856 Come rain or come shine (Sand)

24 mai 2012 Par KMS
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Sand : May rain (Golem, 1974)

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Histoires sans parole. Paroles sans histoire. Histoire sans histoire.
Ne serait-ce la brume matinale d’humidité, au loin, à la lisière de la forêt, le jardin humide aux verts sombres, lumière contrastée des ciels d’orage
ou bien
ce voile uniforme, gris et froid et les branches du gros chêne bougeant
lentement
avec le vent, le tronc sombre du magnolia du Brésil.
La pluie prend ses habitudes.
Insidieuses.
L’arythmie des gouttes tombant sur l’aluminium du rebord de la fenêtre, un contrepoint étonnant et
avant-gardiste
au piano solitaire de la mâtinée.
La voix de Beth Gibbons, rythmée par le raclement rauque des essuies-glaces sur le
pare-brise.
Je me perds dans les gouttes de pluie incessante. Je me perds dans les notes du piano, coincé entre le marteau
et la corde à moins que ce ne soit l’étouffoir. Il est peut être plus facile de s’échapper d’une guitare il y a moins de
cordes,
comme autant de barreaux de prison, le piano on n’en sort plus. Comme on ne sort pas de la pluie en ce moment. Autres barreaux.
Avec les instruments à vent, au moins, on peut jouer la fille de l’air.
Les éclats des gouttes dessinaient sur la vitre un tableau
abstrait
comme les dessins à l’encre d’Henri Michaux ou bien, n’était-ce qu’un rêve ou la volonté de voir autre chose mais si l’esprit chasse l’arrière-plan, l’appareil photo, piètre témoin, ne
l’oublie pas.

(Photo ©KMS 2012)


La pluie est partie, j’ai souvent changé de
disques
entre temps bien sûr, il y a des disques de pluie et il y a les autres.
Les jours passent, les jours
filent
comme du vent entre les doigts, le temps aussi on sait tout ça on ne s’y fait toujours pas, on ne s’y fera probablement
jamais
ou juste quand il sera trop tard.
Les jours passent, ce matin le brouillard, comme une brume de chaleurs à venir, s’accrochait aux arbres, comme les chansons de Prefab Sprout écoutées dans la voiture.
Le ciel d’un blanc laiteux, un peu sale, du moins ici où tout est plus ou moins voilé par toutes les idées grises flottant dans l’air, les chansons de Lloyd Cole, devenu une sorte de
beautiful loser,
comme on voudrait l’être, vieillissant en traînant sa gloire passée dans quelques palaces de la Côte d’Azur, ou dans l’arrière-pays Varois. Ce que ne fait pas Lloyd Cole très certainement.
Les éclaboussures comme des tâches d’
encre
d’Henri Michaux ont disparu depuis longtemps sur la fenêtre. On mesure le temps à la disparition des choses ou des
gens.
Come rain or come shine dit un vieil air de jazz, on
oscille (sauvagement)
entre les deux. Come rain or come shine. Va savoir.

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Catégorie : 7 Tease, Ecoute s'il pleut

3 Responses to “ 856 Come rain or come shine (Sand) ”

  1. Georges on 26 mai 2012 at 6 h 53 min

    C’est très beau. Je ne sais que dire de plus. Tes photos sont superbes, de manière globale.

  2. anakin on 27 mai 2012 at 15 h 59 min

    En lançant le son, je me suis dit qu’il s’était passé quelque chose avec la voix de Beth Gibbons…
    Je ne connaissais pas ce groupe.

  3. PdB on 28 mai 2012 at 21 h 47 min

    (il y avait cette jolie chansons « on the sunny side of the street » qui offrait peut-être un peu moins de mélancolie) (ou de tristesse) t’as vu qu’il a commencé à faire beau quand même remarque et tout à l’heure, paf repluie… la vie est dure sous les soleils atomiques, pas vrai ? (elle était bien aussi en couleur, ta photo je parie…)