871 En attendant la fin du monde #10 (Sun Kil Moon)

14 octobre 2012 Par KMS
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Sun Kil Moon : Australian winter (Admiral Fell Promises 2010)

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Le Timewind de Klaus Schulze avait laissé la place aux Advaitic Songs d’OM, comme si ce grand écart coulait de source. Ils n’étaient pourtant pas si éloignés que ça ces deux disques, si l’on veut bien mettre de côté l’aspect temporel des choses.
Philip Roth va arrêter d’écrire et j’ai l’impression que c’est comme si Dylan disait demain qu’il allait arrêter de chanter et de donner cent concerts par an. Ça ne faisait qu’accentuer la sensation de flottement.

J’ai ressorti le catalogue de l’exposition Hopper de 2004 à la Tate Modern, sûrement la même que celle qui débute ces jours-ci au Grand Palais. 2004 semble si loin. Il y avait dans une salle du musée, des petits hommes en papier découpés jonchant le sol, métaphore des salariés piétinés par la grande machine capitaliste. Je n’avais pas osé en prendre un et le garder dans ma poche. Pourtant…

Edward Hopper : Cape Code Morning

Je tournais les pages. NightHawk, bien sûr, je repensais à ce livre écrit par Philippe Besson en partant de ce tableau, je pensais surtout à toutes ces fenêtres, cette collection de fenêtres ouvertes ou non sur l’extérieur, peut être pas sur le monde, que l’on trouve dans les toiles d’Hopper. Ces envie d’ailleurs, ces sorties de secours, semblant pourtant, souvent, enfermer les personnages. Des fenêtres pour observer le monde extérieur de loin, en sécurité, malgré la fascination ou le manque de courage pour l’affronter.

La grosse basse d’Al Cisneros grondait en fond sonore, perdu dans la brume des pensées, les fenêtres de Hopper et ces petits hommes en papier découpés. Les tableaux défilaient comme les chapitres d’une vie raccourcie, comme défilent parfois des paysages imaginaires sur les plages synthétiques de Klaus Schulze.

Pourtant, la musique d’OM ne ressemble pas à Hopper. On entend plutôt dans ses toiles un jazz un peu désuet et feutré. Comme les échos d’un bal, pas loin de la maison de Gatsby sur Long Island.

Sur le 2e album de Placebo, il y a si longtemps que c’est à se demander si on le l’a pas rêvé, sur une des chansons à la fin du disque il disait Now it takes him all day just to get an erection. Peut être même la dernière chanson avant que le groupe ne devienne insignifiant voire pathétique. Peu importe.
Il m’aura fallu une semaine pour compléter ce billet sans intérêt. Tournant autour des fenêtres de Hopper depuis dimanche soir. Peut-être simplement parce que la musique ne venait pas. Je restais bloqué sur les Advaitic songs, écoutées tous les soirs depuis dimanche dont l’originalité est certainement en ce moment la seule antidote à un quotidien envahissant, étouffant, épuisant.

J’ai lu quelque part, je ne sais plus où, qu’en ce moment lorsque l’on n’avait rien à dire on parlait de Hopper. J’avais commencé avant de lire ça mais c’était plutôt pertinent.

Il y a eu aussi, ce disque d’Archie Shepp, en duo avec Horace Parlan, revisitant de vieux blues, le grain organique de son souffle dans le saxophone. Le genre de musique que l’on aimerait entendre dans la nuit, allongé sur une pelouse pendant l’été indien, pas très loin de la maison de Gatsby d’où parviendraient ces musiques poussées par le vent. On y revient. Ou plutôt on y reste. Les blues noirs d’Archie, en contraste avec la « blancheur » des toiles de Hopper.

J’entendais la pluie tomber à l’extérieur sur les bâches protégeant les travaux de ravalement de la maison. Ça coulait comme un robinet resté ouvert. De la fenêtre à moitié obstruée par l’échafaudage, je ne devinais que la nuit humide. Encore une fenêtre. Retour à Hopper.

J’entendais la pluie et je l’entends toujours, tomber du toit dont la gouttière a été enlevée. L’échafaudage est parti entre temps, sur l’autre côté de la maison. On aurait pu croire sans ce détail, à un arrêt du temps, derrière cette fenêtre. Comme si les espaces temporels entre les mots n’existaient plus.

Ça ne pouvait se terminer qu’avec Mark Kozelek. Pour plein de raisons. Les guitares classiques avec leurs cordes en nylon ont souvent un son liquide. Cet été australien dont on est si loin. Raindrops pluck the windows, I pull myself underneath her warm soft blankets, This Australian winter. Il y a une fenêtre sur la pochette de l’album. Un détail sûrement.

On a rêvé parfois de s’asseoir dans un tableau de Hopper, derrière une fenêtre, dans le silence et le temps figé. Peut-être plus que ça même. En attendant la fin du monde.

OM – Gethsemane (Edit) by Drag City

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Catégorie : Ecoute s'il pleut

5 Responses to “ 871 En attendant la fin du monde #10 (Sun Kil Moon) ”

  1. PdB on 15 octobre 2012 at 21 h 44 min

    Tu vois, il y a une sorte d’engouement pour cet artiste qui me dégobille (l’engouement, pas l’artiste); dans le temps, il faisait la couverture des livres de John Fante et ceux qui l’adulent aujourd’hui (les médias-l’excrément du monde) n’avaient que mépris pour ce type de reprise; les temps ne changent pas, et l’actualité est faite de ce type de bassesse… Pas envie d’aller au grand palais (l’impression de se faire tondre même si on a des exonérés-voir l’horreur monumenta cette année- mais l’année dernière la merveille) (en tout cas, cette passerelle « art science » qu’on nous promettait du temps du fumier aux talonnettes est peut-être enterrée; je n’aime pas ce type de présentation, mais n’importe, on s’en fout, y’aura la queue (l’article wiki est franchement bien avec plein de photo de ses toiles et le type avait de la classe)). Ta musique va drôlement bien avec le temps d’hier, (les cordes en plastique) moins avec celui d ‘aujourd’hui, mais elle a quelque chose du celte, ça va… il semble que pour la fin du monde programmée vers la fin du mois de décembre, on organise une fête avec décorations et textes, j’en suis, je ne sais si toi mais sinon, c’est dommage (je fais un truc sur les dormeurs du métro) (il y a comme quelque chose qui se désinvestit d’ici chez toi, et je trouve ça dommage-surtout que je ne suis pas abonné à spotify remarque) (pour les nouvelles, apathy for the devil est plutôt pas mal; la bio de neil m’a fait penser à la pochette de tonight’s the night) (je ne savais pas qu’il était allumé à ce point-là par rapport aux : voitures, trains électriques, et comme les américains il me semble l’aspect positif du monde et des choses, le son « pur » de la musique etc.) (le bouquin est bien j’ai trouvé) (en tout cas pour la guitare et le piano la dernière fois, on aime assez attendre la fin du monde) (l’histoire du type qui tombe et dépasse la vitesse du son m’a fait penser que, il y a seulement cinquante ans, on s’extasiait pour les fantasmes d’aller fouler le sol de la Lune : les temps changent, et maintenant, les terriens se regardent le nombril : si ce monde pouvait finir…) (mais ça viendra ; juste pas sûr qu’on sera encore là pour le voir)

    • candie regressif on 16 octobre 2012 at 20 h 15 min

      Tout semble si loin; 1964 plus encore que 2004
      http://www.youtube.com/watch?v=cXE8u_HRpls&feature=related

    • KMS on 16 octobre 2012 at 20 h 46 min

      Je le trouve très (très) moyen le bouquin de Neil Young, pour ne pas dire merdique par moments… écrit à la truelle, il radote un peu sur les Mp3 et ses voitures… trop peu de musique dedans je trouve, et c’est dommage parce que ce sont toujours les passages les plus intéressants… probablement très révélateur du bonhomme et ça ne le rend pas moins sympathique pour autant, loin de là…

      Hopper il n’y a pas trop d’effort à faire, c’est pour ça que tout le monde se jette dessus mais en même temps j’aime beaucoup ses tableaux… j’avais vu l’expo à Londres en 2004, je verrai si on a le courage d’aller au Grand Palais…

      • PdB on 18 octobre 2012 at 19 h 53 min

        il doit être assez mal traduit, mais bon il est quand même assez allumé avec ses trips enregistrer à la pleine lune ou ce type de salades… je suis d’accord qu’il est franchement sympathique et que son livre est loupé (sauf les photos ptête) (pour hopper, j’irai aussi si j’y arrive) (jte dirai)(ou alors toi)

  2. Hopper au Grand Palais on 19 octobre 2012 at 14 h 21 min

    Très beau texte merci beaucoup. Cela m’a fait penser : il n’y a pas la pluie ni les trottoirs mouillés chez Hopper, pourtant c’est tellement New York ces images, tellement dans l’esprit de la solitude et des replis sur soi. La pluie, absente de chez Hopper, la preuve qu’il n’a pas peint selon les clichés.