858 Né quelque part (Bruce Springsteen)

10 juin 2012 Par KMS
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Bruce Springsteen : Fistfull of dollars #1 (How Nebraska was born, 1981/1982)

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Je ne sais pas, je ne sais jamais vraiment de toute manière, je crois que jusqu’au bout je ne saurais jamais vraiment. Comment les choses s’enchaînent. C’est venu comme ça, bêtement, en lisant Antoine De Caunes sur twitter. Comme un réflexe Pavlovien, l’envie d’écouter Springsteen.

Les chansons de Springsteen, jusqu’à Nebraska inclus, non, jusqu’au coffret live, acheté à Londres en 86 à Londres, le week-end où je découvrais Joy Division, des jours qui restent, les chansons de Springsteen donc, jusqu’à cette époque là, c’est comme d’ouvrir un vieil album photo. Retrouver des endroits, des amis, des filles, au fil des chansons.

Alex avait envoyé une photo de l’Île aux Moines, tout ça s’est mélangé, je revoyais la petite place du bourg, les filles assises sur le muret, Springsteen sortant d’un poste de radio, on était en août 84, ça devait être Dancing in the dark même si dans les souvenirs j’y entends I’m on fire. Le sourire d’Eric au milieu des filles, une qui dansait comme dans le clip ou pas du tout, je ne sais plus. Il y avait les frôlements le soir, en marchant entre les murs de pierre encadrant les rues étroites derrière le cimetière, I’m on fire, c’était sûrement pour cela, elle ne le disait pas mais tous ses gestes trahissaient ses désirs frémissants. Il y avait parfois la lune et le silence. On pouvait rester des heures comme cela, sous les étoiles.

J’avais pris The River dans la voiture parce qu’au matin ça me poursuivait toujours et que je me laisse facilement rattraper. Les chansons de la première face, je penserais toujours en « face » pour ce disque, sûrement parce que lorsqu’il est sorti, un type à la fac avec moi que je détestais, le genre maniéré faussement sophistiqué, m’avait expliqué qu’il n’écouterait les faces 3 et 4 seulement lorsqu’il aurait épuisé le premier disque et je pensais crétin tu te prives du meilleur ne compte pas sur moi pour te le dire. Il écoutait Eric Clapton, on n’en dira pas plus.

Les chansons de la première face, les trois premières, celles du deuxième disque, Point Blank, Drive all Night, Stolen Car, même Cadillac Ranch, j’en ressens toujours les frissons de la maison vide à l’hiver 80/81, après la mort de mon père, la maison où je restais seul, avec le froid, cet album en boucle, les bouteilles qu’on vidait sûrement trop rapidement, et la façon dont il disait bang bang baby you’re dead à la fin, sur l’accord tenu de l’orgue.

Sans parler de Born to Run ou de Darkness on the Edge of Town (Cf. La chambre de Candy dans mes Chroniques ou ).

Il y a aussi, les vagues souvenirs de quelques mauvaises chansons sur Tunnel of Love, écoutées dans cet appartement triste à la montagne. J’ai arrêté là. Il n’y a que les fantômes de Tom Joad ensuite à avoir éveillé quelque intérêt, pour l’avoir vu, seul, à la télé, chanter cette chanson.

J’ai fini par Nebraska, c’est comme ça. Avec le temps c’est devenu le préféré. Pour le côté dépouillé. Pour le côté Hobo, rappelant Woodie Guthrie, du moins dans l’esprit. J’ai prolongé avec les démos et les sessions de l’album où l’on trouve quelques perles, dont des versions acoustiques de Born in the USA qui, à l’origine, devait se trouver sur Nebraska sous une forme totalement différente de la pompeuse version officielle ayant entraîné tant de malentendus puisqu’elle n’est en rien un hymne patriotique…

Si la version acoustique enregistrée lors de la session du 3 janvier 1982 (qui donnera l’intégralité de Nebraska) a fini par sortir, les démos restent du domaine du bootleg.

Les premières version de Born in the USA étaient complètement dans l’esprit protest songs de Guthrie ou des premiers Dylan. On ne peut que regretter que Bruce n’ait pas plus creusé cette voie, même si elle était sûrement nettement moins intéressante commercialement parlant…

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(Born in the USA, Demo take 4, juin-décembre 1981)

On trouve dans la première démo de Fistfull of Dollars (qui deviendra ensuite Atlantic City), plus d’émotion que dans ce tout qu’aura fait Springsteen après Nebraska, exception faite de The ghost of Tom Joad, la chanson. Dans ses hésitations, dans ses arrêts brusques, dans le froissement des feuilles de papiers sur lesquelles on l’imagine avoir noté ses paroles et les accords, dans ses tâtonnements, ses erreurs. L’impression d’être là, à ses côtés, présence invisible, secrètement en train de l’observer composer, seul dans sa chambre d’hôtel. Un moment d’intimité virtuelle.

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Catégorie : 1981, I live in the 80's, Music of my mind

2 Responses to “ 858 Né quelque part (Bruce Springsteen) ”

  1. rock_0la on 10 juin 2012 at 17 h 45 min

    remueur de souvenirs tu sais. cette petite place au milieu du bourg à l’Ile Aux Moines, c’est comme si c’était hier. Gabriel Yared a composé des musiques de film dans une maison adjacente me racontait mon ami Pascal T, saxophoniste de Sapho en son temps, qui passe toutes ses  vacances au Greignon depuis son enfance. Je revois bien le muret aussi. À deux pas de la Poste et juste en face du bar-tabac. Et puis les kirs à la pêche chez Charlemagne juste au bord de l’eau, en bas. Nebraska est mon petit préféré aussi, je ne sais pas pourquoi. ça fait très longtemps et je n’ai pas changé d’avis. Pourtant il y a tant de belles choses à écouter chez le Boss.

  2. Seb on 12 juin 2012 at 14 h 41 min

    Concernant Born in the USA, il y a un arrangement différent, tout en acoustique et en slide, que le Boss interprète régulièrement en concert :

    http://www.youtube.com/watch?v=m7XLeYMUZY4