848 Le lapin de Pâques au ventre mécanique (Burial)

3 avril 2012 Par KMS
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Burial : Loner (Kindred EP, 2012)

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Sur le comptoir en verre était un posé un gros lapin en chocolat probablement annonciateur de pâques, personne n’a remarqué, parce que personne ne remarque rien ni personne dans cette boulangerie le midi où du monde vient acheter de quoi déjeuner; lorsque je me suis approché du lapin j’ai entendu un bruit de moteur à l’intérieur. Sur l’instant je pensais avoir rêvé mais en m’approchant, en collant presque l’oreille sur le chocolat du lapin dont l’odeur faisait envie, j’ai très clairement entendu le bruit de moteur. Si les gens qui ne remarquent rien avaient au contraire remarqué mon geste ils se seraient demandé ce que je faisais, car plusieurs fois je me suis approché du gros lapin en chocolat pour être certain que je n’avais pas rêvé ou qu’une mauvaise résonance en provenance de la rue me faisait entendre un bruit de moteur de voiture stationnant devant la boutique aux portes vitrées ouvertes. Mais non. C’était bien le lapin. On aurait pu penser à un moteur le faisant tourner sur lui-même sur son socle de métal mais il était totalement immobile, figé comme peuvent l’être les lapins en chocolat.

Comme il était fort peu probable qu’un engin infernal soit caché dans son ventre j’ai pensé, un instant, que c’était peut être le bruit sa digestion mais celui-ci ne devait plus digérer grand chose depuis bien longtemps, si jamais cela arrive aux lapins en chocolat d’avoir une digestion délicate. Run rabbit run.

J’ai failli demander aux filles de l’autre côté du comptoir, si c’était normal qu’un bruit mécanique sorte des entrailles du lapin. Je me suis dis que ce n’était pas la peine de déranger le lapin en pleine digestion alors je l’ai laissé ronronner tranquillement et j’ai commandé mon sandwich. Personne n’a rien remarqué, les gens autour, ceux qui ne remarquent rien. Je le sais je les regarde tous les midis en faisant la queue, je vois bien qu’ils ne remarquent même pas que je les regarde.

Le lapin les toisait, sous sa décoration un peu bâclée, même pour un lapin en chocolat annonçant pâques. Surtout qu’ensuite j’ai pensé à cette chanson de Captain Beefheart, A Carrot Is as Close as a Rabbit Gets to a Diamond. Pas certain que le lapin ait apprécié Captain Beefheart.

Je suis rentré manger mon sandwich au bureau, il y avait des tâches de gras sur le trottoir laissées par la rôtissoire du traiteur à côté de la boulangerie au lapin, c’était, tous ces détails insignifiants, comme d’avoir basculé dans l’univers parallèle de La Fin des Temps de Murakami, voire de L’oiseau à ressort justement, mais c’était un lundi ordinaire. La banalité du quotidien. A part ce bruit mécanique.

J’ai mis les sonates pour violoncelle de Vivaldi jouées par Ophélie Gaillard, même si on peut leur préférer la version plus élégante d’Anner Bylsma, le violoncelle d’Ophélie porte en lui la sonorité d’un romantisme désuet, évaporé au travers de la fenêtre d’une maison ancienne, un peu poussiéreuse où l’on aurait passé son enfance. Ce qui n’était pas plus absurde que le reste de cette journée somme toute. Un lundi aussi ordinaire que les intestins mécaniques d’un lapin en chocolat attendant pâques.

J’ai pensé soudainement que la musique de Burial était comme la bande-son d’un voyage dans le temps, sans savoir si on allait vers le passé ou dans le futur.

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Catégorie : Ecoute s'il pleut

2 Responses to “ 848 Le lapin de Pâques au ventre mécanique (Burial) ”

  1. Mathieu on 5 avril 2012 at 11 h 22 min

    Du coup à chaque fois que j’écouterais ce titre de Burial, j’y verrais toujours le lapin en chocolat, le ventre mécanique et la boulangerie …

    • KMS on 5 avril 2012 at 12 h 59 min

      Ah ah ah. J’ai failli prendre le lapin en photo ce midi mais trop de monde.