101 Neil’s yard part 3

5 octobre 2006 Par KMS
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101 Neil’s yard part 3 : Neil Young : Revolution blues (Album : On the Beach 1974)

(suite)(donc)

Mais quand même tu aimais ça avant
Avant quoi? J’imagine qu’ils devaient se poser la question. Avant que je n’essaye difficilement de devenir moi? J’aimais quoi? Je ne sais même plus. Je savais que dorénavant j’aimais ça. Cette musique. Plus que tout autre chose. L’adolescence est souvent synonyme de révolte, la mienne était purement
I got the revolution blues, I see bloody fountains
purement cérébrale mais il n’empêche que je braillais les paroles de cette chanson en jouant de l’air-guitar dans ma chambre
Mais qu’est-ce que tu fais toute la journée enfermé dans ta chambre?
ma chambre face aux posters qui couvraient les murs. Revolution blues. Exprimant par procuration au travers de cette chanson, que je mimais avec toute la rage que je pouvais y mettre, mes frustrations adolescentes. Peut être juste parce qu’il y avait le mot révolution. Mais les paroles, les paroles
Remember your guard dog? Well, I’m afraid that he’s gone.
It was such a drag to hear him whining all night long.

les paroles aussi et la voix de Neil Young était tellement dangereuse lorsqu’il chantait ces deux vers que j’avais l’impression de devenir dangereux moi-même en les chantant ce qui était probablement assez pathétique…
Je ne savais pas à l’époque que cette chanson parlait de Charles Manson, une sorte d’halluciné messianique qui, en dehors du fait que son patronyme accolé au prénom d’une blonde célèbre médicamentée aura permis au guignolesque Brian Warner de donner un nom à son groupe plus de vingt ans plus tard, aura fait perpétrer durant l’été 1969 par les membres de sa « famille », des carnages sanglants, dont celui commis au 10050 Cielo drive resté dans les mémoires, où cinq personnes dont Sharon Tate
Well, I hear that Laurel Canyon is full of famous stars
Sharon Tate, femme du cinéaste Roman Polanski, seront massacrées.
Manson était assez proche du milieu rock Californien des années 60. Il était ami avec Dennis Wilson (des Beach Boys), et avait croisé Neil Young quelques fois. Le plus surprenant dans cette histoire, c’est que Charles Manson a commandité ces meurtres à ses disciples parce qu’il aurait soit-disant entendu des messages lui étant spécifiquement destinés dans le White album des Beatles.
Et pas seulement dans Helter Skelter, ayant acquis une funèbre célébrité suite à ces meurtres, puisqu’on retrouva inscrits sur les murs avec le sang des victimes, les mots HELTER SKELTER. Même si la chanson parle d’un toboggan circulaire, Manson a cru que les Beatles lui annonçait un conflit racial à venir.
On retrouva aussi les mots RISE et DEATH TO THE PIGS sur les murs de la maison des La Bianca, également massacrés la nuit suivante par la troupe de Manson.
But I hate them worse than lepers and I’ll kill them in their cars
Charly, qui avait certainement un peu trop forcé sur certaines substances à moins que le soleil Californien ne lui ait grillé le cerveau, avait entendu dans la chanson Piggies des Beatles un message (What they need’s a damn good whacking) lui indiquant que la révolution pouvait commencer. Les La Bianca avaient même été tués avec des couteaux et des fourchettes parce qu’il en est fait mention dans la chanson ( Clutching forks and knives). Mrs La Bianca fut frappée plus de quarante fois dont vingt fois après sa mort. Terrifiant.
But I’m still not happy, I feel like there’s something wrong
Manson considérait les Beatles comme les quatre cavaliers de l’apocalypse du nouveau testament, venus lui ordonner, au travers de leurs chansons, de préparer l’holocauste en s’enfuyant dans le désert. Dans Revolution #9, il entendra, et c’est probablement la seule personne à avoir entendu dans ce collage bruitiste OnoLennonien autre chose qu’un bordel sans nom qui donne plutôt envie de passer à la chanson suivante, Lennon chanter Rise (au lieu de right), et que de ce fait il intimait la communauté noire à se dresser contre les classes moyennes blanches. Le number nine lancinant et glacial répété inlassablement faisait référence pour Charly au chapitre 9 du Livre des Révélations qui décrit l’apocalypse à venir.
Mais qu’est-ce que tu fais toute la journée enfermé dans ta chambre?
J’imagine maintenant la tête qu’aurait fait ma mère si elle avait su ce que racontait cette chanson et toute l’histoire qu’il y avait derrière, et Neil Young, se mettant dans la peau de Manson, la rendait encore plus forte, dans un concentré de paranoïa urbaine
I keep ‘em hoppin’, till my ammunition’s gone
paranoïa urbaine dont tous les mots étaient lourdement chargés.
Ce massacre, au même titre que le meurtre de Meredith Hunter par des Hells Angels lors du festival d’Altamont pendant le concert des Rolling Stones (que l’on peut voir dans le film Gimme Shelter), marquera en un sens la fin du flower power, comme si en cette année 1969, on officialisait d’une manière ou d’une autre, l’accession à un degré de violence supplémentaire en déchirant les brouillards vaporeux et utopistes des hippies d’un grand coup de poignard acéré. C’est peut être également ce que symbolisait cette cadillac jaune enfoncée dans le sable sur la pochette, comme si elle s’était écrasée, tombant du ciel. Le rêve américain se crashant dans un fracas de tôles froissées…
So you be good to me and I’ll be good to you
C’est peut être parce que Manson aura trouvé la justification de ses actes dans des chansons des Beatles, que le milieu du rock en général lui paiera un tribu important (Hey Satan, pay my dues chantera AC/DC dix ans après…)
Que ce soit Trent Reznor qui ira jusqu’à louer la maison du 10050 Cielo drive pour y enregistrer The downward spiral, les ridicules Gun’s and roses, qui sur The spaghetti incident?, reprendront une chanson de Charles Manson (la chanson cachée (ah ah) du disque), Sonic Youth dans Death valley 69, les Ramones sur Glad to see you go, ou le Charlie Manson blues sur le premier album des Flaming Lips et j’en oublie certainement des tonnes. La longue suite figurant sur la 2ème face d’Obsol
ète
de Dashiell Hedayat ne se nommant sûrement pas par hasard Cielo drive… Manson lui-même sortit un album en 1970 pour financer sa défense…
Mais qu’est-ce que tu fais toute la journée enfermé dans ta chambre?
Je chantais Revolution blues. Et en même temps je faisais ma propre révolution bien sagement. Ignorant tout de cette putain d’histoire hallucinante. Baigné dans ce blues de l’adolescence. Le regard se perdant par la fenêtre. La fenêtre d’où je voyais les deux grandes cheminées
Yes, that was me with the doves, setting them free near the factory
de la centrale EDF de l’autre coté de la Seine…

Note informative à l’attention des curieux : Les informations sur l’interprétations des chansons des Beatles proviennent du livre de Steve Turner : L’intégrale Beatles : le secret de toutes leurs chansons

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Catégorie : Obsessions, Vieilleries

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