418 Keep the faith

16 octobre 2008 Par KMS
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418 Keep the faith : Cure : Other Voices (Album : Faith 1981)

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Le ciel suinte sa tristesse depuis lundi. Les feuilles mortes dégoulinent des arbres. Une ambiance de Toussaint. Toujours pas le temps. Alors on va écouter un disque. Un autre. Un disque de vieux encore mais moins que le Van Morrison. Tant que ce disque me fascine je me dis que je reste jeune. Illusion d’optique.

1981 tu faisais quoi cette année là. Moi je n’écoutais pas les Cure c’est certain. Des trucs infâmes inavouables. Ma part d’ombre. Cure ça viendrait vers 1983, avec le maxi Let’s go to bed et sa pochette noire (de mémoire). On l’a usé celui là. Dix fois, cent fois, je ne sais même plus dire tellement… C’était celui d’Eric. Avec cette basse proéminente. Et puis rien avant la sortie de The head on the door. Mais c’est Staring at the sea l’année suivante qui m’aura fait regarder en arrière. Vers la trilogie, 17 seconds, Faith et Pornography. Encore une part d’ombre. Mais pas la même. Plus profonde.

Faith a toujours été mon préféré. Pour cette atmosphère brumeuse et humide, grise, plombée comme un traître de la mafia. Ce disque ne respire pas la joie de vivre. Rien que les titres (Funeral party, The Drowning man, All cats are grey). Tiens, All cats are grey, quand Robert commence à chanter, à chaque fois, je n’y peux rien, c’est comme si je me liquéfiais à l’intérieur. La fin de la deuxième face avec Faith me fait pareil. Un disque de granit froid.

C’est pas un hasard le gris de la pochette non plus. Je me suis usé les yeux sur la pochette du vinyle pour essayer de deviner ce qu’on voyait sur la pochette derrière les brins d’herbes (Une maison? Une porte? une église en flammes?). Je n’ai jamais trouvé. Ca reste une énigme. C’était le genre de disque pour les types qui croient tenir la vie dans leur main et qui finalement ne roulent qu’un peu de cendre froide entre le pouce et l’index.

Tu prends ça au premier degré tu te pends dans l’heure qui suit. Et puis la basse te tire vers le fond comme le ferait irrémédiablement des gueuses de plomb scellées aux chevilles. C’est un disque de basse. Il ne tient que par ça. Comme les 27 minutes et 51 secondes de Carnage visors qu’on trouve sur la réédition cd de luxe. Ce morceau très hypnotique annonçant le post rock de Mogwaï et compagnie 25 ans avant. Avec peut être juste un peu plus de classe.

Ce matin avant d’allumer la lumière dans le salon, et le matin il fait nuit encore lorsque je me lève, je voyais derrière le tulle des rideaux, les reflets brillants de la pluie dans l’éclat des globes lumineux blancs devant l’immeuble. C’est ce qui a dû me décider à prendre ce disque.

Il y a des travaux partout ici en ce moment. Et les embouteillages qui vont avec. On roule lentement. On a le temps d’écouter de la musique. Je suis arrivé au bureau lorsque Faith commençait mais j’avais remis deux fois Other Voices. C’est à cause de cette chanson que j’ai acheté Faith. Pour la basse ENAURME de l’intro. Il faut écouter fort. Ce n’est pas marqué mais il faut écouter fort. Pour trembler avec la basse.

Il pue l’hiver à plein nez ce disque. L’hiver froid, brumeux et humide. Faith est le cercueil dont Pornography ne fera qu’enfoncer les derniers clous rouillés (forcément rouillés) l’année suivante.
Ce matin, sous cette pluie pisseuse, avec les feuilles mortes jonchées partout sur les trottoirs et dans les caniveaux avec les mouvements lents des véhicules autour c’était parfait. Distant noises, other voices…

Catégorie : 1981, I live in the 80's, Obsessions, Vieilleries

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