851 Made in Japan (J.A. Seazer)

16 avril 2012 Par KMS
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J.A. Seazer : 越後つついし親不知 (Kokkyou Junreika, 1973)

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Je n’écris plus grand chose ce qui est une manière de dire que je n’écris plus rien même si ces quelques lignes viennent prouver le contraire et justifient à elles seules le plus grand chose. L’époque semble aussi maussade que le temps depuis quelques jours. Cette campagne électorale n’en finit pas.

Les cerisiers sont en fleurs. Blancs ou rose. Cela fait systématiquement penser au Japon. Je crois que l’on dit Sakura, pour les cerisiers en fleur, en japonais. Je n’en suis pas certain. Les cerisiers roses donnent envie du Japon, comme les livres d’Haruki Murakamai donne envie du Japon. Cela doit faire 10 ans ou un peu plus que je les lis ce n’est pas innocent, mais rien n’est innocent.

Les héroïnes de Murakami ont toujours un petit détail attachant, bien sûr c’est fait exprès mais il faut parfois se laisser faire. Murakami, les cerisiers, la pluie de ce midi, comme j’imagine est la pluie au Japon, sûrement des images provenant d’un film oublié, réveillaient cette envie. La pluie qui fait tomber les pétales et repeint les trottoirs en rose.

Comme à chaque fois lorsque je lis Murakami j’ai également envie de prunes salées, il y a toujours des prunes salées dans ces histoires, le héros fait toujours la cuisine. Mélange de saveurs.

Je n’écris plus grand chose ou que des mots éphémères qui n’ont pas le temps d’être portées sur du papier fut-il électronique. Je me suis endormi avant, le lendemain matin tout est oublié.

Dans Faire l’amour de Jean Philippe Toussaint il y a Tokyo la nuit mais pas de cerisiers à moins que je ne les aie oubliés. Marcher la nuit dans Tokyo, aux trottoirs humides, y retrouver certainement des traces de littérature.

Comme une volonté d’écouter le silence, on l’entend dans Handel, il se cache entre les notes, le silence caché est toujours le plus beau. Peut être pour cela qu’en ce moment, la lassitude des nouveautés, pas assez silencieuses, le monde hurle déjà tant. En attendant une cassure du temps, un changement d’époque, une touche surréaliste.

Je n’écris plus grand chose, c’est le manque de courage aussi qui nous prend, ou une lassitude, ça revient toujours régulièrement. Le voile d’humidité sous le gris du ciel, dans l’attente de changement. Il y a de moins en moins de place pour le rêve. On nous abreuve de peurs, de craintes, de haines, de dangers, de morts, de mensonges. Ce n’est pas en attisant les craintes que l’on donne de l’espoir aux gens.

Sur un vieux disque de Klaus Schulze on entendait une voix synthétique s’élever dans les airs. Une voix féminine. Un son sorti des synthétiseurs se voulant approchant. Je crois qu’à l’époque, je devais avoir 17 ou 18 ans, j’étais un peu amoureux de cette voix comme Charles Denner tombe amoureux de la voix de la fille du réveil par téléphone dans L’homme qui aimait les femmes de Truffaut. Elle avait une grâce infinie, envoutante comme un rêve, tout en voiles flottant dans l’éther. Ça ressemblait peut être, sans le savoir, aux lumières scintillantes des rues de Tokyo la nuit, du moins telles qu’on peut les imaginer, et dans les endroits déserts, le long des parcs, sous les cerisiers en fleur où l’on croise les ombres des fantômes. Ça ressemblait peut être aussi, aux jeunes filles des histoires de Murakami. Ou celles de Yoko Ogawa. Toujours fragiles. Je me suis demandé si elles avaient la même voix. Ou le goût des prunes salées sur leurs lèvres.

Klaus Schulze m’impressionnait alors, assis au milieu de ses machines sur scène, à tripoter tous ces boutons, toutes ces touches. Il donnait l’impression d’être protégé par ses synthétiseurs. Lorsque j’étais enfant, le soir avant de m’endormir, dans mon lit, je m’enfouissais sous les couvertures et j’inventais un monde à moi, en modèle réduit, où l’on avait tout à portée de main, principalement les jouets, dans l’espace sous les couvertures. Il suffisait d’à peine bouger pour tout avoir. Comme si imaginer d’être entouré de toutes mes possessions me protégeait. Klaus Schulze assis sur son tapis avec toutes ses machines et ses claviers autour de lui me rappelait cette bulle de protection. Totalement coupé du monde extérieur. A cette époque là il tournait le dos au public. Avec un gros oeil rouge trônant au-dessus de son énorme Moog, rappelant celui du HAL 9000 de 2001, A space Odissey.

Je n’écris plus grand chose, la faute aussi à ces matins où marre de tout, avec cette envie de fuir le bureau, arrêter ça pendant qu’on peut encore le faire. L’impression d’avoir ressassé depuis si longtemps les mêmes doutes, les mêmes envies, les mêmes usurpations, les mêmes phrases, mots, expressions, tournures, manipulations littéraires, écrans de fumées, d’avoir érodé au fil du temps le besoin, l’envie. Comme d’avoir usé le paysage à force de le regarder. Une tentative d’épuisement.

Tokyo et ses cerisiers en fleur semblent si loin. Bientôt ici, dans quelques jours, il n’en restera plus rien. J’ai cherché sur les trottoirs un peu trop sales, une faille pour revenir vers les années 70 ou pour me retrouver aux antipodes histoire de voir si on a la tête à l’envers mais rien n’est moins sûr. Le passé reste une valeur sûre comparé au futur.

(photo : Flickr)

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Catégorie : 7 Tease, Ecoute s'il pleut

6 Responses to “ 851 Made in Japan (J.A. Seazer) ”

  1. PdB on 18 avril 2012 at 10 h 56 min

    j’ai vu un très joli film japonais, « I Wish », on y voit un volcan, des enfants, des trains, quelques fleurs, je te (vous) le conseille, un peu long peut-être mais vrai (ça va te plaire : tu sais pourquoi ? les enfants ne cessent pas de courir… ) (la musique de ce film est très étazunienne, bizarrement ?) (une narration simple, une photo magnifique, et des acteurs tellement bien dirigés…)

    • Sara on 13 mai 2012 at 0 h 53 min

      http://www.youtube.com/watch?v=QdCRaBHXXI4&feature=related
      Je trouve qu’elle colle très bien au film ; le calme des quartiers résidentiels au Japon l’été et une certaine mélancolie..

      • Sara on 13 mai 2012 at 0 h 54 min

        (credits: Quruli – Kiseki) excusez-moi du double-post

    • KMS on 14 mai 2012 at 21 h 18 min

      Il faudra que j’essaie de voir ça. Mais ça va encore plus me donner envie d’aller au Japon…

  2. if6 on 19 avril 2012 at 8 h 30 min

    Vous écrivez quand même et c’est super de vous lire!
    Au fait j’ai bien aimé votre livre et j’espère qu’il y en aura un autre bientôt (mais oui mais non? )On verra bien. have a good funny day;)

    • KMS on 14 mai 2012 at 21 h 17 min

      Va pas falloir être pressé je le crains…