121 Délirium très mince

20 novembre 2006 Par KMS
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121 Délirium très mince : Dashiell Hedayat : Chrysler Rose (Album : Obsolete 1971)

Il y a des choses, des gens, des souvenirs, des lieux qu’on n’arrache pas du coeur… comme des restes d’affiches s’accrochant au mur…
J’ai une chrysler tout au fond de la cour, elle ne peux plus rouler mais,c’est là que je fais l’amour.
Je pensais à ça dans ce matin de novembre humide. Le vent balayait les feuilles jaunies sur la route et les trottoirs. Une sorte de poisse ruisselait sur les vitres de la voiture. Les Stones à peine adultes chantait Ne disparais pas, quelque chose d’un autre temps, une époque dont on a enterré depuis bien longtemps toutes les illusions. Ne disparais pas. Il faisait froid, il était trop tôt de toute manière, mal dormi. Je me demande parfois si les matins de novembre ne sont pas les pires.
Des vieux rêves, comme des restes d’affiches collés sur des vieux murs de banlieues grises, ou sur ces artères Parisiennes des arrondissements populaires et bigarrés. Des vieux rêves comme des choses qu’on n’arrache pas du coeur. Des bouts d’affiches. Je pensais à ça. Roulant sans réfléchir. Ne disparais pas. Des pensées comme des petites bouts de fil sur lesquels on n’arrive pas à tirer. Les pelotes que l’on voudrait bien dévider mais qui restent bloquées.
Les vieux rêves sont des carcasses rouillées, abandonnées sur des cales en bois au fond de cours aux pavés disjoints où l’herbe lutte pour survivre, derrière des portes de bois jaune vermoulu qui branlent sur leurs gonds. Des rêves rouillés mais pas oubliés. J’ai viré les Stones. Ne disparais pas. J’ai mis Pere Ubu à la place. Industriel et urbain. Comme les paysages que je traverse. Une odeur de caoutchouc brûlé venu de je ne sais où. J’ai tourné à droite.
Peut être qu’on cherche juste les jardins de notre enfance. Ceux où l’on s’écorchait les genoux, où les orties nous piquaient les chevilles et les mains. Où ces endroits, au fond des banlieues, cours, hangars, où l’on parquait des voitures, qu’on appelait peut être encore automobiles, celles qu’on ne sortait que le dimanche, et qui laissaient des traces d’huile comme des jets d’urine pour marquer leur territoire. Il y en avait un près de chez moi lorsque j’étais enfant, gardé par un vieux avec une jambe de bois qui me terrorisait.
Les vieux rêves…
Et puis le soleil s’est levé, le ciel est devenu rose et bleu.
Rose comme une chrysler.
Pas encore rose poussière.
Chrysler, chrysler rose, Elle repose sur jantes, abandonnée, Deux de ses roues sont voilées, Sa capote est déchirée.
Plus tard le rose a viré au gris fuyant. Jusqu’à ce que des gifles de pluie viennent claquer sur les trottoirs et sur les vitres, précipitant dans le caniveau, le suicide collectif des feuilles jaunies se jetant des branches.
C’est novembre.
Il y a des choses, des gens, des souvenirs, des lieux qu’on n’arrache pas du coeur… comme des restes d’affiches s’accrochant au mur.
C’est novembre.
Tu vois comme le temps passe.
Je n’ai pas de Chrysler mais je te fais l’amour pendant que le monde se décompose autour de nous.
Une Chrysler rose, Au 7ème ciel, A travers la capote déchirée
Je n’ai pas de Chrysler et je jouis en toi pendant qu’il en est encore temps.
Et au moment de monter Sally me dit, Ta Chrysler, Ouais ma Chrysler, Ta Chrysler est salement défoncée
Oui mais tout le Monde est défoncé…

Catégorie : Je me souviens, Vieilleries

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