434 Cogito ergo sum (Fennesz)

21 novembre 2008 Par KMS
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434 Cogito ergo sum : Fennesz : Transit (feat. David Sylvian) (Album : Venice 2004)

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Je pense que je ne pense plus. Je pense que ça fait longtemps que je n’ai pas écrit de je pense. Je pense qu’il s’est passé beaucoup de choses depuis la dernière fois. Je pense que je n’écris plus, ou rien de bien, rien d’intéressant, pas bien en tout cas. Je pense que j’ai perdu le sens des mots, des phrases, que tout s’est émoussé. Je pense que ça ne ressemble pas à ce que je veux, à ce que j’entends à l’intérieur avant de m’endormir, surtout à ce que j’entends à l’intérieur.

Je pense que je m’autocensure parfois. Mais c’est certainement un prétexte. Je pense que je ne fais plus illusion. Je pense que peut être je ne sais plus regarder, écouter. Je pense que je ne me sens pas en danger. Je pense que je suis fatigué. Je pense que je vieillis, que mon corps s’use, se grippe aux articulations. Je pense que j’ai épuisé certaines réserves, que je ne sais pas, ou pas encore, en exploiter d’autres. Je pense que tout ça est illusoire. Je pense que je devrais me taire mais que je ne sais pas garder le silence.

Je pense que je voudrais chanter comme Robert Wyatt sur cette vidéo et c’est une des chansons les plus tristes au monde malgré les ballons rouges comme des restes de fin de fête, répandus à terre. Je pense que je voudrais un piano à queue dans une grande pièce qui résonne, même pour n’y plaquer que trois accords. Je pense qu’il est sacrément ému Robert à la fin de sa chanson et je le comprends. Je pense que je n’arrive pas non plus à raconter mes vieux souvenirs musicaux ou non, ces histoires qui me trottent dans la tête, que le ton n’y est pas, que que que que que… Je pense que j’ai bien des idées mais que cela fait comme le pinceau d’un mauvais peintre, juste un délayage de couleurs sans expression ni matière sur la toile. Je pense que je me plains et que c’est un peu (sic) pitoyable. Je pense que je devrais me limiter à parler de musique mais je ne sais pas faire.

Je pense qu’il faudrait que je change cette page, je ne supporte plus ce fond noir mais tu dis qu’en blanc ça ne serait plus pareil mais c’est peut être bien pour cela. Je pense que je n’ai pas le courage de le faire et de reprendre toutes les notes parce que je ne veux pas de cassure, mais j’aimerais bien que ça soit comme ça mais sans les flammes.

Je pense que je ne veux pas arrêter de mettre de la musique ici et que c’est pour cela que je continue. Je pense aussi que c’est un faux prétexte, que c’est juste parce que j’aime bien faire le malin en racontant des histoires sauf que là je n’en raconte plus. Je pense que j’aime bien qu’on me lise. Je pense que je ne sais peut être écrire que sous la douleur ou le manque ou la solitude et finalement ce n’est pas une mauvaise chose de penser que je n’écris plus. Je pense aussi que quand Pierre Ménard part d’une de mes phrases pour son billet quotidien, c’est qu’elle n’était pas si mauvaise que ça ou qu’elle sonnait bien et ça me fait plaisir.

Je pense que je voudrais avoir l’horizon dégagé. Je pense que je voudrais prendre le temps mais pour cela il faut en avoir et en ce moment ce n’est pas le cas du tout. Je pense que je devrais prendre quelques jours de RTT pendant que ça existe encore mais ça va être difficile. Je pense qu’on va attendre des jours meilleurs, je suis un très bon attentiste. Je pense que c’est bien d’avoir écrit ça. Je pense qu’ainsi j’y penserai moins.

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Catégorie : Music of my mind

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