5 Fog of loneliness

11 janvier 2006 Par KMS
Imprimer cette note Imprimer cette note

Fog of loneliness 5 : Smog : All your women things (Album : The doctor came at dawn 1996)

Il y avait du brouillard. Il est arrivé doucement, sur la pointe des pieds, sans se faire remarquer, comme ça, dans la matinée, comme un visiteur inattendu. Remarquer le brouillard qui se lève, ça donne une idée de la vacuité d’une existence. Pas tant le brouillard d’ailleurs, mais juste le regard, vague, rêveur, qui se perd un peu trop souvent par la fenêtre. Ce n’est pas que le paysage soit attractif non. Au contraire. Le brouillard aide à le rendre acceptable, en gommant les contrastes. Le brouillard c’est du flou artistique sur le béton sinistre de nos agglomérations dépressives.
Tu voulais lui dire qu’elle te faisait penser à Twiggy dans sa petite robe courte noire et blanche, très swinging london, avec ce gros bouton près de l’épaule et quand elle passe dans les couloirs avec sa petite robe courte sur ses longues jambes ça ressemble à un vent frais d’automne en fin de journée ensoleillée. Avec une résurgence d’odeur de thym chauffé par le soleil. Pareil. Ou équivalent. Les souvenirs ça perd toujours un peu ses couleurs au fil du temps, comme passent les photos sous les rayons du soleil. En fait elle est bien plus jolie que Twiggy. Tu trouves. C’est personnel. Subjectif. Comme le brouillard. Ca ne veut rien dire. Il s’est épaissit un peu et je distingue difficilement l’autre rive de la Marne. C’est pour ça que j’aime le brouillard, je n’y vois pas plus loin que dans ma vie.
Je ne devrais pas dire ça mais… ça te va particulièrement bien cette petite robe, tu ressembles à Twiggy. A qui? Je te montrerai. Elle a souri, rougi un peu et… je pourrais dire plus oui mais je reste là, plutôt silencieux, juste à regarder son sourire parce que le reste , le reste, c’est comme le brouillard, comme le brouillard. C’est peut être un moyen de disparaître aussi, de cacher ses désirs mais je n’ai pas besoin de brouillard pour ça. Ou juste celui de mes pensées. Il est opaque, épais. Je ne devrais pas dire ça elle dit pourquoi. Pour ne pas chasser le brouillard. C’était la bonne réponse. Pour ne pas chasser le brouillard. Histoire de s’acheter un costume de mystère pour masquer la transparence. Je ne devrais pas dire mais je l’ai dit c’est comme quand on dit si j’osais je… ça veut surtout dire que l’on va oser mais tes yeux osaient certainement plus que tes pauvres mots.
Alors j’ai épluché une mandarine en regardant le brouillard par la fenêtre avec la cime des arbres là-bas sur l’autre rive qui disparaissaient comme estompés par une gomme géante. Je lui ai envoyé une photo de Twiggy, trouvée sur le net, le brouillard était en train de se lever, tu t’es dit c’est dommage, c’est le retour à la réalité. Elle dit elle est pas mal, ça fait plaisir les compliments, c’est rare et le bleu de ses yeux riait. Pourtant, pourtant, si j’en disais un peu plus… Je ne pouvais pas lui dire il n’y a plus de brouillard, je ne peux plus rien dire.

C’était quand tout ça hier demain aujourd’hui, le temps n’a finalement plus d’importance, c’est en ça aussi que la vie s’est perdue à la frontière. En franchissant la Marne sur ce pont que l’on sent bouger lorsque l’on est arrêté dessus, des dizaines et des dizaines de mouettes Hitchcockiennes tournaient dans les airs et se posaient en envahisseurs conquérants sur les eaux du fleuve, ça m’a donné une subite et profonde envie de pleurer et j’entendais les notes d’un piano égrenant des accords mineurs. Mais tout ça c’est du brouillard, du brouillard pour ne pas dire que tu me manques et que… Il n’y avait pas de brouillard ce matin, non, mais j’ai froid, tu sais, non tu ne sais pas, de plus en plus, j’ai froid, et les mouettes n’y sont pour rien.

Catégorie : Vieilleries

Comments are closed.