836 Promesse de l’aube (Philip Glass)

18 janvier 2012 Par KMS
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Philip Glass : Mad rush (Solo piano 1989)

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(Photo ©KMS 2012)

La promesse de l’aube comme disait Gary.
Pas certain, qu’en ce moment, elle soit tenue tous les matins.
Le froid éclaircit l’atmosphère, ça se faisait
rare,
il devrait éclaircir les pensées de la même
manière.
Mais.
Le piano,
les notes givrées, perdues dans
l’air sec.
Il manque des
lacs gelés
(des prix décernés à tes yeux chantait Bashung, à perte de vue), la neige, le
brouillard.
Mais.
Le piano, raconte son
histoire
en notes répétées, répétitives ou
pas d’ailleurs.
J’ai rêvé d’îles glacées, d’isolement, de
silence.
Je n’ai pas les doigts pour tout
ça.
Je bute, j’accroche, j’hésite, trébuche, rate, pas le
temps
de corriger les erreurs, adoucir les
gestes.
J’ai tenté, le
Si
obstiné comme Nils Frahm et puis…
Main droite assez gauche.
Tout ce à quoi on
pense
en regardant le ciel poindre derrière les silhouettes sombre des
arbres, des maisons, du
monde.
J’échafaude le soir dans le
noir,
des bribes, des amorces, des idées, sans
trouver
le lendemain le courage de noircir les blancs avec ces idées volatiles.
Deux quinquennats plus loin on ne sait plus
pourquoi
on est encore là à aligner des
mots
comme des fils sur lesquels on ne tire plus.
Comme pour les
élections
on n’y croit plus ou
moins
et déjà la fois précédente encore
moins
qu’avant ainsi de suite on pourra toujours dire on
vieillit
on se lasse après on trépasse parce que ça
rime.
Ça m’a impressionné l’autre jour ce
Si
insistant et martelé et répété et répété et martelé que ça en devient la trame fondatrice même Olafur Arnalds le dit I love how Nils Frahm starts every show by brutally detuning the middle C on the piano. Sauf qu’il s’est trompé Olafur, c’est un Si et non un Do ce n’était pas très
loin.
Olafur la première fois avec un prénom pareil je pensais que c’était une
fille, peut être parce que ça me plaisait plus ainsi.
La promesse de l’aube comment la
vivent-ils
eux là-haut dans le nord si
froid l’hiver
mais avec des cieux comme on n’en a pas ici, pas plus que de
lacs gelés
sûrement à perte de vue.
Comme le ciel de l’aube derrière les
maisons
et je voudrais voir, un jour, un jour ou deux, un peu comme Boris Vian et ses chiens noirs du Mexique avant qu’il ne soit trop
tard,
les aurores boréales
et monter jusqu’au nord encore plus loin pour voir aussi à perte de vue les
lacs gelés.
Mais la répétition, la fatigue, la lassitude, dans le voile rose du ciel dès le
lundi
matin c’était déjà trop à peine commencé
comme de s’enfoncer dans la
poussière
pourtant ce ciel, la promesse de
l’aube
mais il fallait partir déjà, c’est le mot, déjà, tout est
déjà
trop souvent,
j’ai tiré les mots, le fil, le temps, trainé, procrastiné, on était
déjà
demain mais c’était
déjà
hier
et le piano j’ai pensé à Schubert, la 959 à moins que ce ne fut la 958 que
j’aime
beaucoup aussi, toujours bloqué sur le piano, et ses notes noires et blanches à perte de vue, comme des
lacs gelés.
Je voulais du
vrac
pas du
rangé
quelque chose où on perd le fil à se demander s’il y en a
un
il y en a toujours, c’est juste que parfois on ne le trouve
pas.
Je repensais à ces photos de cimetières que j’ai pas faites et prendre des jours pour y aller avec les arbres nus, les silhouettes fragiles enfoncées dans leurs manteaux au col remonté contre le
froid
dans les allées, solitaires, la mousse sur la pierre, les inscriptions, le hasard, avant qu’il ne soit
déjà
trop tard pour ça, pour l’hiver, pour les jours, pour le soleil rasant accentuant les
contours
et le vent.
Le ciel se levait pendant ce temps là il était
déjà
bien bleu en arrivant j’aurais plutôt dû rester à prendre des photos à intervalles réguliers pour voir la
montée
des couleurs, les reflets roses et le bleu mais il fallait
déjà
y aller.
Le
Si
obstiné comme toutes ces journées ces heures passées on se demande bien à quoi, le martèlement incessant et la répétition aliénante du quotidien.
La promesse de l’aube s’est éteinte dans le jour, le bruit, et le
fracas ambiant
et toujours pas de
lacs gelés.
J’ai pensé que ça allait être le bon moment pour se mettre à lire
Proust.

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Catégorie : Ecoute s'il pleut, I live in the 80's

9 Responses to “ 836 Promesse de l’aube (Philip Glass) ”

  1. brigetoun on 18 janvier 2012 at 21 h 30 min

    merci -

  2. Richard on 18 janvier 2012 at 22 h 19 min

    « A perte de vue, les lacs gelés ». Oui oui. Bien.

  3. Georges on 19 janvier 2012 at 6 h 53 min

    Beau.

  4. if6 on 19 janvier 2012 at 9 h 55 min

    Je voulais du vrac pas du rangé …
    j’aime bien ce texte
    et le son du piano qui traverse.

  5. Jacques on 19 janvier 2012 at 12 h 09 min

    On se lasse après on trépasse parce que ça
    rime.
    ça rime à quoi ça rime
    à rien
    notez bien
    que ces notes ne sont pas
    sottes
    loin de là mon pote
    piano sur lacs gelés en îles glacées.

  6. KMS on 19 janvier 2012 at 20 h 38 min

    Il faut cliquer sur un Si pour aller écouter et voir Nils Frahm aussi (sinon on ne comprend pas tout d’ailleurs).(et merci).

    • Jacques on 20 janvier 2012 at 17 h 11 min

      Très émouvant. Si si…

  7. B de N on 23 janvier 2012 at 19 h 56 min

    Un Si et non un Do. Merci pour la correction, Maître KMS, vous nous tirez sans cesse vers le haut. Je m’en vais réécouter « Living Room Songs » et communier avec l’humilité de Olafur, entre autres.
    Sinon Proust, c’est pas mal ça, en plus si on enlève une lettre, ça peut faire rire mon fils.
    Pour Schubert, j’hésite aussi mais je préfère ne pas me prononcer; j’aurais trop peur de vous décevoir d’autant que je me suis arrêté à la 957ème.
    Le Bonsoir de notre Nord, mon très cher.
    Sinon, photo splendide !! (un peu à la Hood pour « Rustic Houses.. »).

    • KMS on 24 janvier 2012 at 22 h 04 min

      Non pas que j’ai une oreille parfaite, très loin de là, j’ai juste vérifié… un peu de Hood dans la photo oui, ils reviennent toujours.