132 Rock memories Chapitre x

9 décembre 2006 Par KMS
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132 Rock memories Chapitre x : Lou Reed : Kicks (AlbumBootleg : Leave me Alone 1976)

Rory Gallagher… j’ai pas écouté ça depuis… pffff plus que ça même… pas loin de trente ans… ça semble tellement loin… l’album qu’écoutait Abraham, c’est un live de 74 enregistré en Irlande, la terre natale de Rory… c’était un foutu alcoolique ce type, il en est mort d’ailleurs. Il s’était même fait greffer un nouveau foie, pour recommencer à picoler comme jamais…
je me souviens de cet été, 77 ou 78, 77 plus probablement, où la 2ème chaîne avait diffusé assez tard un film sur la tournée Irlandaise de 74 où a été enregistré ce disque. Mes parents étaient couchés depuis longtemps, j’étais tranquille.
Il faisait chaud et en même temps que je regardais les images baignant la pièce dans un halo de lumière dansante, je n’arrêtais pas d’aller sur le balcon ouvert de l’appart familial pour mater la voisine de l’autre coté des deux rues parallèles nous séparant, et qui venait, elle aussi, par moment sur le balcon pour prendre la fraîcheur. Je crois que j’étais un peu amoureux de cette fille qui devait avoir plus de 10 ans que moi (j’en avais 16).
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En tout cas elle me faisait bander. On peut dire ça comme on veut, en y ajoutant tout le romantisme que l’on souhaite mais la réalité c’était ça. Elle me faisait bander cette fille lorsque le soir elle regardait les voitures passer sous son balcon, écoutant les bruits du bistrot juste sous son appart et qui restait ouvert tard, draguant tous les poivrots du coin venant se finir avant de rentrer chez eux. Je crois que ce soir là elle avait une jupe blanche, un peu longue mais ample, une jupe d’été, et un petit débardeur marron. Peut être que ça me vient de là finalement les débardeurs. A cause de cette voisine qui me faisait bander et fantasmer grave cet été là…

Il jouait sur une vieille strato toute pourrie le Rory. Toute usée, avec le vernis complètement écaillé. C’était pas une star à paillette. Juste un p’tit gars Irlandais qui picolait pas mal et jouait du blues sur sa guitare écaillée. Il y a une chanson qui s’appelle Too much alcohol sur ce disque d’ailleurs. Toute sa vie résumée dans ce titre en fait. A Ris Orangis, dans la banlieue parisienne, la banlieue lointaine, la pourrie, celle qui a poussée dans les années 60/70 au milieu de rien, il y a un club rock au milieu d’une zone commerciale et industrielle déprimante. Le Plan. C’est connu. Ils ont baptisé la rue devant le club, rue Rory Gallagher. Après sa mort. En Irlande, sa vielle strato écaillée est devenue une sculpture en bronze
Et moi je loupais la moitié du film de la tournée de Rory pour essayer de mater ma voisine sur son balcon. A l’époque il n’y avait pas de magnétoscope, tu penses bien que j’aurais enregistré tout ça sinon, pour me le passer et repasser. J’enregistrais juste le son de la télé sur mon mini K7, un cadeau pour ma communion quelques années auparavant. Mais l’appel de la fille à la jupe blanche sur le balcon de l’autre coté des deux rues était parfois plus fort que la musique.
Deux rues parce qu’il y en avait une en contrebas, juste devant chez moi, et une au-dessus, parallèle, plus large montant vers le pont au-dessus des voies de chemin de fer. Je guettais pour voir si elle venait fumer une cigarette sur son balcon. Et je faisais pareil tu penses bien. Torse nu, en jean, la clope au bout du bras, pendant nonchalament le long du balcon. J’espérais qu’elle me voit. Les poivrots finissaient par sortir un à un du bistrot. Le documentaire s’est terminé et j’ai arrêté le magnéto K7 sur lequel j’enregistrais le concert. Si je n’avais pas l’image il me resterait au moins le son. Et puis je crois que la fille a dû aller se coucher mais comme elle avait laissé le balcon ouvert à cause de la chaleur, je n’en étais pas certain. Je suis resté un bout de temps en espérant la voir revenir ce soir là mais c’était peine perdue.

Je me réécoutais le concert, et quand j’ai pris conscience du fait qu’elle devait dormir il était sûrement très tard. Du coup je l’ai imaginée nue dans son lit et j’ai dû me remettre à bander. Je suis allé me coucher à ce moment là mais je me suis pas endormi avant d’avoir fantasmé sérieusement sur la voisine à jupe blanche et débardeur marron. Walk on hot coals, walk on hot coals, marche sur des charbons ardents, il avait une chanson qui s’appelait comme ça Rory, marche sur des charbons ardents, je l’écoutais tout le temps et il faisait chaud cet été là, peut être aussi parce que je n’arrêtais pas de bander dès que je pensais à la voisine sur son balcon. Alors nu sur mon lit, j’oubliais mes frustrations en longs jets nacrés sur mon ventre.

La fille sur son balcon je ne l’ai jamais croisée dans la rue. J’aurais bien voulu. Mais non. Jamais croisée. Ca n’aurait pas changé grand chose d’ailleurs parce que je lui aurais dit quoi? Je crois que j’espérais qu’elle m’ait vu de son balcon et qu’elle m’aborde en me disant Ah vous êtes le type d’en face, sur son balcon, qui écoute de la musique cool. Même si parfois lorsque les parents n’étaient pas là j’écoutais la musique fort, fenêtres ouvertes, ce n’était jamais à ce point là et je doute fort qu’elle ait entendu quoique ce soit (je me serais fait lyncher par les voisins). Mais au moins je ne doutais pas de ça. Si je la croisais dans la rue, j’espérais qu’elle me dise ça. J’espérais bien plus forcément ensuite. Elle m’inviterait chez elle et après un verre et quelques mots, elle me sauterait dessus et nous ferions l’amour comme des bêtes sur son canapé ou sur le tapis (j’avais des variantes dans le scénario).

Je ne l’ai jamais croisée. J’ai continué à la regarder cet été là sur son balcon. Et puis un jour elle est venue sur le balcon avec un type qui m’a tout de suite déplu. Elle a déménagé quelques mois après. C’était sûrement ce qu’elle avait de mieux à faire. Elle ne me faisait plus bander. Et moi je n’écoutais plus Rory Gallagher…
Durant les vacances qui avaient suivies, j’avais fumé un joint avec le fils d’un collègue de mon père en écoutant There’s a world de Neil Young en boucle. Ce type m’avait impressionné en m’expliquant qu’il lisait Nietzsche aux chiottes. Je trouvais ça tellement hallucinant, tellement original, et surtout tellement démentiellement cool, qu’en rentrant je m’étais précipité pour acheté Ainsi parlait Zarathoustra pour faire la même chose que lui. Durant des semaines j’ai lu quelques pages de Nietszche à chaque fois que j’allais aux toilettes. Je crois bien que je n’ai rien compris à ce livre que j’ai toujours. C’était un drôle d’été…

Catégorie : Je me souviens, Vieilleries

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