839 Slow motion (Lambchop)

4 février 2012 Par KMS
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Lambchop : This Corrosion + Backstreet girl (Is a Woman 2002)

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Cela semble loin, pourtant cela ne fait que dix ans. Dix ans c’est beaucoup, plus ça va, plus ça fait beaucoup et en même temps de moins en moins. On tournait des pages comme des chapitres ressemblant à des vies entières. Il y a des instants où il faut souffler, prendre le temps de respirer. Is a woman de Lambchop est arrivé dans une respiration. Les précédents albums étaient encore très présents, il n’y avait pas si longtemps qu’on les écoutait. Il y avait encore ces petites obsessions que l’abondance de nouveautés trop faciles à se procurer aura fini par gommer quelques années plus tard.

Il y a sur cet album des chansons terribles dont on ne peut se défaire, si on a un tant soit peu, passé quelques nuits avec elles, dans le doute, la peur, l’espoir, la joie, tout ça mêlé. Un peu comme les chansons des premiers albums des Tindersticks, celles qui laissent des traces. Il suffit d’écouter Caterpillar, The new cob web summer, My blue wave ou The daily growl dont les notes du piano portaient les échos échappés de la salle de bal d’un Grand Hôtel des années folles.

Il y avait ces rues de Paris traversées à la nuit, pour rentrer tard, ces instants vaporeux, un peu comme lorsque Jeanne Moreau marche dans Paris, la nuit, dans Ascenseur pour l’échafaud, bercée par la trompette de Miles. Ici c’était la voix grave de Kurt Wagner et la musique derrière, comme un drôle de vent, prêt à tourner dans le mauvais sens. C’est tout cela qui flottait, invisible, dans la plainte au milieu de Caterpillar. Dans ce son de synthétiseur comme une scie musicale ou des ondes Martenot, je n’ai jamais bien su et oublié comment sur scène ils le reproduisaient.

Les chansons avaient l’air de ralentir le temps, j’avais écrit je ne sais plus où, qu’il y avait de l’insouciance dans la lenteur des chansons de Lambchop, une sorte de lenteur lascive et alanguie, un anachronisme suranné. Comme une douleur anesthésiée et oubliée.

Il y avait une version CD enrichie, avec un deuxième disque en bonus et trois chansons dessus (sur la réédition de 2010 il y en a encore plus, ces multiples éditions avec bonus variables sont une incitation au piratage, avec le sentiment insistant de s’être fait arnaquer à l’achat de la première). Sur les trois il y a une reprise des Rolling Stones, Backstreet girl, une chanson qu’on trouvait à l’origine sur Between the buttons, cet album un peu atypique des Stones de 1967, pourtant un de leurs meilleurs. Et puis cette reprise des Sister of Mercy, n’ayant plus grand chose à voir avec l’original, on ne s’en plaindra pas, comme vestige d’un monde effondré.

Il y avait quelque chose de Fitzgerald, dans ces traversées de Paris, dans ces abandons, quelque chose de Tender is the night, ou bien n’était-ce qu’un rêve. Un remède illusoire contre la corrosion et le vieillissement, une vaine échappée sensorielle, pendant que Kurt Wagner grattait sa vieille guitare demi-caisse sur son ampli à lampes rougeoyantes comme celles d’un vieux poste de radio antédiluvien. Il y avait dans le second degré de cette reprise, toute une indolence pas vraiment réelle que seule la nuit pouvait animer. Comme les trainées de la pedal-steel guitar au milieu de This Corrosion faisaient vibrer les lumières.

Le rythme captait la légèreté frivole de l’instant, cette fameuse insouciance entre les notes réfléchies, un parfum déjà vieillissant, un voile de décadence en dentelles ouvragées, un peu jaunies, sous des lumières tamisées pour masquer les rides insistantes d’une jeunesse déjà évaporée. Une volonté de ne pas vieillir trop vite tout en ayant la lucidité de ne pas y croire vraiment.

Les disques de Lambchop après celui-ci, n’ont plus tout à fait gardé la même saveur, cette longueur en bouche de vieux Cherry vieilli en fûts de chêne. Le vent a depuis longtemps chassé les dernières poussières d’un début de siècle un peu fou, la lenteur est devenue une vertu à redécouvrir. Un peu comme les vieux albums de Lambchop.

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Catégorie : Music of my mind, Samedis Musicaux

4 Responses to “ 839 Slow motion (Lambchop) ”

  1. Mathieu on 4 février 2012 at 21 h 30 min

    Pfff, dix ans déjà …
    Le clip de Sister Of Mercy m’a toujours fait marré, même si je l’ai découvert bien après sa diffusion.
    Lambchop ça le fait moins après, mais j’aime encore, il y a toujours cette voix de Kurt Wagner, et sa guitare aussi, discrète, accompagnant bien le piano, comme sur la reprise de This Corrosion (et flûte, elle n’est pas sur le vinyle de Is A Woman sorti il y a un an …)

    • KMS on 5 février 2012 at 10 h 33 min

      Backstreet girl est très bien aussi, en fait tout le 2e disque est bien. Ils auraient au moins pu mettre ces 3 là sur le vinyle mais c’est vrai que ce n’est pas l’album en lui-même.

  2. Blot on 5 février 2012 at 12 h 08 min

    Merci pour cette soudaine bouffée de souvenirs musicaux qui m’ont aussitôt envie de réécouter ce groupe, en particulier:
    http://www.youtube.com/watch?v=EdN0vo8Dx8I

  3. Blot on 5 février 2012 at 12 h 09 min

    Il manque des mots, mais c’est l’émotion.