122 Long goodbye

22 novembre 2006 Par KMS
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122 Long goodbye : Mark Kozelek : What’s next to the moon (*) (Album : What’s next to the moon 2001)

Altman en poussière. Vision de Tom Waits en chauffeur indélicat. Sa femme repassant tout en faisant du téléphone rose. C’est dans lequel? oui, Short cuts. Et The long goodbye. D’après Chandler. Le Privé. Le revoir, juste pour Elliott Gould et son appart’ étonnant avec ces filles hippies à coté ou bien est-ce juste ma mémoire… Cette vision de Los Angeles, décalée, Chandler… Garnier en avait écrit un superbe articleNashville aussi, pas revu depuis, depuis… Et forcément. M.A.S.H. Mais peut être faut-il avoir grandi dans les seventies… Suicide is painless… mais Le Privé… je ne saurais trop dire, j’étais ado, je n’avais pas encore lu l’article de Garnier quand j’ai vu le film… Philip Marlowe sous les traits d’Elliott Gould m’avait fait rêver par sa nonchalance naturelle… ou peut être juste la vision fugitive de filles aux seins nus… je me suis souvenu de ça… ce matin…

Mais malgré tout ça, malgré toutes les contingences, « The Long Good-Bye » est un film merveilleux et toxique. D’abord c’est un long poème à Los Angeles, comme « Taxi Driver » est un long poème à la nuit new-yorkaise. Comme avec «Taxi», la caméra de Vilmos Zsigmond est constamment en mouvement. De plus, Zsigmond utilisait – et pour la première fois – un procédé développé par Technicolor appelé «post-flashing », une méthode de développement et d’exposition de la pellicule qui réduit l’intensité des couleurs, leur donne un côté suranné; et la qualité de la photographie souligne à merveille le thème réel du film : le porte-à-faux. C’est une histoire des Années Cinquante qui se passe dans le L.A. de 1974. Marlowe est un déphasé. Il roule dans une vieille Lincoln de 1948 (ironiquement, il y a un passage dans « The Little Sister » où Marlowe peste contre les movie-stars et leurs Lincoln Continental). Tout le long du film il porte le même costume étriqué et la même cravate. Il est le seul à porter une cravate. Il est le seul à fumer à la chaîne dans cette époque de santé diététique et de bouffe biologique. Il est le seul à se raccrocher à son code de conduite. Plus dans le coup, Marlowe…
[...] Il y a tellement de private-jokes dans « Le Privé » qu’on croit souvent que les intentions d’Altman étaient purement satiriques; un aspect du film accentué par la campagne publicitaire du second lancement du film (qui, après un début catastrophique d’une semaine à Los Angeles et des critiques au vitriol, a bel et bien failli ne jamais quitter les coffres de United Artists. « The Long Good-Bye » fut lancé une seconde fois avec une campagne publicitaire axée sur la comédie et la satire – les affiches montraient Gould et son chat – et les critiques de New York tombèrent cul par dessus tête pour le film). En fait je crois que le propos d’Altman était plus ambitieux qu’on ne pense et qu’il y transparaît dans la version coupée. Et puis on oublie les procédés de maître employés dans le film: comme quand on voit Wade se suicider, on le voit reflété par la baie vitrée éclairée de l’intérieur; on voit Marlowe qui parle à Eileen Wade. Honnêteté fondamentale du metteur en scène : on ne peut pas (vraiment) voir ce que Marlowe ne voit pas.
[...] Ce qui a mis le plus de sel sur les plaies, en ce qui concerne les fidèles de Chandler, c’est qu’il ne reste rien des dialogues de Chandler, des fameuses comparaisons dévastatrices pour lesquelles il est célèbre. Gould se traîne tout le long du film en marmonnant des propos souvent inaudibles. « It’s okay with me » est le seul leitmotiv reconnaissable. Mais là encore Altman est après tout fidèle, sinon à Chandler, du moins au roman de 1951. Dans le livre, Chandler se fait plaisir et, comme l’écrivain Wade, s’écrivait des petites notes à lui-même et se moquait de ses propres excès: « Encore quatre jours avant la pleine lune et il y a un carré de clair de lune sur le mur et il me regarde comme un gros oeil aveugle et laiteux, un oeil mort. Connerie. Foutues comparaisons idiotes. C’est ça les écrivains : faut que tout soit comme quelque chose d’autre… »

Philippe Garnier : Le long au revoir (Rock & Folk n° 146 Mars 79, collection personnelle KMS)

(*) : (Remarquable reprise d’AC/DC)

Catégorie : Obsessions, Vieilleries

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