857 Neil’s Yard #5 (Neil Young)

2 juin 2012 Par KMS
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Neil Young : Pardon My Heart / The Old Homestead (Uniondale, 15 août 1974)

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C’est une chanson oubliée sur un album qui l’est tout autant, perdue sur la face une, pourtant absolument remarquable. A l’origine, on devait la trouver sur Homegrown, album « perdu » de Neil Young de 1975, dont seules quelques chansons ont fini par s’échapper de-ci de-là et que Neil devrait nous livrer dans le volume 2 de ses Archives si jamais il sort un jour.

Il ne l’a d’ailleurs chantée que trois fois sur scène, en 1974, l’année où il l’a écrite. Très précisément au mois d’août, les 15, 27 et 29, lors de la tournée de reformation (la première, puisqu’il y en a d’autres jusqu’à plus soif, la dernière remontant seulement à quelques années) de Crosby, Stills, Nash & Young. La tournée des excès où les psychopathes Crosby et Stills vautrés dans une paranoïa cocaïnée pourrissaient l’existence de tout le monde.

Drôle de tournée, où ses compères chiaient dans leur froc à l’idée que Neil Young chante Revolution Blues sur scène avec eux, cette chanson sur Charles Manson, qui croupissait déjà en prison depuis quelques années pour avoir commandité le meurtre de Sharon Tate (Cf. Chroniques des temps perdus & bande-son pour orgasme, Neil Young, Revolution Blues). Craignaient-ils que le fantôme de Sharon Tate ou des LaBianca ne viennent les tirer par les pieds la nuit? « It’s just a fucking song » comme disait Neil qui petit à petit s’isolait de ses camarades.

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(CSN&Y, Revolution blues, 13 juillet 1974)

C’est peut être là qu’il aura trouvé la tristesse de la mélodie de The Old Homestead, dans ces instants d’isolement. C’est une chanson de solitaire, une chanson fatiguée, à l’odeur terreuse de poussière de la piste. Neil raconte l’avoir écrite d’un seul jet. En écriture automatique.

L’histoire d’un cavalier solitaire, Why do you ride that crazy horse? lui demande son ombre, on aura du mal à ne pas penser au groupe qui accompagnait Neil Young quelques années avant et qui l’accompagne toujours aujourd’hui, Crazy Horse, dont le guitariste Danny Whitten était mort d’overdose l’année précédente. Etrangement, la chanson parle ensuite de trois oiseaux aux mauvaises intentions Let’s ditch this rider, shadow and all. Neil s’en défendra bien entendu, mais il est difficile de ne pas penser à ses trois compères ruinant la tournée en cours. Up and down the old homestead, The naked rider gallops through his head.

La chanson finira par échouer sur Hawks and Doves. En 1980. Je n’écoutais plus Neil Young à cette époque là. Il reviendra plus tard, au début des années 90, en même temps que la mode des chemises à carreaux. On se dira alors, en écoutant en boucle la première face de ce disque, qu’il y a des chansons comme certains alcools, qui méritent d’attendre quelques années dans l’ombre.

Perdu sur la grande scène recouverte d’un tapis persan (exigé par David Crosby), au milieu de ces stades où jouaient CSN&Y, Neil, seul avec sa guitare, devait se sentir encore plus isolé, la plainte de la chanson n’en est que plus triste. Elle transperce un peu comme une vieille douleur jamais vraiment éteinte.

The Old Homestead. Neil ne l’aura jouée que lors de cette tournée. Ici enchaînée à Pardon my heart, également prévue sur Homegrown que l’on retrouve sur Zuma, jouée seulement deux fois sur scène. Le bal des chansons mal aimées.

Est-ce parce qu’elles lui rappelaient cette tournée peu agréable avec Crosby, Stills et Nash qu’ils les a ensuite enterrées?
Je rêve parfois qu’il les rejoue à nouveau, comme certaines autres, même celles jamais osées sur scène, comme Will to love ou Running Dry. On peut toujours rêver.

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Catégorie : 7 Tease, Music of my mind, Obsessions, Samedis Musicaux

One Response to “ 857 Neil’s Yard #5 (Neil Young) ”

  1. Francky 01 on 16 juillet 2012 at 19 h 44 min

    Hello.

    Cet album perdu « Homegrown », le Loner l’aurait écris et enregistré période post-Harvest, vers 1974 donc ! Au final, « The Old Homstead » se trouve, comme tu l’as dit, en n°2 de « Hawks and doves » (1980).
    C’est marrant car dernièrement, j’ai redécouvert certains disques de Neil Young que j’avais peu écouté jusqu’ici et j’ai ainsi réévalué « Hawks and doves » et le suivant, beaucoup plus rock, bluesy, « Re-ac-tor » (1981).