874 Never Ending Juke-box #26 (Elysian Fields)

11 novembre 2012 Par KMS
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Elysian Fields : Barely Recognize You (Queen of the meadow 2000)

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Une chanson à la voix rauque, toute en frôlements, oubliée, retrouvée, on en caviardait alors des compilations éparpillées. Jennifer Charles nous caressait les reins de sa voix de velours, en félicités charnelles d’alcôves obscures et mystérieuses. Parfum fantôme de bougies soufflées à la hâte.

La décennie précédente semble déjà si loin qu’on finit par se demander si elle a vraiment existé. S’il n’en restait des chansons comme des vestiges poussiéreux d’un oubli précoce. Le pourrissement accéléré du monde nous pousse trop vite dans la fuite en avant. On abandonne trop de choses derrière soi, comme dans un exode précipité.

Sur l’album suivant aussi, il y avait Passing on the stairs, hommage au Canadien errant, le craquement des instruments comme celui du bois sec dans une cheminée. Pour cela que je n’aime pas parler des nouveautés, de tous ces disques qui sortent tout le temps. On n’a pas eu le temps de vivre avec, de se cogner dedans comme dans des meubles, de s’y faire des bleus. Les chansons, faut les user un peu pour les sentir. Ou avoir envie de coucher avec elles. Plutôt le genre de celles-là. Ces disques sentaient la fin de soirée un peu enfumées, un peu vaporeuses, au brouillard d’alcools lourds.

Sa voix, c’est comme si elle passait un doigt sur nos lèvres. Beauté ténébreuse et troublante. Le frisson indolore d’un ongle glissant sur l’épiderme. Dès qu’elle chante, c’est comme si les lumières s’éteignaient une à une, pour ne plus laisser qu’une veilleuse insidieuse pour ne plus apercevoir que les contours.

Dans le livret de Queen of the Meadow, à la pochette relativement laide, une sorte de marque de fabrique pour leurs premiers albums, il est écrit en bas d’une page, In memorium Jeff Buckley. Détail oublié une fois la page tournée.

Entre chiens et loups, l’air de rien, tout ça s’était un peu évaporé, comme la fumée des bougies soufflées à la hâte.

NOTA : la belle photo de Jennifer Charles est l’oeuvre de Barbara Peremans qui, je l’espère, ne m’en voudra pas de l’avoir empruntée).

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Catégorie : Ecoute s'il pleut, Never Ending Juke-Box

4 Responses to “ 874 Never Ending Juke-box #26 (Elysian Fields) ”

  1. -Twist- on 11 novembre 2012 at 19 h 59 min

    Qu’est ce que j’ai pu l’aimer la Jennifer, chez Elysian Fields évidemment (très beau choix) mais aussi chez Murat ou Lovage…
    Très beau texte, parfaite chanson pour finir ce week-end brumeux, merci.

  2. Mathieu on 11 novembre 2012 at 20 h 25 min

    Ah, Elysian Fields, parfait pour ce dimanche soir …

  3. Sophie on 12 novembre 2012 at 10 h 37 min

    Du grand Kms, très beau texte pour une chanson et une chanteuse pff…

  4. KMS on 12 novembre 2012 at 20 h 39 min

    Merci les gens pour les commentaires flatteurs non mérités (c’était un de billet de feignasse un peu quand même).