambre d’hôtel où l’on
baise
dans la salle de bains, cette histoire où l’on essaye de tomber
amoureux
à nouveau, ces histoires gravées dans le sillon comme on pouvait,
adolescent,
graver des noms sur l’écorce d’un arbre.
Les disques qui ne s’oublient pas, comme des
obsessions.

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Catégorie : Ecoute s'il pleut

2 Responses to “ 884 Rideaux (Tindersticks) ”

  1. Francky 01 on 3 mai 2013 at 17 h 47 min

    Ah le « Curtains » des Tindersticks, la classe absolue ! Un des meilleurs disques de 1997, année qui ne manquait pourtant pas de grands albums (la liste est longue). Mais c’est aussi pour moi un des meilleurs des 90’s !! Et un sommet d’Indie-rock symphonique !!!
    La Pop raffinée à son paroxysme.

    Et quel magnifique texte rendant superbement hommage à cette oeuvre d’une grâce inouïe ! Quand tu dis « ..Cela semble si proche et pourtant, déjà, si loin… » Cela me fait penser à un titre d’un des plus beaux film de Wim Wenders « Si loin, si proche ».
    Et j’adore ton expression « …L’impression de dessiner avec du vent.. » Sublime et poétique, comme ce texte ! Merci.

    • KMS on 12 mai 2013 at 20 h 29 min

      Les trois premiers Tindersticks sont de toute manière, totalement indispensable.