437 Fa aigu (Tom Waits)

28 novembre 2008 Par KMS
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437 Fa aigu : Tom Waits : Little man (Album : Orphans: Brawlers, Bawlers & Bastards 2006)

    (437)

On parlait ce matin, de vins et de roses, de celles du Dream Syndicate, des heavenly wine and roses du pont de Sweet Jane, et puis peut être dans Martha de Tom Waits mais non, il n’y a que les roses dans Martha. On parlait de ça, comme ça sans parler vraiment, mais je savais bien qu’on entendait tous des musiques derrière, silencieusement. J’ai pensé à ça, à nos musiques de fond, celles que l’on entend juste dans nos têtes, un peu étouffées… j’ai repensé au piano de Tom Waits, j’ai le temps de rien ces jours ci, je me suis souvenu ce texte d’il y a deux ans, parce que j’y pense à chaque fois que j’entends Tom Waits et son vieux piano…


Tu vois c’est ça, exactement ça… je me rappelle un vieux piano, je ne sais plus où, un coin de bar, mal éclairé, enfumé. Paris, Amsterdam ou ailleurs j’ai oublié depuis. Il y avait une touche, complètement à droite du clavier, dans les aigus les plus aigus, ceux qu’on joue rarement, c’était un piano droit marron je ne l’ai pas dit je crois, sur une des touches, toute jaunie par la nicotine, il y avait un creux, la bakélite de la touche avait fini par fondre à force de cigarettes oubliées là, le pianiste était trop à sa musique.

Il posait systématiquement sa cigarette là, sur ces touches, parce que sinon la fumée dans les yeux quand on joue ça perturbe et il devait jouer avec la tête inclinée vers le clavier, ça lui remontait dans les yeux. Alors il posait sa cigarette là. Sur un fa ou un sol hyper aigu, sur les dernières touches à droite du clavier. Celles qu’on peut sacrifier pour poser son mégot parce qu’on ne les joue jamais ces notes là.

Quand j’ai vu le piano, je me suis dit on dirait le piano de Tom Waits. Ou alors dans mes rêves le piano de Tom Waits ressemblait à ça. Et puis je me suis souvenu qu’on entrapercevait Tom Waits dans un vieux film du début des années 80, 1980 ou 81, Wolfen, un truc dans le genre. Il jouait sur un piano droit posé contre un mur dans un bar mal famé situé sous le brooklyn bridge à New York ou un autre pont peu importe l’endroit finalement. Un bar crasseux à l’enseigne au néon rouge, forcément rouge.

On le voyait quoi, 20s, une minute maxi. De dos. Mais on l’entendait surtout, impossible de se tromper, avec une voix pareille ça ne pouvait être que lui. La voix de Tom Waits était déjà à cette époque là une brouette rouillée pleine de graviers roulant sur un chemin de terre défoncé. Pour un peu je me serais levé de mon siège au cinéma de Créteil et pourquoi je me souviens que c’était dans ce cinéma alors que parfois je cherche le titre d’un album pendant un quart d’heure. C’est Tom Waits j’ai braillé à Marc et Christine. Ah? Ils ont répondu Ah? Tous les deux. Putain c’était Tom Waits et ils disaient ah? comme ça.

Alors quand j’ai vu ce piano avec son fa aigu complètement jauni et brûlé à force de cigarettes oubliées, j’ai pensé que c’était le piano de Tom Waits, celui sur lequel il devait jouer dans ce film ou chez lui ou dans son bar préféré parce que Tom Waits a un bar préféré, je ne peux pas imaginer le monde sans que Tom Waits ait son bar préféré. Le même que Hank sûrement. Une touche jaunie, sur un piano sûrement minable et déglingué…

Je devrais peut être jouer sur le mien de piano droit, tout désaccordé, à moitié déglingué, avec ses chandeliers en façade et une ou deux touches cassées. Plutôt que sur l’électrique trop propre.
Une touche creusée à force de cigarettes consumées dans le vide sur un fa aigu. J’avais trouvé ça fascinant.

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Catégorie : Music of my mind

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