830 Chants de Noël (The Allman Brothers Band)

28 décembre 2011 Par KMS
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The Allman Brothers Band : It’s not my cross to bear

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C’est un album de noël, ou plutôt, de cette période blanche entre les deux fêtes. Je me souviens l’avoir acheté à cette période là, probablement le 26 ou le 27 décembre, dès que les magasins étaient ouverts. En décembre 76. Avec l’argent récolté justement pour noël. Peu de temps avant, un samedi soir sur RTL, Jean-Bernard Hebey l’avait diffusé dans son intégralité. L’atmosphère du disque avait tellement bien collé avec la lumière jaune tamisée de la chambre ce samedi soir-là, épaissie par la fumée des Camel filtre. L’imagination aidant on se serait cru dans un petit club surchauffé. Il allait avec la saison, avec je ne sais quoi, dès que j’ai eu l’argent nécessaire je l’avais acheté.

Ce qui m’avait surpris en ouvrant l’album, un double live, pochette ouvrante, c’est que sur les photos, les musiciens baignent dans une lumière chaude, jaune ou rouge, exactement ce que je m’étais imaginé en écoutant le disque, morceau par morceau, ce samedi soir là sur la petite radio. Le son de l’album, celui de l’orgue de Gregg Allman, du piano, des deux batteries, a cette teinte particulière, associée de manière indélébile, à la couleur de la lumière jaune tamisée de la chambre, en ce soir d’hiver 76 (le même jaune que pour le Tom Waits aux pages 151 à 158 dans le livre). La musique c’est aussi des couleurs.

Un album de noël. Musicalement, le disque n’est pas inoubliable, un rock blues honnête propulsé par deux batteurs, gorgé de guitares et de solos, ça impressionnait encore à l’époque, ça n’allait pas durer bien longtemps.

Drôle de groupe que le Allman Brothers Band. Un groupe de morts. Celle de Duane Allman, le frère ainé, lead guitariste virtuose, tué à moto à un carrefour en 1971. Un an et quelques jours après, à trois pâtés de maison du carrefour où Duane Allman a trouvé la mort, Berry Oakley, le bassiste du groupe, est percuté par un autocar alors qu’il roulait à moto. Un accident rappelant la fin d’Easy Rider.

Le groupe venait du sud profond des Etats-Unis. Macon, Georgie. Ils avaient un batteur noir. Un batteur noir dans un groupe de blancs, au fin fond de la Georgie à la fin des années 60, où les traces de la ségrégation persistaient encore dans les toilettes pour blancs et les toilettes pour noirs toujours visibles dans la cambrousse sudiste, l’accueil dans certains coins n’avait pas dû être très chaleureux.

En dehors des guitares, le son du groupe c’était l’orgue Hammond aux notes liquide de Gregg Allman, le petit frère, et sa voix au grain particulier, un peu éraillée, parfaite pour ce rock blues. Les images, l’odeur, l’atmosphère, seront plus restées trente cinq ans plus tard que la musique.

Mon morceau préféré de l’album était In memory of Elizabeth Reed et ses longs solos. Sur un autre album live assez légendaire, enregistré au Fillmore East en 71, quelques mois avant la mort de Duane Allman, les solos des deux guitaristes s’inspiraient des solos de Coltrane et de Miles Davis. La version de cet album live était certainement moins ambitieuse mais les solos de Dicky Betts étaient parfaits pour mes 16 ans.

J’ai toujours détesté, pour ne pas dire plus, les autocollants collés sur les pochettes de disque. Je les ai toujours minutieusement enlevés. Et sur celui-ci il y en avait un. Pas moyen d’acheter un exemplaire sans ce foutu autocollant promotionnel. Malgré le soin apporté à l’opération de décollage, une partie de l’image est venu avec. Comme la pochette était un dessin et non une photo, naïvement, armé de crayons de couleurs, j’avais imaginé avec mes (très) maigres talents, pouvoir réparer les dégâts. Le remède a probablement été pire que le mal, la pochette est restée défigurée. Pas que cela soit un disque auquel je tienne particulièrement. Mais à l’époque, ce détail insignifiant était important. Cet autocollant avait gâché mon noël avant même que je n’aie écouté l’album.

(la version en écoute est la version studio de 1969, et non celle de l’album live évoqué ci-dessus)

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Catégorie : 7 Tease, Je me souviens

8 Responses to “ 830 Chants de Noël (The Allman Brothers Band) ”

  1. PdB on 28 décembre 2011 at 16 h 04 min

    toujours adoré ce groupe (et ça continue, jm’en fous que ça fasse seize piges ou camel parfumée)(sont bien)(j’aime ça)

    • KMS on 28 décembre 2011 at 19 h 41 min

      Il y a des bons trucs si on aime ce style, quelques bonnes chansons. Maintenant, je crois bien que je n’ai aucune idée de ce qu’ils ont fait après ce disque qui date de 76…

  2. candie on 28 décembre 2011 at 20 h 25 min

    Comme ça, de butte en blanc, la pochette c’est Berry (Monkey B quelque chose) et le sticker sur la pochette évoque un titre des Ramones dans Mondo Bizarro mais je ne sais plus lequel (censorshit?); bref le temps doit pas être linéaire …; me procure votre ouvrage

  3. Sophie K. on 29 décembre 2011 at 2 h 04 min

    P.tains d’autocollants. J’ai toujours détesté ça, moi aussi.

  4. Charlie Dontsurf on 24 janvier 2012 at 11 h 56 min

    Conseillé par Pol Dodu, j’ai acheté votre livre. J’en ai terminé la lecture hier soir. Comme disait Berroyer, je n’y connais rien (en littérature) mais, il est excellent, votre livre.
    Du coup, de bon matin, enfin presque, je viens faire un tour sur le blog et je découvre cette chronique.
    Je n’arrivais plus à dater le jour d’achat de ce disque. Maintenant, c’est fait. Pas la date exacte bien sûr mais la période. Très probablement à sa sortie, en novembre 1976. J’étais en terminale (je dois avoir deux ans de plus que vous). Un tout nouveau disquaire venait d’ouvrir à Caen, Sweet Harmony. Et un nouvel album live de l’ABB, je n’allais pas rater ! Ce jour là, Big Sweet, le propriétaire était un peu fort et nous n’allions pas tarder à l’appeler ainsi, m’a fait découvrir le second album de Jonathan Richman & The Modern Lovers, celui où le JR était en gros plan sur fond bleu clair. La claque. Nous étions à l’opposé de l’ABB, plutôt dans le minimalisme. Mais, je ne me suis pas laissé faire ce jour là. J’ai quand même acheté le disque pour lequel je m’étais déplacé ! Mais n’ai eu en tête que le JR. J’ai bassiné mon frère aîné avec ma découverte le soir venu. Et dès le lendemain, j’achetais la chose chez ce bon disquaire. Ce qui était un gros effort financier : c’était un import à, je dirais, 40 FF. Les jours, les mois et les années qui suivirent, je l’écoutais de nombreuses fois, et aujourd’hui encore. Quant au double live de l’ABB, il n’est jamais monté bien haut dans mon hit-parade.
    Ce jour là, chez ce disquaire, j’ai viré punk, sans le savoir. Mais j’ai gardé les cheveux longs jusqu’en 1979 !
    Gregg Allman a sorti l’an dernier un superbe album de reprises de blues, très laid-back, Low Country BLues. Jonathan Richman sort régulièrement des disques, pas toujours folichons. La vie continue, quoi.
    CHarlie

    • KMS on 24 janvier 2012 at 22 h 08 min

      Il n’est jamais allé bien haut chez moi non plus mais il resté dans les souvenirs quand même.
      Merci pour le livre, et si vous, vous ne me connaissiez pas, moi je connais bien votre site que je mets en lien quand je mets une chanson de Pere Ubu http://kmskma.free.fr/?p=4972

      Il faudra que j’écoute le Gregg Allman tiens…

      • Charlie Dontsurf on 25 janvier 2012 at 9 h 08 min

        Pere Ubu … d’ailleurs, en ce même mois de novembre 1976, paraissait le n°119 de Rock & Folk, daté décembre, dans lequel Philippe Garnier nous parlait pour la première fois du groupe. Quel bel automne que celui de 76 !

      • KMS on 25 janvier 2012 at 10 h 18 min

        Ah oui je l’ai encore ce n° de R&F.