32 Bulletin météo

1 mars 2006 Par KMS
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Bulletin météo 32 : Diabologum : De la neige en été (Album : #3 1996)

On n’a pas tous les jours de la neige en été mais là, ce matin j’ai décidé que c’était le printemps. Il neigeait déjà hier soir pendant que j’écrivais ces mots qui allaient s’envoler là-bas vers le sud et j’y pensais déjà. Hier aussi, dans l’après-midi les nuages se teintaient de jaune orange. Et je suis toujours surpris du pouvoir évocateur de la lumière sur mes pensées. C’est idiot sûrement. Je pensais au sud, à un sud plus ancien comme si j’avais franchis un cap insignifiant mais déterminant. Comme si être aspiré par des souvenirs plus lointains me faisait reprendre pied dans le présent. Mais pas seulement…
Tout était blanc ce matin dans le parc, les branches des arbres, la pelouse et sous le soleil bleu c’était magnifique. Beau pour un premier jour de printemps alors j’ai respiré l’air froid. J’ai voulu m’asseoir là dans la neige, juste pour mieux regarder.
Il y a des journées aux odeurs de privilèges dans le sud, en mars ou avril, en Haute-Provence, Une chaleur souple, peu de monde, des petits riens dans l’air, dans les sourires. Ou peut être était-ce juste parce qu’elle m’aimait. J’avais l’impression d’être libre sous ce ciel, avec elle. L’impression d’être libre peut être parce que je bravais l’interdit. Devant le gouffre des gorges du Verdon, j’étais allé au bord, tout au bord, à quelques centimètres de la chute, sur ce rocher, les orteils dans le vide, les bras écartés, pour sentir le vent remontant de la paroi et on se sent tellement minuscule et géant à la fois devant un tel gouffre, dans mon dos elle ne disait rien, j’avais eu envie de voler. Lou Reed chantait Perfect Day à longueur de journée et il y avait eu ce petit déjeuner sur la terrasse de l’hôtel, devant la plaine qui s’étendait et moi je me demandais, demain, demain, j’en ferai quoi de tout ça. Moi le garçon sage et timide, avec elle je faisais l’aventurier. Ce que j’avais fait pour elle, je crois que je ne l’aurais même pas rêvé. Parfois je me dis que j’en paye le prix. C’est idiot bien sûr. Qui me présenterait la facture? Et le soir on avait regardé les étoiles dans le ciel dégagé. On avait peut être parlé de Pagnol qu’elle adorait tant, de La prière aux étoiles, et il y en avait une d’argent accrochée entre les deux pointes rocheuses au-dessus du village juste derrière nous. Un jour tu tomberas là dessus et tu me maudiras, mais ça ne servira à rien, le diable m’a déjà emmené trop loin.
Je pensais à ça hier, je me disais, il neige ou il grêle ou il ce qu’on veut et dans le fond, simultanément, il y a le ciel bleu et le soleil sur les nuages et c’est tellement beau et n’importe quoi en même temps que ça ressemble à mes histoires d’amour.

Ce matin c’est le printemps parce que j’en ai décidé ainsi. C’est le printemps et je veux encore sentir le vide sous mes pieds et les étoiles à portée de ma main, ce clair de femme. C’est le printemps, et je veux juste encore un peu de beau et de n’importe quoi. Juste pour goûter à la saveur si particulière de la folie. Un peu de beau et de n’importe quoi…

« Il y a tant d’hommes et de femmes qui se ratent ! Qu’est-ce qu’ils deviennent ? De quoi vivent-ils ? C’est terriblement injuste. Il me semble que si je ne t’avais pas connu, j’aurais passé ma vie à te haïr. »
Romain Gary : Clair de femme

Catégorie : Vieilleries

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