866 En attendant la fin du monde #6 (Creedence Clearwater Revival)

26 août 2012 Par KMS
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Creedence Clearwater Revival : Effigy (Willy and the Poor Boys 1969)

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Je rêvais d’abandons charnels lascifs et seventies, de drogues chaudes et de filles alanguies, de la voix de John Fogerty et des guitares de Creedence, dans la moiteur d’un été au fond du bayou. Ferme abandonnée et herbes folles, carcasses de voitures rongées par la rouille.

Je rêvais d’oubli du temps, sorte d’antidote à la pression urbaine délétère. De course poursuite à la Vanishing Point. D’errances motorisées à la Easy Rider.

Les garçons répétaient parfois dans la vieille grange à la porte branlante, les amplis et la batterie posés à même le sol. La poussière volait dans les rayons de soleil écartant les planches disjointes. Les coups de grosse caisse et l’ampli de la basse faisaient voler les reste de paille trainant par terre. Ils jouaient torse nu, couvert de sueur avec la chaleur. Ils avaient bien quelques espoirs de finir par donner des concerts, un samedi soir en ville, puis peut être plus loin, plus souvent. Tous rêvaient de plus mais personne ne l’avouait.

La fille en short en jean dansait parfois devant le groupe lorsqu’ils s’essayaient sur des reprises de Creedence Clearwater Revival, ses longs cheveux blonds tournant autour d’elle. Parfois elle ôtait son débardeur et dansait seins nus devant les garçons, ça les perturbait dans leur jeu même s’ils connaissaient tous son corps par coeur, peut être même plus que la dizaine de chansons qu’ils répétaient depuis des semaines.
Sa meilleure amie lui avait dit qu’elle ne devrait pas continuer à coucher un peu avec tous. Elle lui avait répondu qu’elle couchait toute entière avec chacun, que ce n’était pas la même chose. Elle n’était pas certaine qu’elle ait compris la différence.

Le type qui leur vendait l’herbe passait les ravitailler en début de soirée. Il arrivait dans son pick-up déglingué et faisait voler la terre de la cour en freinant. Il boitait salement depuis la blessure mal soignée de la balle qu’il s’était tirée dans le pied pour éviter le draft et le Vietnam.

Il restait parfois pour fumer avec les garçons. Ils s’installaient tous dans la grange en laissant la porte ouverte. Ils avaient bricolé un système pour brancher l’électrophone directement sur le baffle de l’ampli Marshall de la guitare. Les filles dansaient. Ils faisaient tourner la bouteille de Southern Comfort.
Ils sortaient parfois pour vérifier que les étoiles étaient toujours dans le ciel, comme si cela les rassurait.

Toute la nuit ils restaient comme ça, attendant secrètement que la fille au short en jean vienne en prendre un par la main pour l’emmener dans la chambre. Mais il y avait des nuits où elle restait seulement à danser mollement devant la porte de la grange, sa silhouette se découpant dans le clair de lune, pendant qu’ils remettaient inlassablement les albums du Allman Brothers Band ou de Creedence, Bayou Country, Green River, Cosmos Factory ou Willy and the poor boys, en attendant la fin du monde.

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Catégorie : 7 Tease, En attendant la fin du monde, Sexties

3 Responses to “ 866 En attendant la fin du monde #6 (Creedence Clearwater Revival) ”

  1. tita67 on 26 août 2012 at 22 h 51 min

    Big Kill, je loue ta ténacité à écrire et offrir de la musique ici. C’est toujours un plaisir de trouver cette balise et tu fais cela avec tant de sensibilité et toujours loin des nuisances. Cet été je suis partie avec mon fils en vacances et il a voulu emporter sa guitare et son ampli dans le train et tout le bastringue… Besos et bonne rentrée à toi. : )

    • KMS on 27 août 2012 at 9 h 10 min

      Elle se délite ma ténacité je crois bien…
      Il joue du Hendrix le fiston ?

  2. Georges on 27 août 2012 at 9 h 00 min

    Tu inspires des films chauds et lascifs comme des mèches blondes qui ondulent et giflent l’air, devant un groupe de rock.