158 Insécurité sociale

1 février 2007 Par KMS
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158 Insécurité sociale : Tom Waits : I don’t wanna grow up (Album : Bone Machine 1992)

J’ai écrit à la sécurité sociale. Je crois bien que c’est la première fois. Je me suis dit, tiens t’écris à la sécu, tu deviens quelqu’un comme tout le monde mais l’idée m’a fait peur. D’un seul coup j’ai cru que ça y était, j’étais adulte enfin, puisque j’écrivais à la sécu. Mais je crois que je ne veux pas. Etre adulte. Ni écrire à la sécu. Comme de se dire tiens on va passer la journée de dimanche à l’Hay Les Roses. Comme tous les dimanches…

Il existe je crois, des gens qui vont passer leurs dimanches dans ces villes improbables. Avec des S. Des S partout. Ils doivent écrire régulièrement à la sécu ces gens là. En connaître tous les rouages, les détours, les travers. Peut être même qu’ils pourraient écrire un livre sur les pièges de la sécu.
Je crois que j’ai trop attendu pour leur écrire à la sécu, ils ne vont rien me rembourser pour mes lunettes de l’année dernière. Deux jours de suite j’ai écrit à la sécu. Obligé de m’y prendre à deux fois pour envoyer une ordonnance réclamée depuis 6 mois et totalement oubliée. Un handicapé de l’administration.

C’est quelque chose que je ne fais plus. Passer des dimanches à l’Hay Les Roses. Enfin je ne l’ai jamais fait. Mais j’en ai passé ailleurs. Dans d’autres villes de banlieue, petite ou grande, la banlieue. De toute manière les villes le dimanche, si ce n’est pas la capitale, ce ne sont que des villes de banlieue non? Je crois que la grande c’est la pire. La grande banlieue c’est de la province qui ne s’assume pas. Ou alors ce sont les dimanches. Des dimanches d’ennui, repas dominical et rôts discrets devant la télé vautré dans le canapé cuir center paiement en trois fois sans frais, avec les grands, les adultes, les vieux, parlant de la sécu ou de l’actualité et tu as vu cette honte tous des fainéants, tous des fainéants. De mon temps… ah de mon temps… moi de mon temps on allait passer des dimanches à L’Hay Les Roses, ou à Melun par là, et même pire et je m’ennuyais fort.

Il y a des temps qui ne se conjuguent qu’au passé. Ou au futur lointain. Quand je serais grand, adulte, vieux, tout à la fois et plus rien en même temps, quand sera venue l’heure où il ne me restera plus qu’à aller passer des dimanches à L’Hay Les Roses ou peut être même à Sceaux ou Bourg La Reine qui n’est pas loin. On viendra me chercher en voiture et je leur parlerai de la sécu comme un bon petit vieux. Il sera temps de m’achever.
Je crois que c’est ça. J’ai eu l’impression de devenir adulte parce que j’écrivais à la sécu, on ne devrait jamais écrire à la sécu. C’est le syndrome de Peter Pan. Il n’écrivait pas à la Sécu Peter Pan. Ca se tient tout ça. Ecrire à la sécu c’est un coup à finir à L’Hay Les Roses le dimanche, ou même à Sceaux ou Bourg La Reine qui n’est pas loin. Ne plus échapper à la promenade post repas dominical parce que quand même avec ce beau soleil on ne va pas rester enfermé, et puis on traîne les vieux sur des bancs dans des squares qui suintent l’ennui, et les vieux attendent on ne sait trop quoi ou on n’ose pas le dire il y a des mots comme ça on n’ose pas les dire. Ils pensent à Michel Drucker et à leurs feuilles de sécu peut être. Suintant l’ennui. Ils auraient préféré regarder Michel Drucker dans le canapé cuir center paiement en trois fois sans frais plutôt que de traîner leurs rhumatismes sur ces bancs. Michel Drucker on a l’impression qu’il est immortel, qu’il est là depuis 200 ans. Toujours vert Michel Drucker. Comme ces statues en bronze, au milieu des squares de L’Hay Les Roses, Sceaux ou Bourg La Reine qui n’est pas loin. Ou ailleurs. Partout où les gens écrivent à la sécu. Partout quoi. C’est pour ça.

Oui voilà. Le syndrome Peter Pan. Mais pourtant je ne sais pas voler j’aurais bien aimé, j’aimerais bien. On aurait tous aimé, avant de commencer à écrire à la sécu et de grandir. Je te jure je ne le ferai plus. Ecrire à la sécu. Je ne le ferais plus. Peter Pan. Avec la fée clochette et les princesses de la lagune. Quand j’étais au collège, en 4ème, il y avait une fille un peu empotée, mollassonne, les autres filles l’appelaient la comtesse de la lagune. J’ai jamais compris pourquoi. Elle passe ses dimanches à L’Hay Les Roses tu crois maintenant? Peut être qu’ils se retrouvent tous, les dimanches après-midi, en famille, en train d’errer dans les rues de L’Hay Les Roses quand même avec ce beau soleil on ne va pas rester enfermé. Ou Bourg la Reine qui n’est pas loin. Il y a des noms comme ça. On disait tu Choisy Le Roi ou tu Bourg La Reine ça nous faisait rire tu penses. Parce que le bus, le 103, celui qui nous laissait devant le collège au bout de la ville pas loin des gazomètres et du cimetière, il allait jusqu’à Choisy le Roi.

Tu vois ce qu’on devient avec le temps. On finit par écrire à la sécu. On est foutu. Y a pas d’autres mots. On est foutu. On a écrit à la sécu. Deux fois en deux jours. On est bon pour les dimanches à L’Hay Les Roses. Ou Fontenay Aux Roses. Ou Mandre Les Roses. Pourquoi toutes ces roses? Elles doivent être fanées depuis le temps je crois bien. Ca doit être pour ça. Parce que j’ai écrit à la sécurité sociale.
Tu vois ça. Ca me réussit pas. Je raconte n’importe quoi…

Catégorie : Vieilleries

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