859 En attendant la fin du monde #1 (Dashiell Hedayat)

18 juin 2012 Par KMS
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Dashiell Hedayat : Long song for Zelda (Obsolete 1971)

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Ils ont dit c’est pour le 21 décembre 2012, le jour de mes 52 ans mais je ne suis pas certain que les Aztèques aient prévu ce détail. Après il n’y a plus rien. Même s’il parait que non ce n’est pas ce jour-là, c’est plus tard. La fin du monde ne peut pas arriver comme ça. Dommage, c’est comme de m’enlever mon cadeau. On va faire comme si. On fouillera tiroirs et mémoire en attendant, en attendant la fin du monde.


Ça tient de la nonchalance. Celle toujours un peu particulière, l’été, avant ou après la pluie comme on dirait avant ou après l’amour. Dans le silence un peu plus fort.
Avec juste cette pointe d’excitation qui court sur l’épiderme. Un voile sexuel de désir un peu paresseux. Détaché du modernisme. Dans la lenteur. Moite. Avec les senteurs de la terre humide poussées par le vent léger. Une atmosphère disparue, un fantôme du passé, ces fleurs turgescentes, accrochées aux murs blancs.
Je suis à la fenêtre, et toi tu es dans la baignoire, tes pieds dépassent, je peux les voir dans la glace de l’armoire.

Un peu comme l’odeur capiteuse du thé au jasmin ou des pétales en décomposition dans le jardin. Ils semblent deux amants illégitimes, elle dans sa baignoire et lui, lui, on ne sait pas vraiment. Dans la réduction de la courbe charnelle, des flammes de désir s’éteignant lentement dans le crépuscule doux amer du jour qui s’évanouit,
La pochette est gaufrée, enfin celle du vinyle. Rose et gaufrée. La texture participe à cette atmosphère étrange en quelque sorte. Agréable sous les doigts. La musique se touche on l’oublie trop souvent.

Il y a l’odeur d’encens et les bougies ont fondu, tout est si vague
Une maison aux portes ouvertes parce que tout est éphémère, et cette atmosphère de décadence distinguée.
La guitare wha-whate en arrière plan, déroule ses volutes, ça ressemble à des instants que l’on pouvait encore se permettre de perdre dans le temps à bascule de l’autre côté du miroir d’Alice. Hey mushroom, will you mush my room ?
Je ne sais même plus si je pense, je ne sais même plus si je pense. Il le dit deux fois, histoire qu’on comprenne bien. On comprend. Si seulement cela pouvait être vrai. Parfois. Le néant des pensées. L’oubli et la fuite.

Je pourrais écouter la chanson longue pour Zelda des jours durant en caressant l’humidité sur la peau. On pourrait vivre comme ça sûrement plus d’un million d’années. Comme dans Le Sud. Toi dans la baignoire et moi à la fenêtre. Histoire de perdre du temps. En attendant la fin du monde.

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Catégorie : 7 Tease, Ecoute s'il pleut, En attendant la fin du monde

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