140 Headache memory

25 décembre 2006 Par KMS
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140 Headache memory : Smog : Whistling teapot (rag) (Album : The doctor came at dawn 1996)

Tout l’après-midi j’avais soigné ma migraine prémonitoire de l’ennui du réveillon à coup de disques de Smog. Derrière la fenêtre, le monde était en noir et blanc, comme une photo usée. Déjà.
Depuis maintenant trois ou quatre ans je redoute ce réveillon. Tous les ans je trouve ma mère et son compagnon un peu plus éloignés de tout en général et de la vie en particulier, comme enveloppés dans une sorte de boule de ouate transparente filtrant le monde extérieur. Comme si chaque année, un cran de plus dans l’engrenage de la vieillesse avait été franchi, avec cet irrémédiable cliquet empêchant tout retour en arrière.
Cette année j’en ai néanmoins profité pour récupérer deux grosses boites de photos anciennes. J’ai envie de faire le tri dans toute cette mémoire photographique, retrouver des personnes, des lieux, des souvenirs, des instantanés d’une banlieue disparue. Une part aussi de mon histoire, de ma vie. J’ai découvert ce matin qu’une seule des deux boites contient ce que je recherche mais il me restera néanmoins à examiner tous les négatifs noir et blanc qui remplissent une autre boite, ainsi que la myriade de petites boites en plastique jaune et blanc renfermant quelques années de diapositives. En fouillant ce matin, j’ai été un peu déçu de ne pas trouver plus de photos du quartier où j’ai grandi, du café de mes grands-parents. Mais il y a quand même un fond photographique intéressant que je vais devoir trier pour en faire quelque chose sans savoir encore vraiment quoi. Un grand nombre de photos datent du service militaire de mon père. Il devait s’ennuyer sévèrement en Allemagne durant dix-huit mois, en 1951 et 1952.

Il y a parfois au dos, les mots que ma mère et mon père s’échangeaient à distance. Des mots d’amour qu’il est toujours troublant de découvrir lorsque l’on sait que ce sont ceux de nos parents. Il était d’ailleurs peut être en train d’écrire à ma mère, sur cette photo magnifique datant de cette époque. Il a alors vingt ou vingt et un ans. Au dos il est inscrit Photo Sauer,Villingen, la ville Allemande où il était caserné et le nom du photographe ayant développé la pellicule.
Et puis il y a aussi tous ces clichés témoins des évènements familiaux, mariages, communions, baptêmes, ces congés payés des années cinquante ou soixante…
Tout ceci me fait prendre encore plus conscience du risque important de perte de mémoire collective qu’est la photographie numérique. Toutes ces photos que l’on conserve sur nos disques durs à la fiabilité proche de zéro. Toutes celles qui disparaîtront au prochain crash du disque dur, faute de sauvegarde fiable et d’impression systématique, comme c’était le cas pour la photo argentique. Le risque que nos enfants ne puissent regarder plus tard, et montrer à leurs propres enfants, la vie de parents qu’ils n’ont pas connus, est particulièrement élevé. Nous sabordons inconsciemment notre mémoire future en n’imprimant pas actuellement toutes nos photos numériques. Combien en restera t’il de visibles dans seulement dix ans? Ce matin de noël, j’ai montré à ma fille des images de son grand-père qu’elle n’aura jamais connu, des images de moi à son âge et même plus jeune. Des images de mes parents bien avant ma naissance. Je me suis dit qu’il fallait absolument que j’imprime les photos traînant un peu partout sur différents supports numériques, pour qu’elle aussi, un matin de noël, puisse faire la même chose avec ses enfants.

Catégorie : Je me souviens, Vieilleries

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