883 Comme on va (Songs:Ohia)

8 avril 2013 Par KMS
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Songs: Ohia : Didin’t it rain (Didn’t it rain 2002)

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Comme on va.
Comme on vient.
Comme on vit.
Sans trop savoir.
L’hiver tire en longueur.
J’écoute Mobb Deep.
J’écoute Mos Def.
J’écoute Kat Onoma.
Il y avait encore tout à l’heure quelques flocons.
Relire Guy Debord. Burroughs aussi.
Chercher l’Interzone. Qui n’est déjà plus que chimique.
Le piano dans la nuit, comme des notes venues d’Italie.
L’angélus de la troisième Année de Pèlerinage.
Le vent aussi.
La pluie.
Au fond, pas assez loin, jamais assez loin, ces haines exacerbées.
Le monde hurlant, tel un monstre aux membres arrachés.

Jason Molina est mort.
J’ai ressorti les disques noirs de Songs: Ohia, il y en a plusieurs.
Je rêve parfois de caresser de la mousse rouge sur des rochers de granit, perdus sur la lande balayée par les vents.
Au loin les falaises.
Une histoire de pierre de lune.
Quitte à être dans le froid.
Toutes ces vagues qui noient, submergent.
Flots invisibles.
Les angoisses qui nouent les tripes.
Savoir au moins qui enfonce ces dards dans les flans.
L’histoire se répète, on le sait bien.
J’aurais tant voulu jouer Chopin.
Dans une maison, avec vue sur la mer, une mer sombre et ventée.
Un feu dans le cheminée.
Ces endroits d’où on ne peut plus fuir.
Comme cette île, au large de Vancouver, dernière plage sur le pacifique.
Le bout du monde.
L’endroit d’où on ne peut plus se fuir.
J’ai gardé longtemps, cette image, en fond d’écran.
Qu’est-elle devenue?
Tenter de retrouver le fil.
Ces mots abandonnés. Presque oubliés, durant des jours.
Qui ne veulent plus rien dire aujourd’hui.
Un peu trop tard dans ce monde qui va trop vite.
En décalé.
Comme une carte postale de l’étranger.
Arrivant après qu’on soit rentré.
Le temps de tourner la tête.
Dans le jardin, le magnolia n’a toujours pas fleuri.
Il a déjà presque trois semaines de retard.

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Catégorie : Ecoute s'il pleut

3 Responses to “ 883 Comme on va (Songs:Ohia) ”

  1. Kranky on 9 avril 2013 at 20 h 24 min

    Magnifique, comme à l’accoutumée.
    Jason Molina me manque déjà.

  2. LAURENT on 9 avril 2013 at 23 h 14 min

    Des années maintenant que je parcours votre blog sans jamais poster le moindre commentaire. Beaucoup de choses dans votre post me pousse à…. comment dire, « sortir du bois » ? La mort de Jason Molina, cet album offert à mon père, « The Magnolia Electric & Co » en lui disant « Tu verras, c’est aussi intense que Neil Young » et le silence en retour, l’incompréhension, l’alcool, le hip hop, le carambolage d’un soir, d’un réveillon, l’Americana et « Shook ones Part 2″, le sample, la boucle de trois, quatres note de piano, RZA et Chopin, Bach dans Gainsbourg, la mélodie, les larmes, « qu’est-ce qu’il y a ? », je ne sais pas comment cela peut bien finir.

  3. PdB on 11 avril 2013 at 21 h 23 min

    Non, mais là, il est presque arrivé (le printemps, je veux dire); dans le couloir, un peu plus loin, là, il y a ma fille qui joue du piano, elle essaye la bossa nova avec Louis qui joue de sa guitare et parfois de la mienne, il a changé les cordes, c’est mieux il m’a dit, si vous voulez je vous montre comment on fait la pompe, j’ai dit merci mais j’ai pas le temps, c’est vrai, j’ai pas le temps, j’ai le temps de rien, j’ai juste celui d’aller voir ma tante, d’aller travailler parce que ça fait presque trois mois que j’ai pas fait rentrer de fric, et c’est pas que ça m’obsède, en vrai je m’en fous, mais je crois que je dois, pour garder l’appart, le piano dedans, dans l’autre chambre le clavecin qu’elle ne touche plus, le chauffage et l’eau chaude (non j’ai pas lu Thomas Bernhardt, je lis Tolstoï, la guerre et la paix, j’ai pas fini tout de suite, mais après peut-être qui peut savoir ? je serais sans doute encore là) c’est que de voir cette femme de quatre vingt dix sept piges qui s’en va tout doucement me fait un drôle d’effet, je tape soixante en juin et je l’ai toujours connue celle-là tu comprends, c’est un peu comme ma mère, mais elle m’a fait faux bond (pour mon père c’est une autre histoire) alors j’y vais je lui porte des roses que j’achète toujours chez le même fleuriste, il y a deux ou trois filles qui servent, je les connais, une coiffée comme les B52 une autre portugaise tu devineras jamais son prénom, une troisième j’en sais rien, j’y vais, devant le magasin il y a souvent une porsche noire décapotable de garée, le quartier pue un peu c’est vrai, les étriers de frein rouges tu vois le topo, mais enfin c’était le sien, de quartier, elle vit de l’autre côté du fleuve mais ce n’est pas important, je vais la voir, je lui parle et je m’en vais, je la vois elle et ses yeux qui perdent peu à peu la mémoire, la vérité du monde, la connaissance des choses, et le vent souffle sur le jardin quand je m’en vais, à présent je sens la douceur des choses, c’ets là que ma mère vivait quand elle vivait, c’est là aussi qu’elle est morte, le temps est passé, le printemps revient, et le magnolia aussi refleurira