862 L’âge d’or (The Rolling Stones)

10 juillet 2012 Par KMS
Imprimer cette note Imprimer cette note

The Rolling Stones : 10 Stones

C’était d’abord les pochettes. Minuscules miniatures sur un catalogue demi-format, monochrome vert ou bleu, de commande de disques par correspondance. Wha-Wha. Janvier ou février 75. Tous les mois je recevais le catalogue. Un petit fascicule avec les nouveautés et de petites chroniques. On en trouvait les publicités dans Best. A la suite d’une commande de disque (un Beatles, de mémoire, une compil, Oldies but goldies), ils avaient joint plusieurs n° récents de leur petit mensuel que je dévorai jusqu’à la dernière ligne. A la fin de chacun, il y avait un zoom sur la discographie entière d’un groupe. Dans le paquet, un spécial Yes, un John Lennon et un sur L’âge d’or des Rolling Stones.

L’âge d’or des Rolling Stones. Une réédition (déjà) française des albums Decca des Stones. Je n’y connaissais encore rien en dehors de Satisfaction, d’Angie et d’It’s only rock’n roll qui passaient à la radio ces mois-là.
Les photos choisies pour les pochettes étaient terriblement fascinantes, et complètement anachroniques par rapport aux disques qu’elles illustraient, mais ça je ne le savais pas encore. Les pochettes, en se concentrant un peu, juste en les regardant, on pouvait presque entendre les riffs de Keith Richards.

Il y avait une sorte de puissance sexuelle latente dans leurs attitudes sur certaines de ces photos, surtout celles sur scène, dans des éclairages rouges, on se disait qu’en ayant les disques on en récupèrerait bien un peu, que ça servirait toujours avec les filles. En attendant on touchait des doigts les pochettes, partout où on les voyait.

Il y avait bien que les garçons que ça impressionnait d’ailleurs, les filles restaient bloquées sur Angie et la grosse bouche rouge sur le nombril de la fille de la pochette du 45T. Celui qui nous permettait de se frotter un peu à elles, dans les boums, quand on dansait.

Celui acheté à l’époque, mon premier Stones, quelques mois plus tard, c’est Gimme Shelter. Une compilation bancale. Il y en avait pas mal de compils dans les 18 volumes de L’âge d’or des Rolling Stones. Probablement qu’en achetant la totalité tu te faisais un peu arnaquer (oui, déjà aussi), et te retrouvais avec plusieurs fois la même chanson. Surtout sur celles aux noms très finement déclinés comme Milestones, Stone age, Rock’n Rolling Stones, ces compilations minables sorties par Decca pour rentabiliser le fond de catalogue après que les Stones aient changé de label en 1970. Les titres originaux des premiers albums n’étaient même pas repris. Out of our Heads rebaptisé Satisfaction, on comprend immédiatement l’intérêt mercantile derrière tout ça. On ne le savait pas, et Stone age, le titre, impressionnait.

Gimme Shelter, le volume 17, en gros c’était n’importe quoi. La deuxième face est live avec un son pourri, des trucs de 65 ou 66, de la folie, où les filles criaient plus fort que les amplis (pas très puissants il faut bien l’avouer) où étaient branchées des guitares désaccordées, mais qui s’en souciait alors dans la salle.

Comme sur Got live if you want it, seul disque punk des Stones, qui passerait pour un fleuron audiophile à côté des titres live de la deuxième face de ce volume 17 (Satisfaction semble être un collage de deux soirs différents…). Never released before in UK disait la pochette, on veut bien le croire.

L’autre face, la première, est une pure tuerie. Un concentré de rock Stonien. Jumping Jack Flash pour ouvrir le bal. Love in Vain. Honky Tonk Women. Street Fighting Man. Sympathy for the Devil et l’orage sensuel de Gimme Shelter pour le coup de grâce. Gimme Shelter, même pas indiqué au verso de la pochette, histoire de montrer comme c’était de la réédition de qualité, L’âge d’or…
Ça tabassait fort sur cette face une. Et l’impression, jamais retrouvée ensuite, à la première écoute de Sympathy for the devil, lorsque Keith balance le solo, un peu comme pour le premier orgasme, tout seul aussi, dans la chambre.

Après, ensuite, plus tard, tellement plus tard, on en récupère quelques-uns sur des brocantes, des exemplaires cornés, défraîchis, ceux dont on préférait les pochettes, ou non, histoire de voir comme ça, si les images elles font toujours autant rêver mais il ne faut pas rêver.
Le Volume 14 avec la photo au fisheye sur fond noir, la meilleure compilation du lot d’ailleurs. Le volume 3, rebaptisé Time is on my side (N°2 à l’origine, ou 12×5 pour la version US), avec Bill Wyman noyé dans une lumière verte, assis sur une chaise devant son ampli et la basse qu’il avait dans One+One.

En 76 ou 77, la mémoire a brouillé les pistes, One+One donc, de Jean-Luc Godard, dans un petit cinéma du quartier Latin, où on les voit en studio enregistrer Sympathy for the devil. Il en reste cette puissance terrible de Jagger enregistrant sa voix, Charlie Watts qui ne trouve pas le rythme, un Keith omni présent, quasi christique avec sa chemise blanche ouverte, la fantastique partie de piano de Nicky Hopkins et Brian Jones isolé dans son box, dans un coin, derrière les panneaux d’isolation, grattouillant une guitare acoustique que l’on n’entend pas dans le mix, ignoré de tous à part de Keith à qui il tape des clopes à chaque pause. Déjà sur le départ, ou plutôt déjà parti mais Brian était toujours parti, depuis longtemps déjà. Wyman donnait l’impression de s’emmerder à cent sous de l’heure, d’ailleurs au final, il ne jouera que des percussions.
Il aurait fallu les faire tourner en boucle ces images, revenir tous les jours pour en extraire tout le suc, l’attitude qu’on aurait voulu copier, repérer les doigts sur les manches aussi, tellement de choses.

Après j’ai rêvé de la prestance de Keith, très droit avec sa Gibson noire, torse bombé comme un jeune coq, la clope au bec, la silhouette effilée, pas encore chancelant, comme bientôt lorsqu’il commencera à s’enfiler de l’héro, et cette décontraction naturelle, comme celle de ses doigts courant sur le manche. En sortant du ciné, j’avais tenté la démarche, ça n’avait pas duré longtemps, je manquais de constance. De confiance aussi.

Au verso de ces fameux disques, il y avait parfois la pochette originale. La vue de celle de Let it Bleed, à l’odeur de pneu, semblait totalement surréaliste. C’est celui-là d’ailleurs qu’il aurait fallu acheter en premier. Pour le Rôdeur de Minuit, qu’on essayait de deviner dans la description des coups de ceinturon de Jagger sur la scène. Est-ce qu’à quatorze ans on aurait succombé à la grappe de notes du piano dans l’introduction de Monkey Man, des notes qui en disaient long, à la guitare de Keith qui labouraient à droite ? Mais le Midnight Rambler ouais, on en sentait bien la puissance. Tout est dans ce disque-là.

Sur leur deuxième album, rebaptisé Not fade away pour l’occasion, il y avait Keith avec sa Gibson Hummingbird et ses petites lunettes bleues et rondes. C’était à ça que je voulais ressembler, la même dégaine. La guitare on ne l’avait pas encore, mais à l’été, avec l’obtention du brevet, mon père était revenu un soir avec une acoustique achetée aux Galeries Lafayette. Elle servirait ensuite beaucoup plus à parader dans les rues avec mes potes qu’à faire vraiment de la musique, mais c’était déjà ça.

1975. Qui aurait parié alors sur la longévité de Keith Richards dont on ne donnait pas cher au vu de ce qu’il s’enfilait dans les veines ? Qui aurait imaginé que les Stones fêteraient le 12 juillet 2012 leurs cinquante ans de carrière, dont trente cinq de trop ? En lisant Life, l’autobiographie de Keith Richards, on sent bien que tout est fini après 1978. C’est là que j’ai arrêté aussi.

S’il y a au moins une chose sur laquelle cette vieille réédition n’était pas une arnaque, c’était bien le titre, L’âge d’or des Rolling Stones, the one you never seen before. On s’y promène même encore de temps en temps.

Image de prévisualisation YouTube Image de prévisualisation YouTube

Tags : , , ,

Catégorie : 7 Tease, Je me souviens, Music of my mind, Sexties

6 Responses to “ 862 L’âge d’or (The Rolling Stones) ”

  1. Chris Phénix on 10 juillet 2012 at 21 h 40 min

    Midnight Rambler. Pour moi la meilleure chanson des Stones. Donc de l’Univers. Ca pue la sueur, le blues, le stupre et le génie.

    Andrew avait raison, les Stones sont plus qu’un groupe de rock mais un mode de vie. Bon on a laissé le soin à Keith de se défoncer à notre place et Mick a piqué toutes les gonzesses. Mais rien qu’avec le rock and roll qui nous reste, il y a de quoi passer de très bons moments non ?

  2. nico on 11 juillet 2012 at 18 h 04 min

    Midnight Rambler, il y a tout de même cette version http://www.youtube.com/watch?v=BcMrH1oAaA8

    • KMS on 11 juillet 2012 at 21 h 33 min

      Ah oui je suis d’accord, bien meilleure. Mais je voulais des images qui bougent pour que l’on voit (enfin pour les rares qui regarderont la vidéo), le coup de Jagger avec son ceinturon dans la partie centrale.

  3. vegetaline en robe de chambre on 11 juillet 2012 at 22 h 10 min

    On n’a pas changé de régime mais on s’oppose plus

  4. dr glamoor kosmik on 26 juillet 2012 at 12 h 13 min

    Tout est tellement vrai dans ce que tu dis…………! et que de souvenirs communs. j’ai aussi arrêté en 78, avec « some girls ».