387 Mélancellocolie

5 août 2008 Par KMS
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387 Mélancellocolie : Jean-Sébastien Bach : Suite n°1 pour violoncelle en Sol majeur : Prelude (Album : Paul Tortelier : Suites pour violoncelle 1983)

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La jeune fille blonde joue de son violoncelle. Une suite de Bach, la première. En Sol majeur. Une tonalité franche, droite, très rock. Ses longs cheveux blonds bougent en même temps que son bras, le droit, celui qui tient l’archet. La jeune fille blonde joue de son violoncelle, elle sourit, elle est belle. L’endroit est un peu incongru, sur cette place de petite ville de Bretagne. Pas un village non. Une ville. Mais petite.
La place est noire de monde, touristes et autochtones. C’est jour de foire, partout autour, des étals de vêtements ou de spécialités charcutières bretonnes, les gens les enfants les chiens.

La jeune fille joue comme étrangère à toute cette agitation, tout ce bruit empêchant d’entendre convenablement son violoncelle. Et ses cheveux blonds dans le vent des notes de Bach. C’est un instrument épidermique le violoncelle. A cause de l’archet qui frotte les cordes. Les notes du violoncelle, elles frottent la peau, comme pour nous faire partager la sensation de l’archet sur les cordes.

Un gros type devant moi en short et chaussettes/sandales a dit pffff c’est triste on y va à sa femme. Pourtant dans Bach, bien souvent, la tristesse se cache entre les notes, c’est pour ça qu’il y en a beaucoup, des notes, pour bien cacher la tristesse. C’est la raison pour laquelle Glenn Gould jouait Bach lentement. Pour laisser transparaitre la tristesse enfouie entre les notes.

La jolie jeune fille joue plutôt vite. Ce n’est ni Casals ni Tortelier mais peu importe. Elle joue bien, souple et coulée, sûrement de manière un peu trop légère mais on ne va pas demander à une jolie jeune fille de 20 ans de jouer en portant le poids de toute la misère de l’humanité. Elle joue, nimbée de sa beauté, de façon aussi légère que ses cheveux volent autour de ses épaules et avec PLAISIR.
Ca se voyait. C’était ça l’important. Avec PLAISIR.

Elle est heureuse de jouer Bach devant tous ces gens qui pourtant l’ignorent dans leur grande majorité. Elle est heureuse et certains passants trouvent la musique triste, mais avec un tel sourire ça ne peut être triste surtout quand ça ne l’est pas déjà, à l’origine. Les gens ne voient pas, n’entendent pas ou quoi. Ne prennent pas le temps surtout.

Ils passent quasiment tous indifférents. Ca se voit à leur démarche, sans ralentissement, sans marque d’intérêt. La fille s’en fiche elle ne les voit pas. Ses doigts dansent et glissent sur le manche pendant qu’elle sourit, dessinant des arabesques dans l’air et sur les cordes avec son archet. Elle s’en fiche et elle a raison, perdue dans sa danse immobile.

J’aurais pu la prendre en photo mais il aurait manqué quelque chose. Comme d’attraper de l’eau dans le creux de ses mains. On en fait quoi après? Il faudrait gommer les gens autour, ceux qui trouvent ça triste, juste garder la fille, ses doigts fins, son violoncelle et ses longs cheveux. Mais les notes. Sur les photos, c’est difficile de montrer les notes, ou alors parfois la nuit, dans la fumée. Mais là, en plein soleil…

Alors l’imaginer, sur son pliant, avec son beau violoncelle, au coin d’une rue, sur la place centrale de Sarzeau, 6 941 habitants, sûrement bien plus l’été, le jour de la foire, avec ses cheveux blonds dans le vent, son sourire, et les notes s’envolant au hasard, rebondissant sur le granit gris dans son dos, ne demandant qu’à être attrapées…

Catégorie : Vieilleries

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