834 Langage codé (Gastr Del Sol)

9 janvier 2012 Par KMS
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Gastr Del Sol : Each Dream Is An Example (Camoufleur 1998)

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J’ai toujours trouvé que le nom Gastr Del Sol sonnait comme une maladie intestinale. Mais il reste le souvenir d’un samedi soir pluvieux dans une cabine téléphonique sur le boulevard Edgar Quinet, souvenir imbécile, à part le lien avec la batterie de John McEntire écouté juste avant, sur le TNT de Tortoise. Peut être même que l’on confond les deux albums. C’était la même année non ? On pourrait chercher avec Google, mais parfois on n’a pas envie.
Souvenirs brumeux. Pourtant on ne peut se tromper, le Gastr Del Sol, l’arrière de la pochette est imprimé à l’envers, ça on ne peut l’oublier. Il faut mettre la pochette devant un miroir pour lire les crédits, ou juste entrouvrir le boîtier pour lire le texte se reflétant sur le métal du cd. La confusion c’est le dessin au trait, sur les deux pochettes. On ne sait même plus. On parle de choses que tout le monde ignore ou presque. Une sorte de langage codé.

Notes de guitare acoustique, percussions étranges, des fulgurances de trompette. Ah. La voix française d’un enfant. Et puis on passe à autre chose. Non. Reste la guitare. Des flaques humides sur les trottoirs. Si on trouve le bon angle, avec l’éclairage des lampadaires on peut se voir dedans mais ce n’est peut être pas ce qu’il y a de mieux à faire. Tu sais, ces miroirs éphémères qui se forment sur les trottoirs après la pluie.

Il y a cette chanson, avec le piano, où il dit que chaque rêve est un exemple. Sensuous detail, meet sensuous detail meet, Scene upon scene, Compress the day’s events, ce n’est pas comme si on comprenait ce qu’il voulait dire mais après tout peu importe, c’est fatiguant de toujours comprendre. Des paroles comme de lancer des flèches vers le ciel, sans trop savoir où elles vont retomber, laisser faire le hasard, on t’expliquera un jour qu’il n’existe pas, on fera comme si. Il était déjà bien tard. Un rendez-vous encore, plus loin, plus tard, sous la pluie. Traverser Paris.

Était-ce le boulevard où l’atmosphère du disque, ça évoquait Cortazar, à cause peut être de ce soupçon d’absurde. Ces directions floues. Ces bruits étouffés d’arrière salle de café ancien et enfumé à la peinture écaillée. Avec des chaises en bois patinées par le temps. On s’égare. C’était ça d’ailleurs, une sorte de bande-son de l’errance urbaine hasardeuse.

Ne restait après ça, qu’à écouter un sax ténor ancien en glissant sur le pavé humide sous les chaussures. Un genre de Lester Young ou de Dexter Gordon. Lent et ample. Histoire de rester hors du temps. Il faudrait ensuite, marcher un peu plus, remonter le boulevard, vers le cimetière. Y trouver la tombe de Cortazar. Une sorte de langage codé je crois bien.

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Catégorie : 'til 1999, Ecoute s'il pleut

7 Responses to “ 834 Langage codé (Gastr Del Sol) ”

  1. Jerom on 11 janvier 2012 at 5 h 26 min

    En fait (c’est la première fois que j’écoute Gastr Del Sol), c’est même plus proche des High Llamas que de Tortoise (du moins sur ce morceau)

    • KMS on 11 janvier 2012 at 10 h 00 min

      Oh mais je n’ai pas dit que Tortoise ça ressemblait à Gastr Del Sol, juste que j’y pensais parce que McEntire joue dans les deux. Musicalement c’est différent.

    • wilfried on 19 janvier 2012 at 12 h 00 min

      Plutôt que les High Llamas, on peut remonter jusqu’à Van Dyke Parks à mon avis.

      • KMS on 20 janvier 2012 at 20 h 50 min

        C’est une piste intéressante.

  2. Jacques on 11 janvier 2012 at 11 h 55 min

    Ce n’est pas comme si on comprenait ce qu’il voulait dire mais après tout peu importe : tout-à fait d’accord, il y a d’autres moyens d’approche, laisser faire la musique, les images, les mots, juste les prendre avec soit. Beau billet de sortie, je prends. Encore bravo !

    • KMS on 14 janvier 2012 at 18 h 16 min

      Merci pour le lien.

  3. PdB on 14 janvier 2012 at 12 h 59 min

    Non, mais le piano c’est quand même une merveille…