117 Folie ordinaire

11 novembre 2006 Par KMS
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117 Folie ordinaire : Swell Maps : Gunboats (Album : A trip to Marineville 1979)

Il devait être un peu plus de 14h lorsque j’ai mis Trip to Marineville. Je n’aime pas les vendredis excités et là c’était un vendredi excité sans que je sache pourquoi. Les gens qui courent dans les couloirs et toutes ces questions qui me fatiguent. Je balayais les albums stockés sur le disque dur. C’est toujours difficile d’expliquer pourquoi on choisit tel album plutôt que tel autre. Vendredi. Les gens dans les couloirs et cet album qui sort des haut-parleurs. Ca avait commencé dès le matin, l’excitation, les questions, les gens pressés et moi comme eux finalement. Ca c’est juste calmé quand j’ai mis cet album. Et puis, doucement, je ne sais pas pourquoi je me suis dit que cela faisait longtemps que je n’avais pas lu Bukowski. C’est étrange d’avoir pensé au vieux Hank. Parce que la musique des Swell Maps me fait plus penser à Burroughs. Un peu à la bande son du Festin nu.
“La prolifération cellulaire totale débouche sur le cancer. La démocratie est cancérigène par essence, et les bureaux sont ses cancers vivants. Bureaux, services, offices, sections… Un bureau prend racine au hasard dans l’Etat, se mue bientôt en tumeur maligne, comme la Brigade des Stupéfiants, et commence à se reproduire sans relâche, multipliant sa propre souche à des dizaines d’exemplaires, et il finira par asphyxier son hôte, au sens biologique du terme, si on ne réussit pas à le neutraliser ou à l’éliminer à temps. Les bureaux, qui sont de nature purement parasitaire, ne peuvent subsister sans leur hôte, sans leur organisme nourricier…”
Il faut que je le relise ce livre je me suis dit. Et Bukowski aussi. Parce que c’est à lui que je pensais au départ. Le journal d’un vieux dégueulasse. J’avais oublié le bureau. Cette chanson à la ligne de basse entêtante avait gommé le reste. A chaque grincement de la guitare je plongeais un peu plus dans une dimension impalpable. Je me disais que dans un roman de Burroughs, mon esprit pourrait s’évader tandis qu’un homoncule gluant et lubrique prendrait ma place derrière l’écran. Je souriais à cette idée. Bukowski lui aurait sûrement déjà vomi sur le clavier. C’est ce que je me disais quand mon chef est entré. Ca m’a fait sourire il a dû se demander pourquoi. Mais l’image de ce vieux poivrot de Hank effondré sur le clavier au moment où mon chef rentre c’est un peu le choc des mondes. Il n’est pas resté assez longtemps pour trop brouiller mes pensées. Un vendredi excité, il a couru ailleurs. Moi je ne bougeais plus de ma place depuis que j’avais mis ce disque. J’ai remis cette chanson pour la deuxième ou la troisième fois de suite. J’étais bien, dans le ronronnement hypnotique de la basse, à penser aux livres de ces deux vieux cinglés. J’avais oublié les chiffres, les papiers et les guitares rouillées des Swell Maps sonnaient toujours à pas trop feutrés dans le bureau…

Catégorie : Vieilleries

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