852 Ten years Gone (Led Zeppelin)

19 avril 2012 Par KMS
Imprimer cette note Imprimer cette note

Led Zeppelin : Ten Years Gone (Physical Graffiti, 1975)

Adobe Flash Player

« I spent ten years, half my life »
Blue Öyster Cult : Dominance and submission

En dix ans j’ai appris à avoir peur de la mort.
En dix ans j’ai appris qu’à partir de 40 ans, chaque décennie supplémentaire semble nous vieillir plus que tout le reste de sa vie cumulée.
En dix ans j’ai vu deux présidents de la république, j’espère en voir un troisième.
En dix ans j’ai vu la poussée de l’extrême droite, ça a même commencé deux jours après le début de ce blog. A la réflexion ça avait commencé avant…
En dix ans j’aurais vu naître et mourir la radio-blog et j’ai souvent une pensée pour Astro.
En dix ans j’aurais vu naître les blogs musicaux, les mp3 blogs, j’aurais vu la grande majorité d’entre eux sombrer dans une course stérile à la nouveauté et devenir un outil de communication des labels en singeant les travers de la presse rock papier.

En dix ans j’aurais rencontré plus de personnes intéressantes qu’en vingt ans.
En dix ans j’aurais posté plus de 1 200 chansons accompagnant des billets (sans compter les compils ou autre playlists). Ce qui fait à peu près une tous les trois jours même si la moyenne a très fortement baissé depuis deux ans.
En dix ans j’aurais écouté beaucoup plus de musiques que les dix années précédentes.
En dix ans j’aurais écrit tellement plus que les quarante années qui ont précédées. Ce qui n’est pas non plus un exploit vu que je n’écrivais pas. Avant.
En dix ans j’ai pris l’habitude d’écouter les disques avant qu’ils ne sortent, au début envouté par la sensation illusoire de prendre le monde de vitesse, et, au bout d’un moment, lassé par cette inflation perpétuelle, je me suis dit que ça ne menait à rien. J’ai aussi fini par me lasser de ce flot de nouveaux disques incessant. Leurs qualités trop souvent inversement proportionnelles à leur quantité.
En dix ans le monde s’est terriblement accéléré et je ne suis pas certain qu’il sera capable de ralentir. Il est parfois compliqué de freiner lorsque l’on a pris trop d’élan. Les lois de la physique et de l’attraction restent immuables.

En dix ans je suis passé du Je au Tu pour revenir au Je.
En dix ans j’ai voulu effacer plusieurs fois ma mémoire comme dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry.
En dix ans Arab Strap s’est séparé, Elliott Smith est mort, comme plein d’autres, mais la mort d’Elliott Smith je ne suis pas arrivé à m’en défaire, cette année si difficile où peu de temps après je me suis retrouvé à l’hôpital. Johnny Cash aussi. Comme si tout un pan d’une époque partait avec lui.
En dix ans j’ai vu Gil Scott-Heron remonter de l’enfer et y retourner presque immédiatement.
En dix ans j’ai dépensé des milliers d’euros dans des disques, principalement des vinyles.
En dix ans j’ai sorti un livre ce que je n’aurais jamais imaginé dix ans plus tôt.
En dix ans j’ai vu une belle expo de Sophie Calle au Centre Pompidou, celle passionnante de Sonic Youth à St Nazaire, l’excellente sur Miles Davis à La Cité de la Musique, celle sur Diane Arbus qui était bien mieux présentée à Londres qu’à Paris, les photos de Nobuyoshi Araki, mais j’ai raté celle d’Anthony Gormley à Londres où j’étais pourtant allé spécialement.

En dix ans j’aurais vu Stockholm deux fois, Lisbonne, Bruxelles, Bruges et Vienne.
En dix ans j’en ai passé plus de la moitié avec toi.
En dix ans j’ai vu ma fille grandir et je me suis vu vieillir presque aussi vite.
En dix ans mes envies de Japon n’ont fait qu’augmenter.
En dix ans je me suis beaucoup souvenu.
En dix ans je me suis remis à écouter du jazz, de la musique classique et je me demande s’il n’y a pas un rapport avec le manque d’intérêt croissant pour les nouveautés en rock indé depuis deux ou trois ans.
En dix ans j’ai vu arriver l’ipod, l’iphone et l’ipad et cela a changé pas mal de choses.
En dix ans Thurston Moore et Kim Gordon se sont séparés.

En dix ans j’ai vu Sonic Youth au Nouveau Casino et en tendant le bras je pouvais presque attraper Thurston. J’ai vu Dylan dynamiter le Zénith avec un All along the watchtower de feu. C’était il y a juste 10 ans ce mois-ci et j’ai décidé de ne plus voir Dylan sur scène après ça. J’ai vu Hope Sandoval chanter dans l’ombre. J’ai serré la main de Will Oldham. J’ai vu la black session de Lambchop. J’ai vu Mark Kozelek avec la forte impression qu’il se faisait un peu chier devant nous. J’ai vu Arcade Fire traverser la salle de l’Elysée Montmartre. J’ai vu Wilco plusieurs fois. J’ai vu Sunn o))) et j’en frémis encore. J’ai vu Wolf Eyes un samedi après-midi au parc de la Villette faire fuir les parents avec leur poussette et mes oreilles en sifflent encore. J’ai vu Grandaddy avec le bras dans le plâtre en 2003. J’ai vu Ben sans Jason (que deviennent-ils?). J’ai vu Bill Callahan un soir de canicule. J’ai vu Philippe Dumez sur la scène du Grand Rex, traduire une histoire racontée par Neil Hannon entre deux chansons.
En dix ans j’aurais écrit une histoire un peu absurde sur La Baule qu’il faudra bien que je reprenne un jour.
En dix ans je me suis déshabillé sur les blogs mais je suis devenu plus frileux depuis déjà quelques années.

En dix ans j’ai vu des groupes rejouer intégralement un album sur scène, c’en est devenu une mode assez triste mais révélatrice d’un manque d’inspiration.
En dix ans j’ai lu presque tout Murakami, presque tout Antonio Lobo Antunes, Ulysses de James Joyce, plusieurs biographies de Bob Dylan, la tétralogie de David Peace, Lunar Park de Bret Easton Ellis, Krautrocksampler et Japrocksampler de Julian Cope, presque tout Don Delillo, Just Kids de Patti Smith, Belle du Seigneur d’Albert Cohen, mais pas encore A la recherche du Temps perdu ou Le Livre de l’Intranquilité de Pessoa sans savoir vraiment pourquoi pour ce dernier et je n’ai pas relu La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole.
En dix ans j’ai déménagé une fois.
En dix ans j’ai acheté au moins cinq appareils photo numérique alors que j’ai toujours mon Nikon FA acheté en 1983 même si je ne l’utilise plus.

En dix ans je n’ai pas appris à jouer du piano.
En dix ans je n’aurais jamais mis de chanson de Led Zeppelin, je mets pourtant de la musique depuis l’été 2003, et systématiquement avec chaque billet depuis février 2004. Ten Years Gone évoque comment dix ans plus tôt, la petite amie de l’époque de Robert Plant lui avait demandé de choisir entre elle et la musique. Je ne suis pas certain que Robert ait regretté son choix. La fille c’est moins sûr. Les deux accords égrenés de l’introduction, et la voix de Robert chantant Then as it was, then again it will be, And though the course may change sometimes, Rivers always reach the sea me filent toujours des frissons comme lorsque je les ai écoutés pour la première fois en 1975. Le reste de la chanson n’a, à la limite, que peu d’importance.
En dix ans j’ai failli arrêter plusieurs fois ce blog sans parvenir à m’y résoudre.

Catégorie : Je me souviens, Music of my mind

14 Responses to “ 852 Ten years Gone (Led Zeppelin) ”

  1. Laurent on 19 avril 2012 at 13 h 52 min

    Bon anniversaire KMS!
    Longue vie à cet indispensable blog!
    et merci merci merci

  2. Laurent on 19 avril 2012 at 13 h 52 min

    PS: tu aurais pas du lister tout ces concerts mythiques salopard!!!

    • KMS on 19 avril 2012 at 15 h 46 min

      Pourtant il n’y en a pas beaucoup des concerts. J’ai juste voulu mettre ceux qui me revenaient immédiatement en mémoire, sans chercher. Il y en aurait pas mal d’autres sinon.

  3. PdB on 19 avril 2012 at 17 h 23 min

    T’as bien fait de ne pas arrêter.

    • iT Had to be you on 22 avril 2012 at 15 h 12 min

      Et de ne pas être parvenu à t’y résoudre. Merci.

  4. if6 on 20 avril 2012 at 10 h 55 min

    Il faut peut-être seulement 10 ans dans une vie pour faire plein de trucs! + tout ce qui n’est pas dit. J’aime ce billet et Led Zep aussi. Merci

  5. David Fakenahm on 20 avril 2012 at 19 h 58 min

    super…! Longue vie!

  6. Mathieu on 21 avril 2012 at 18 h 48 min

    Ca en fait des choses en 10 ans ! Et longue vie à ce blog !

  7. abraham on 22 avril 2012 at 8 h 37 min

    je te remercie

  8. peekaboo on 22 avril 2012 at 14 h 01 min

    10 ans, l’heure des bilans… 10 ans.
    Le plus poétique des bilans qu’il m’ait été donné de lire ces derniers temps.
    10 ans.
    Et une nouvelle décennie qui se profile pour moi. Il m’en reste à peine deux pour vivre en bonne santé si je remplis la normalité statistique et cette espérance qui commence à chuter, alors que l’allongement de la durée de vie se poursuit.
    Une nouvelle décennie qui se profile. Ton billet m’interroge sur celle qui vient de passer. Je crois que je m’y collerai… y penser, ne pas y trouver que le mauvais, et savourer les meilleurs souvenirs, les fleurs des magnolias et les émotions fébriles.

  9. KMS on 23 avril 2012 at 8 h 35 min

    Merci tout le monde. Pas certain de durer encore dix ans.

  10. gringo pimento on 25 avril 2012 at 10 h 09 min

    ça ne fait qu’un an que je lis ce blog. j’espère qu’il continuera longtemps encore!
    je viens de commander le livre dont tu parles.
    et je suis content de lire quelqu’un qui parle de David Peace (un de mes auteurs préférés…je viens d’attaquer GB84 et il faut vraiment aimer Peace pour le lire!)

  11. Georges on 26 avril 2012 at 7 h 54 min

    C’est un très beau texte; Rien de plus à dire et rien de moins.

  12. dr glamoor kosmik on 27 avril 2012 at 19 h 15 min

    Bon anniversaire.
    Mais que de similarité entre tes dix ans et mes diax ans.
    moi j’ai arrêté mon (mes) blog(s).
    je ne suis pas encore allé au Japon, malgré une envie tenace.
    J’ai découvert et dévoré tout David Peace et aussi Murakami et les deux bouquin de julian cope. ah les teardorp explodes un soir d’hiver à Londres!!!!
    J’ai déménagé une fois, j’ai vu ma fille grandir et devenir adulte.
    J’ai dix ans, je sais que c’est pas vrai….!