802 Je me souviens #34 (Sexton Blake)

10 mai 2011 Par KMS
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Sexton Blake : The logical song (Album : Play the hits 2007)

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Je ne me souviens de rien de 1981. Ou si peu. Quelques Kodachrome de vacances au Grau du Roi, ou les images se mélangent avec celles de 82. Quelques clichés de Camargue, de filles trop vite parties, voire même jamais arrivées. Des beaux paysages pour masquer ce qui ne s’avouait pas.

Je me souviens du 10 mai par contre. Je révisais mollement mes partiels devant la télé en attendant les résultats. Il reste le souvenir de la joie en voyant apparaitre la tête de Mitterrand. Les klaxons dans les rues, les cris, la joie. Du balcon j’ai observé l’agitation dans mes rues de banlieue en gardant un oeil sur la télé. Ils disaient à la bastille à la bastille. J’y serais bien allé mais seul je n’ai pas osé. Mes amis s’en foutaient ou votaient à droite. Je ne suis pas allé à la bastille. Avoir 20 ans en mai 81, avoir voté Mitterrand et ne pas être allé à la Bastille ce dimanche là, était très certainement significatif de la décennie qui allait venir.

J’ai raté mon 10 mai comme j’ai raté les années 80. J’étais content pourtant ce soir là, de ce changement attendu. On en espérait tant, depuis des années. La réalité ensuite sera décevante mais la réalité est souvent décevante.

Musicalement il ne reste rien non plus ou si peu. Du tout venant pas toujours très reluisant.

Quelques restes parfois, de manière sporadique. Surtout Remain in light des Talking Heads comme une queue de comète. Les premiers Magazine, écoutés seul, comme un plaisir honteux. Je ne lisais plus la presse musicale, n’écoutais même plus Bernard Lenoir et Feedback ou rarement. Juste pour se rendre compte que j’étais largué, que ça ne me parlait plus.

De toute manière, est-ce que j’avais encore envie de ce post-punk rugueux qui n’intéressait que moi. La new wave et ses synthés me conviendrait mieux. Et encore, pas la meilleure… En 1981 ce n’était rien. Ou si peu.

Je me souviens avoir sombré musicalement à partir du moment où j’ai acheté Breakfast in America. Début 80. J’avais résisté avant. Mais Supertramp plaisait plus aux filles que Magazine, PIL ou Talking Heads. Alors j’ai sombré. Complètement. J’en ai pris pour plusieurs années d’errances musicales. Parfois réussies, parfois infâmes… A cause de Supertramp. Il faut bien un coupable finalement.

Avant je ne supportais pas leurs voix de faussets, ce Goodbye Stranger aigrelet qu’elles chantaient et adoraient. On est faible parfois alors on se perd facilement. On dira que c’était une erreur de jeunesse. Mais pas seulement.

Invader : Rubik Breakfast in America (400 Rubik's cubes on Perspex panel)

Je me souviens de l’automne gris qui avait suivi la mort de mon père. On s’extasiait sur les anciens albums qu’on découvrait après coup. School ou Sister Moonshine dans les nuages sombres. Tout l’était. Bloody well right mon cul. J’aimais ça, point à la ligne.

Quelque chose comme une obsession. Quelques années plus tard, pendant longtemps j’ai cru entendre Robert Smith chanter I feel a supertramp… dans Killing an arab au lieu de I feel the steel butt jump.

C’est devenu quasi insupportable maintenant, tant par ce style ampoulé que par les chagrins cachés entre les notes. Les paroles surtout. Il faut bien au moins trente ans pour s’en apercevoir. Je ne sentais pas la tristesse là dedans. Je l’avais juste absorbée. Comme la mienne. Les samedis après-midi à zoner au centre commercial. The meaning jusqu’à la nausée. Mais le sens de tout ça on s’en foutait.

Il aurait fallu jeter ça et le reste à l’époque mais on s’y est enfoncé. C’était douillet et moelleux, il n’y avait pas de raison. C’était porteur d’espérances, on s’est illusionné avec durant quelques années avant de comprendre. On s’est fermé au reste, bercé d’ignorances et de certitudes.

Il y a dans les quatre albums mid seventies de Supertramp, le crime, la crise, les moments les plus calmes et le petit déjeuner, tous les kilomètres parcourus dans la voiture à en user les K7 sans dolby pour ne pas tuer les aigus, crachant leur souffle dans les haut-parleurs de la Renault beige. Des K7 usées à force d’en lécher l’amertume de ces soirées où l’on rentrait seul sans savoir qu’on portait tout ça. On en était léger de conneries, peut être que ce n’était pas plus mal. Le poids finit par peser c’est ça le problème. Alors on rentrait seul dans l’inconscience laudanum de chansons un peu sirupeuses.

J’ai tout gravé entre les notes, dans les silences inconnus. Quand on n’existe pas on en devient poreux comme une pierre ponce. C’était pour ça ces disques, à cause de la porosité. Tout est passé au travers et encore on ne dit pas tout. Même les filles passaient au travers. Elles pensaient que j’avais les bras pour les retenir mais elles passaient au travers, comme le reste. Je m’étais gommé en négatif, personne ne le voyait, même pas moi.

1981, je n’écoutais rien ou si peu. On pourra écouter les post punk mixes de Musicophilia consacrés UNIQUEMENT à 1981, pour se rendre compte de la richesse de cette année là et de ce que j’ai eu à rattraper bien plus tard.

Il reste quand même de l’automne 81, des images étranges, un peu froides et humides, de la chambre et les chansons solitaires et douces amères du premier album de Kate Bush en décalage temporel. Elle chantait Ah feel it feel it my love. Je n’étais pas certain de ce que je ressentais.

1981. Si l’on pouvait choisir une année à revivre dans sa vie ce serait celle-ci, justement parce que rien n’y a été vécu. Ou si peu.

1981, une moitié de 82. Il n’en reste pas grand chose, quelques flashes comme des snapshots de mauvaise qualité. Il faudrait chercher dans les inversibles en 64iso, un jour peut être, pour reconstituer la mémoire disparue. 1981, l’année où je n’embrassais pas les filles en les ramenant après la fac, sur le boulevard en écoutant Supertramp.


NOTA : Ce billet est une reprise retravaillée de deux billets publiés en 2009. Comme les vieux chanteurs has-been ré-enregistrant leurs vieux tubes, je reprends de manière fort opportune ce vieux texte… procédé pas très glorieux… même si c’est juste un prétexte pour écouter à nouveau la belle reprise de Logical song par Sexton Blake.

NOTA 2 : Le tableau représentant la pochette de Breakfast in Amrrica est l’oeuvre d’Invader qui réalise des tableaux avec (en autres) des Rubik’s cube, tiré d’une série Invader’s Top 10 (site en espagnol certes, mais il faut descendre dans la page pour voir les pochettes).

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Catégorie : 1981, 7 Tease, I live in the 80's, Je me souviens

23 Responses to “ 802 Je me souviens #34 (Sexton Blake) ”

  1. Bengalolo on 10 mai 2011 at 8 h 36 min

    Elle est très chouette cette reprise de Logical Song, j’ai eu ma période Supertramp, mais plus best of forcément (génération oblige) j’en garde pas de mauvais souvenirs

    • KMS on 10 mai 2011 at 9 h 23 min

      Ah ah tu n’as donc aucune excuses, moi j’étais en plein dedans, breakfast in america était partout tu ne pouvais pas y échapper. En même temps, à l’époque, j’aimais ça…

      • Bengalolo on 10 mai 2011 at 9 h 30 min

        Clair que moi plus grand monde écoutait ça en 93, mais bon School passait encore assez souvent à la radio dans le café ou on allait jouer au flipper. Et puis encore maintenant j’aime bien ce solo de piano, me souviens même m’être endormi le soir de ma première écoute de la cassette, elle a du tourner intégralement, le lendemain tous les morceaux m’étaient familiers, dont Goodbye Strangers que je croyais avoir entendu toute ma vie … bref du bourrage de crane efficace :)

  2. Richard on 10 mai 2011 at 9 h 54 min

    Je n’ai pas échappé à Breakfast non plus, ni par rétropédalage aux trois albums précédents. Je crois que mon préféré était Crime Of The Century, et puis, sur Crisis, A Soapbox Opera bouleversait mes quatorze ans. Je subirai le suivant aussi, le disque avec le funambule sur la pochette. Années d’errance musicale dis-tu. Elles se sont superposées ici avec la découverte des Talking Heads que tu cites, d’XTC, Japan et Peter Gabriel. Ah oui, détail, mes parents, pourtant pas bourgeois pour deux sous, se sont effondrés en voyant apparaître la tête de Mitterrand. Moi je m’en foutais, je ne comprenais pas trop.

    • KMS on 10 mai 2011 at 10 h 30 min

      Oh là là oui celui d’après, avec It’s raining again… il était bien mauvais celui là, je ne l’ai jamais aimé. Et le premier album solo de Roger Hodgson avec la pochette bleue (je ne me souviens que de la couleur).

  3. bruno on 10 mai 2011 at 22 h 26 min

    1981, j’étais au palais des sports pour fêter l’élection de Mitterand avec toute ma famille. J’avais 20 ans et c’était bien la première fois que je voyais des vieux, des jeunes et des entre les deux qui s’embrassaient sans se connaitre. Je partageais ça sans croire vraiment à grand chose mais c’était un chouette moment. J’ai retenu Mitterand et n’ai pas oublié les paroles de Supertramp.

    • KMS on 11 mai 2011 at 19 h 09 min

      Un peu la même réponse que celle que j’ai faite à Synecdoque ci-dessous pour Supertramp.

  4. synecdoque on 11 mai 2011 at 10 h 33 min

    Que celui ou celle qui n’a pas succombé à Breakfast in America balance sur le champ England’s Newest Hit Makers ! Pour moi ce fût en boucle, magie de l’auto reverse, dans la R5 TL familiale (levier de vitesse au plancher, en option) blanche. Et depuis fort fort longtemps plus rien … parfois une plage (ou 2) de Crime of the Century, sans doute par nostalgie. J’ai, par contre, conservé une tendresse intacte pour Indelibly Stamped. Alors je ne connaissais pas du tout cette belle et acoustique reprise de Sexton Blake … fouchtre, 30 ans déjà !

    • KMS on 11 mai 2011 at 19 h 08 min

      C’est générationnel je pense de toute manière. Ceux qui étaient là à ce moment là y ont difficilement échappé. Il y a eu une période où l’on entendait que ça. L’arrivée des radios libres après l’élection de Mitterrand n’aura fait qu’en rajouter une couche…

  5. ann s on 11 mai 2011 at 11 h 24 min

    ✭✭✭✭✭

    • KMS on 11 mai 2011 at 19 h 06 min

      Merci Ann.

  6. PdB on 11 mai 2011 at 21 h 54 min

    (j’ai vu la photo de salvatore adamo qui chante encore( dur) au rex) (y’a aussi l’autre sale con, mais je dis même pas son nom à ce connard) la reprise est vraiment 5 étoiles c’est bien vrai (comme l’article mixé blabla) (j’ai même pas voté en 81, jsuis même pas allé à la bastille, j’avais dans l’idée que ce mitterrand-là avait créé les crs, que le pouvoir droite gauche centre, c’était de la daube, et ni dieu ni maître/élections-piéjacons…(j’ai toujours préféré le cinéma et la musique à la politique)(dlamerde) (c’est parfois fatigant…)

    • KMS on 12 mai 2011 at 7 h 53 min

      Tu fais un rapprochement entre Supertramp et Adamo?

      • PdB on 12 mai 2011 at 23 h 25 min

        supermo et adatramp, je vais me gêner… mais non, quand même pas…

    • ann s on 14 mai 2011 at 11 h 09 min

      la reprise est chouette mais les 5 étoiles étaient pour le ton et l’écriture de ce texte

  7. laurence on 11 mai 2011 at 22 h 05 min

    ah oui moi aussi cela me rappelle des mauvais souvenirs finalement Supertramp… L’âge ou l’on se cherche. Même en cours d’anglais on avait travaillé sur Supertramp c’est dire…
    Enfin bon moi je suis un fille, je pourrais avoir des excuses, mais voulais seulement croire que j’aimais pour faire comme les autres filles. En vrai j’aimais Ian Dury je crois, mais comme j’étais la seule des secondes…

    • KMS on 12 mai 2011 at 7 h 53 min

      Voilà c’est un peu le problème lorsque l’on se sent isolé dans ses choix musicaux… ça pousse à la dérive…

  8. Sophie K. on 13 mai 2011 at 0 h 07 min

    Bon, de mon côté, je n’y ai pas échappé non plus à Supertramp, mais j’ai largué le truc assez vite, j’étais plus Talking Heads, j’y retrouvais curieusement ce que j’aimais aussi dans certaines notes d’Afrique, Fela Kuti etc. Pis y avait Marley, mort peu de temps après. La Bastille, bof, je n’y suis pas allée, j’ai jamais trop aimé la naïveté festive, et on le voyait venir de loin, le renard, même si j’ai aussi voté pour lui. Me suis toujours méfiée des politiques, au fond, même à vingt ans.
    Très joli post, Kimiou. Tu as bien fait de le reprendre.

  9. Sophie K. on 13 mai 2011 at 0 h 14 min

    PS : Très chouette, la pochette d’Invader.

    • KMS on 14 mai 2011 at 9 h 48 min

      Tu as regardé les liens le concernant? Il a fait plein de pochettes comme ça. Il a aussi reproduit plein de tableaux célèbres de la même manière.

      • Sophie K. on 18 mai 2011 at 11 h 53 min

        Oui, c’est étonnant, j’dois dire. Il travaille comme Seurat, finalement… Ce qui est marrant, c’est d’avoir eu l’idée d’utiliser les Rubik’s Cubes.

  10. Dr GlamoorKosmik on 13 mai 2011 at 18 h 11 min

    Supertramp !!!!!!!!! Beurk !!!!! SuperNAZE oui.
    Sinon 81, moi c’était Bauhaus et the gun club.

  11. La méli-mélo on 21 mai 2011 at 19 h 02 min

    J’ai cru u moment que j’étais revenu en 81, j’ai fait comme toi, une « resucée » (pas très élégant en ce moment comme mot » d’une note que j’avais faite sur mon ancien blog, quoique moi je n’ai pas changé un traitre mot… Vingt ans en 81, les partiels, Bernard Lenoir, et Blanc-Francard, Feed-Back, et Loup Garou, tous les soirs sur ma radio dans ma studette… Et puis ce jour de mai, si attendu…
    Tiens je vais essayer de trouver du Kate Bush…