808 Re-make Re-model (Tom Waits)

22 juin 2011 Par KMS
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Tom Waits : Burma shave 1979

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L’année dernière, comme quoi ça revient toujours aux mêmes moments, aux mêmes époques, aux mêmes douleurs va savoir, l’année dernière, à quelques jours près, l’histoire que racontait Tom Waits dans une version pirate de Burma Shave enregistrée en 79 en Australie. A Sidney. L’histoire, sans mettre la bande son correspondante. Juste la version studio. Il fallait bien qu’un jour…

Ce matin dans le ciel, derrière les nuages sombres comme mon humeur de ces derniers jours, il y avait des éclairs lointains. J’ai pensé à Tom Waits. Il pourrait raconter ses histoires pendant des heures comme ça, dans la pénombre enfumée, d’ailleurs il en grillait un sacré paquet sur scène à cette époque là, ça semble si loin, 1979, dans la pénombre enfumée, sur ce tempo lascif, humide.

Il faut juste baisser les lumières, pas d’orage ce soir, pas de pluie, mais demain peut être. Il faut prendre son temps, s’asseoir, il y en a pour 12 minutes, on a bien 12 minutes à prendre sur la nuit. Et puis, écouter la trompette qui fait wha-wha, la guitare, la contrebasse, les balais du batteur qu’on imagine la cigarette au coin de la bouche avec un sourire en écoutant l’autre là , devant, avec sa tête bizarre, grommeler, renifler, raconter son histoire.
En attendant l’orage.


C’est étrange comme parfois, après les orages, après les éclairs, après la pluie, après le tonnerre, j’entends parfois, venue de loin, peut être même d’encore plus loin, comme le vent souffle toujours après que la dernière goutte de pluie soit tombée, une voix montant du sol avec l’odeur de la poussière mouillée. C’est étrange comme elle ressemble souvent à celle de Tom Waits à un tel point que ça ne peut pas ne pas être la sienne.

Sur une version live de 79 en Australie, un truc pirate, va savoir s’il y avait de l’orage ce soir là, il raconte, mais je crois que tous les soirs l’histoire changeait un peu, suivant l’alcool, suivant l’orage ou la pluie ou le soleil, enfin à cette époque là ça changeait tout le temps, il raconte qu’il a plu toute la journée le jour où Elvis Presley est mort et c’était en août, And only a legend can make it do that!.

Il parle de Presley ou plutôt c’est un des personnages même si on ne sait pas vraiment, sûrement qu’il fait trop sombre pour bien comprendre. Alors le jour où Elvis est mort il a plu toute la journée et Elvis en fait il était peut être seulement fatigué de réparer tous les coeurs brisés du monde entier, un sacré boulot soit dit en passant. C’est même Elvis qui lui a donné un préservatif la nuit de la soirée de promo de son lycée, il n’y a pas ça chez nous, ce soir là il lui a sauvé la vie, A legend never dies, he just teaches you everything he knows, to give you the courage to ask her out.

Il raconte ça, ce soir là, ces soirs là, avec sa voix qui charrie des graviers par brouettes entières, comment Elvis lui a appris à peigner ses cheveux comme il faut ou comment il lui a donné son premier blouson de cuir. Le jour où Elvis Presley est mort, pendant que la trompette joue Summertimes de Georges Gershwin. Il faut voir sa tronche quand il raconte ça, les personnages semblent sortir de la nuit comme ça pour une danse irréelle et puis repartent ailleurs. Il en raconte tant et tant qu’il en oublie la mélodie ce qui est dommage parce que la mélodie de cette chanson, surtout à la fin des couplets comme une plainte Buuuuuuurma Shaaaave c’est toute la chaleur de la terre humide qui remonte à ce moment là on en prend plein les narines, avec ce voile un peu trouble sur la peau, pas de la sueur, pas de la pluie, quelque chose d’autre mais humide comme du désir. Comme le jour où Elvis Presley est mort. Elvis got more ass than a toilet seat quelqu’un a dit ça, more ass than a toilet seat, ça fait peur et rêver en même temps…

Ce n’était que l’introduction, les explications, ou même pas, il se sentait presque comme obligé d’en raconter plus sur scène que sur le disque, les histoires dans les histoires de la chanson, parce que tout se mélange, comme si l’orage avait tout délavé. Ou peut être juste parce que ça lui rappelait le jour où Elvis Presley est mort, quand il avait plu toute la sainte journée, And only a legend can make it do that! et la trompette au milieu elle sonne comme les éclairs dans le ciel..

Il y a eu de l’orage ce soir. Des éclairs striant le ciel sombre. La pluie. J’ai mis Tom Waits, parce que sa voix a l’odeur de la poussière mouillée mais pas seulement, j’ai dû dire ça cent fois mais je ne m’en lasse pas. Je ne savais pas quoi dire, je l’ai laissé raconter son histoire.

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Catégorie : 7 Tease, Ecoute s'il pleut

9 Responses to “ 808 Re-make Re-model (Tom Waits) ”

  1. Blandine on 23 juin 2011 at 12 h 10 min

    ‘Elvis en fait il était peut être seulement fatigué de réparer tous les cœurs brisés du monde entier, un sacré boulot soit dit en passant’ J’adore.

    • KMS on 23 juin 2011 at 15 h 05 min

      C’est ce qu’il dit, dans son histoire, le sacré boulot c’est mon appréciation personnelle.
      « And you know, I think he maybe just got a little tired
      Of repairing all the broken hearts in the world. »

      • Blandine on 23 juin 2011 at 22 h 51 min

        Je suis d’accord avec les deux lyricists, dans ce cas.

  2. PdB on 25 juin 2011 at 10 h 28 min

    ce sont de belles histoires, c’est une ambiance de début d’été (il est mort en août le 16 je crois bien) (elvis je veux dire) (ask little baby, don’t you cry) (et je crois que je sais pourquoi je ne l’aime pas trop, c’est à cause de ses apparitions et de ses rôles au cinéma) (en vrai il me fait beaucoup de peine) (pas comme Tom Waits qui lui est parfait, comme toujours, et tu peux le mettre et le remettre et le remettre encore on t’en sera toujours reconnaissant) (surtout que ces temps-ci, il y a quelque chose dans l’air qui a une sale odeur, alors la trompette, très bien, toute la musique, très bien, parce que c’est avec la musique que le temps passe et s’arrête, et avec elle que le vie se fout de la mort des proches)(ou de ceux qui le sont moins, elle sert à ça, au moins, à ça) je regarde le ciel, les nuages, je regarde l’emploi du temps avec tous ces trucs à faire tellement dérisoires mais s’ils ne se font pas, c’est toute la vie qui se déglingue, les mômes avec leurs clopes, leur alcool, leurs examens, leurs vacances, la vie de l’été, là-bas au bord de l’eau, oui, bien sûr, on aura oublié et on sera passé à autre chose, et heureusement, et Tom Waits y aura aidé probablement (mais pour le moment, on prend ça en plein visage, et on se demande si, réellement, en se voyant au miroir, on ne trouvera rien de changé, et en fait non, c’est plutôt dedans que ça se passe, intérieur nuit, plutôt, c’est plutôt au fond du truc que ça se terre et que ça se met à palpiter de temps à autre, et les années qui vont, et les autres qui s’en vont, et toi, toujours assis à cette table, devant ce clavier, à écrire tes mots, en italiques, ce que c’est beau ce mot italique, on voit Venise et Florence et Rome et Naples, Syracuse et Bari, Sorrente Sienne Bologne et Rimini, tout revient, on apprend toujours de la mort des autres, probablement reviendront-ils dans nos rêves, là-bas il y aura de l’orage, des éclairs et des gouttes qui tomberont sur les vitres, là-bas on pensera encore à eux)(merci) toi)

    • KMS on 29 juin 2011 at 8 h 19 min

      Les temps sont à Tom Waits en fait. Enfin les temps, la météo quoi. Ces soirs d’orage ça lui va bien. Ça et le jazz.

  3. Jacques on 28 juin 2011 at 15 h 55 min

    J’adore l’ambiance de ce billet, que j’ai classé « Billet de sortie » :
    http://www.facebook.com/home.php?sk=group_208451102530468&ap=1

    Merci de me contacter sur mon blog, si vous souhaitez participer à notre petite communauté.

    Cordialement, Jacques

    • KMS on 29 juin 2011 at 8 h 19 min

      Merci.

  4. Clodine-à-Marseille ! on 5 juillet 2011 at 9 h 41 min

    Ah bordel que c’est bon !!!!!

  5. Ólöf on 4 décembre 2011 at 19 h 16 min

    J’aime la brume.
    Elle rend flous les angles droits,
    transforme pierre en soie.

    Un bel instantané en multiples dimensions. Tous les sens s’en mêlent. Bravo et merci.