23 Medicine bottle

12 février 2006 Par KMS
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Medicine bottle 23 : Red House Painters : Uncle Joe (Album : Red House Painters II 1993)

Where have all the people gone in my life… Le rhume m’enserre la tête, une sorte de cocon m’enveloppe et me fait flotter dans une sphère ouatée. La maladie a toujours l’étrange pouvoir de donner aux rêves une réalité surprenante et entêtante. J’ai rêvé de toi cette nuit, comme si la marée des images du passé venait m’engloutir à en perdre le souffle. Je me noie souvent, trop souvent sûrement, dans la mer de mes souvenirs. Ils semblent de plus en plus prendre une teinte sépia, comme la pochette de cet album. Comme si les échecs avaient fini par délaver la folie et que ces belles histoires étaient maintenant révolues. Tout se mélangeait cette nuit dans ces rêves à répétition. Comme si dans la balance de l’existence, les souvenirs écrasaient de plus en plus les espoirs de leur poids. C’était étrange de voir se mêler tes yeux, la forme de ton visage, avec son sourire, ses mains, ses mèches blondes dès que je m’éveillais. Je ne sais plus si c’est toi que je désire parfois au travers elle ou l’inverse. Ou encore une autre. Je ne sais plus. Ces rêves fiévreux sont toujours révélateurs de confusions enfouies. J’ai même rêvé d’une plage encore plus enfouie et partout le soleil se couchait. Ces rêves ressemblaient à une grande maison poussiéreuse où je découvrais une nouvelle personne derrière chaque porte que je poussais. Une maison en bois, gris et beige, des teintes tristes, avec des rideaux jaunis aux fenêtres, des meubles désuets et défraîchis. Mes pensées s’embrouillent et ce n’est peut être pas seulement la fièvre. J’ai des facultés qui s’étiolent dans une apathie indolente. C’est aussi la réalité qui perd de sa consistance et mes mains orphelines se crispent trop souvent sur le vide d’un corps en absence. J’ai fini par arriver dans une pièce vide et aveugle, baignée pourtant d’une lumière ambrée. J’ai attendu qu’on vienne m’y retrouver. C’est là que je me suis réveillé.
Les vagues lancinantes de la musique font refroidir mon thé. Des flammes de désir s’éteignent lentement dans le crépuscule doux amer du jour qui s’évanouit. Et demain, et après, et ensuite…

« Nous n’avons jamais eu de temps, n’est-ce pas, les uns pour les autres, et maintenant il est trop tard, stupidement tard, nous sommes restés ainsi à nous regarder, absents, étrangers, encombrés de mains superflues sans poches où s’ancrer, cherchant dans une tête vide les mots de tendresse que nous n’avons pas su apprendre, les gestes d’amour dont nous avons honte, l’intimité qui nous fait peur. »
António Lobo Antunes : Explication des oiseaux

Catégorie : Obsessions, Vieilleries

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