797 Flashback (The Unthanks)

25 avril 2011 Par KMS
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The Unthanks: Starless (Album : Last 2011)

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Flashback.
Au début c’est noir et blanc. Rouge aussi bien sûr puisque titré ainsi. Mais d’abord noir et blanc. On commence toujours par la pochette. Et, ces trois lettres rouge. Red. En rouge.
On remonte à loin. L’éclosion de quelque chose.

Il aura suffit finalement, d’un seul numéro de Best acheté. Le deuxième. Mai 75. L’essentiel. Lou Reed en couverture. SG rouge en bandoulière. Tee Shirt noir. Nerfs à vif.

Dedans. Un dossier spécial King Crimson. Texte noir sur fond rouge pour les chroniques. L’importance des mots dans ces quatre doubles page (je les ai toujours)(je peux les recompter). Baudelaire. Plonger au fond du gouffre…. Ces vers.

Difficile de trouver, les mots pour expliquer le choc, culturel, ressenti, alors. Dans les émois de l’adolescence torturée, forcément torturée, les mots, qui parlent avant même de pouvoir, dans ces temps où la patience était le maître mot, écouter la musique.

Le plus étonnant, est peut être de pouvoir encore se voir, prendre le magazine sur le présentoir, en hauteur, au café/marchands de journaux, juste en face, en haut des escalier, nous qui étions, en contrebas, une vie effacée, ça commence aussi par ça.

Red. Les trois lettres rouge. Acheté, plus tard, après Island et Starless and bible black. Comme si on avait voulu respecter une certaine chronologie. Red. Tellement imaginé à la lecture et relecture des chroniques, qu’il n’y aura, même pas de surprise, de choc, à l’écoute, après l’achat un mercredi après-midi, à Paris, vers Saint Michel.

Starless, quand même, alors que l’on connaissait déjà, par coeur, tout l’album précédent, Starless et la bible noire, Starless, la mélodie qui transperce. On gardera ça, comme image, la mélodie qui transperce.

Comment expliquer, c’est impossible. On a gardé gravé dans la chair comme un tatouage, mais comment expliquer. Ça nourrit l’inconscient. Ou peut être même le conscient. A l’époque. Va savoir. Plus de 35 ans plus tard. On a gardé à l’esprit, que c’était l’album de l’ombre. Le noir, le blanc, certainement.

Il en reste la guitare, micro grave, saturation, les notes étirées. Le hautbois. La basse et la voix chaude de John Wetton. La mélodie de Starless, comme une épée au travers du corps. Juste la mélodie. Les étirements progressifs de l’époque ont été perdus on ne les cherchera pas. Juste la mélodie. Comme illustrant tous ces conflits internes peut être jamais résolus, qu’on porte enfouis. On se fabrique tellement ces années là, ces quatorze, quinze ans. Et le désir à fleur de peau jamais assouvi. On se fabrique. Dans la frustration.

Ces filaments laissés derrière soi, entre l’arrêt de bus dans la nuit et la maison, ce chemin où l’on posait déjà avant même d’être arrivé, par simple vue de l’esprit, la pointe du diamant sur le vinyle, anticipant la musique en descendant les escaliers menant vers la rue mal éclairée.

Retour au présent.
On tire le rideau. On se réveille. Cette reprise. Ce groupe dont je ne sais rien. Même pas écouté le reste de l’album. Pas envie. Juste cette reprise. Cette mélodie. Qui transperce. Même après toutes ces années.
Le cornet. La voix de la fille, voilée, les cordes remplaçant le mellotron de l’original. L’acoustique, comme si la chanson avait naturellement vieillie. Avec encore un peu de poussière dessus.

Comme de revoir sa maison d’enfance, sa chambre. Exactement ça. Les bruits familiers du parquet qui craque. Le geste pour fermer la porte, la fenêtre. Les odeurs, toujours présentes. Cette mélodie.

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Catégorie : 7 Tease, Je me souviens

10 Responses to “ 797 Flashback (The Unthanks) ”

  1. fox on 25 avril 2011 at 18 h 51 min

    Thanks… a lot…

  2. PdB on 25 avril 2011 at 22 h 27 min

    ouais, mais la version de King Crimson est quand même plus porteuse de rêveries et d’images (il me semble, mais c’est sans doute parce que il y a si longtemps que je ne l’avais écoutée) (remarque depuis que tu l’as mise là je n’arrête pas de l’écouter… et l’autre aussi, enfin ce sont des souvenirs agréables parce les vingt piges-plutôt plus pour moi- les disques tombés du camion à vendre devant la fac, Jussieu, entre les merguez et les fanzines, le ciné le billard et tout le bataclan…)

    • KMS on 26 avril 2011 at 9 h 13 min

      La partie centrale du morceau n’est pas ce qui a le mieux vieilli. Mais la mélodie est toujours là. Fripp avait tout bazardé après cet album, sous prétexte que l’ère des dinosaures était terminée. Ce qui n’était pas faux.

  3. Oeureka on 26 avril 2011 at 8 h 42 min

    Oui merci.

    La reprise est vraiment magnifique.
    Je ne connais pas les Unthanks mais ils ne se sont pas trompés, et c’est tellement inattendu ce matin que j’en pleure.
    Toujours la même histoire, moins on s’y attend et plus ça me prend au ventre.
    Tant de choses me reviennent là …

    • KMS on 26 avril 2011 at 9 h 14 min

      La reprise est belle oui. J’ai d’ailleurs découvert hier qu’ils avaient (enfin Rachel Unthanks & the winterset (son groupe précédent) fait une belle reprise du Sea song de Robert Wyatt aussi.
      http://www.youtube.com/watch?v=UgRbVL3uXFI

      • Dr GlamoorKosmik on 27 avril 2011 at 12 h 26 min

        et de Sexie Sadie des fab four.

  4. cgavibes on 26 avril 2011 at 23 h 54 min

    La reprise est jolie, même si elle ne me touche pas plus que ça – il y a quelque chose dans la voix de trop coincé qui me chiffonne. Ceci dit, la fin avec la réduction de la partie plus progressive de Starless m’a beaucoup intrigué. Le résultat tient bien la route.
    Red, putain de disque, d’un noir profond, sans espoir, la fin est là, inéluctable. Ecouté des centaines de fois, et pourtant je me souviens parfaitement de l’endroit où je l’ai écouté pour la première fois. Red, disque en forme d’épilogue où des membres de chaque variation antérieure de King Crimson vient jouer des notes. Starless, compo de Wetton rejetée à l’origine car trop pop, retravaillée et rodée sur scène en 73 et 74, avec son final époustouflant qui ne manque jamais de me filer la chair de poule.
    Oh, et si vous croisez un gus portant un t-shirt avec le vumètre dans le rouge figurant au dos de la pochette, il y a des chances pour que ça soit moi…

    • KMS on 27 avril 2011 at 10 h 30 min

      Ah oui je n’ai pas parlé du Vu-mètre à l’arrière de la pochette avec l’aiguille dans le rouge.
      Je l’aime bien cette reprise, elle a un coté papier peint jauni qui me plait.

  5. Dr GlamoorKosmik on 27 avril 2011 at 12 h 24 min

    La voix de John Wetton est superbe sur ce morceau.
    Ce numéro de Best je l’ai aussi.
    Moi le choc fut quelques années avant avec « i talk to the wind » et « in the court of » sur l’album du même nom.

  6. Richard on 4 mai 2011 at 13 h 08 min

    Oh merci, cher KMS… L’un de mes cinq albums préférés de tous les temps, paru la même année que tu-sais-quoi. On touche le fond de la beauté, là.

    (Craig Armstrong a aussi fait euh… un truc avec Starless http://www.youtube.com/watch?v=Zp_X5wHBkEU )