431 Forte (Philip Glass)

14 novembre 2008 Par KMS
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431 Forte : Philip Glass : Etude #05 (Album : Etudes for piano Vol 1 2003)

    (431)

Ils m’ont collé mal à la tête, avec leur réunion. Quand j’ai mal à la tête je mets du piano. J’ai remarqué ça. On était là, tous coincé sur notre petite chaise étriquée avec tablette relevable, dans cette salle en pente, je ne sais si c’est la lumière, les gens, la mauvaise position mais ils m’ont collé mal au crâne. Ca n’en finissait plus, je pensais au piano déjà.

Il pleuvait quand je suis sorti. Pas une vraie pluie, une sorte de crachin mais les trottoirs luisaient sous les lampadaires à la lumière blafarde. J’étais presque tout en haut de la salle, je regardais les autres, leurs nuques, leurs cheveux, leurs épaules, je me disais à quoi ils pensent. Eux. Les autres. Est-ce que dans le lot il y a un ou une qui pense à quoi ils pensent eux les autres, en les regardant comme je le faisais. A un moment donné, je me suis demandé ce que ça ferait, si d’un seul coup on entendait les pensées de tout le monde là, dans cette grande salle en pente, avec les quelques personnes en bas parlant dans leur micro noir.

Je suis rentré dans le parking puis dans la voiture. Ce matin j’avais pris un vieux Trash Can Sinatras pas écouté depuis très longtemps. Sans savoir pourquoi. Parfois mes choix matinaux sont surprenants, je les regrette à peine arrivé dans la voiture. Je l’avais regretté tout le voyage aller. Ca devait être en raison du mal de crâne mais pour rentrer il était bien plus adapté. Comme si par un don de préscience j’avais deviné que le soir je rentrerai avec une migraine. Un peu comme dans ce livre de John Irving où un des deux gamins se met à apprendre une langue exotique, dont j’ai oublié le nom, sans qu’il sache pourquoi jusqu’à la fin du livre. Mon don n’est pas très au point il n’y a pas de piano sur ce Trash Can Sinatras.

On ne serait pas capable de distinguer les pensées de l’un ou l’autre si l’on entendait tout d’un seul coup. Je me doute que cela ferait un brouhaha insupportable. Les gens ne pensent pas en rythme j’en suis sûr. Ca m’arrive parfois, je saccade les pensées au rythme de ma musique interne. Ca ne dure jamais longtemps, je finis par perdre le tempo. Je ne me suis pas demandé s’il y avait de la musique dans la pensée des autres, de ces gens dont je voyais les nuques et les épaules. Il valait peut être mieux ne pas savoir.

J’ai pris une aspirine en arrivant à la maison. J’ai enfin reçu mon vinyle d’Autistic Daughter. Je l’avais commandé directement sur le site du label à Berlin mais Markus m’avait un peu oublié (depuis fin septembre…). J’ai souris en voyant l’emballage bricolé avec du mauvais scotch.

Ce n’était pas une bonne idée. Je n’aurais as dû. A force d’y penser, j’ai fini par les entendre leurs pensées, ce n’est pas possible autrement, comme un bruit qu’on n’écoute pas mais qu’on entend. Ca piaillait par dessus la voix de celui avec le micro noir en bas de la salle dans une bouillie sonore infâme, ça m’a tassé sur ma chaise avec tablette relevable. Ca m’a écrasé les cervicales tout ce boucan que les autres n’entendaient pas. Je suis rentré avec un furieux mal de crâne. C’est là que j’ai mis du piano. Juste du piano.

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Catégorie : Music of my mind

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