794 Je me souviens #33 (The Ramones)

16 avril 2011 Par KMS
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The Ramones : Today your love, tomorrow the world (Album : The Ramones 1976)

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« Comment, oui comment pourrait-on croire à cette nouvelle scène new-yorkaise dont on nous rebat les oreilles à grand cris prétentieux dans les fanzines? Car enfin, voici des gens [...] qui ne parviendront vraisemblablement jamais à sortir de ce trou de CBGB qui risque, à défaut d’avoir été un tremplin,de devenir leur tombe.
[...]Car Ramones est le degré zéro du rock, fut-il punk.
[...]Mais je veux bien être pendu si en fait les Ramones ne sont pas le groupe le plus propre et le moins dangereux du monde. »

Philippe Manoeuvre, Rock & Folk 115

Je me souviens de la chronique de Philippe Manoeuvre (à lire dans son intégralité) dans le Rock & Folk n° 115 d’août 1976 (disque du mois : Chicago X (avec l’ignoble If you leave me now)), où il descendait en flammes le premier album des Ramones. C’était bien avant que le Phil ne devienne un fan et ne parade en prime time dans quelque émission de télé crochet dans des tee-shirts à l’effigie du quatuor punk new-yorkais. Pardonne mais n’oublie pas.

Je me souviens que ses collègues de Best n’avaient pas été plus gentils. Comme ceux de Rock & Folk ils n’avaient strictement rien compris à cette pierre de Rosette du punk. La presse rock française, à part Eudeline qui faisait figure d’allumé, n’avait de toute manière strictement rien capté au mouvement punk et tentera ensuite péniblement de se raccrocher aux wagons.

Je me souviens que j’étais de leur avis puisque c’était écrit dans le magazine et buvais leurs paroles. J’avais quinze ans. Pardonne mais n’oublie pas.

Je me souviens qu’il m’aura fallu presque un an et les Sex Pistols pour écouter ce premier album et ne pas comprendre a posteriori les critiques acides de Manoeuvre. Je l’écoutais tout le temps. Mes parents trouvaient ça horrible (tout comme Nevermind the bollocks…) ça lui ajoutait de fait un attrait supplémentaire.
Je me souviens que je voulais un jeans troué comme Joey sur la pochette.

Je me souviens que les chansons sont toutes enchaînées sur l’album, comme pour ne pas laisser le temps de respirer, avec ce son de guitare ultra saturé, ces enchaînements d’accords hyper speedés et les paroles qu’on pouvait brailler à tue-tête.

Je me souviens des one, two, three, four de Dee Dee. Je me souviens que Joey avait un panneau avec écrit GABBA GABBA HEY dessus.

Je me souviens qu’en 1978 ils étaient passé à la télé française un dimanche midi après Le jour du seigneur (vidéo ci-dessous).

Je me souviens que la dernière chanson de la 2ème face, Today your love, tomorrow the world a toujours été ma préférée, même si je ne comprenais pas bien ce qu’ils racontaient dans les paroles et ignorais tout de l’importance de celles-ci (à lire).

Je me souviens que cette grande gigue de Joey Ramone est mort il y a dix ans hier. Les morts d’avril… je m’étais dit que 50 ans ce n’était pas un bon âge pour mourir.

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Catégorie : 7 Tease, Je me souviens

17 Responses to “ 794 Je me souviens #33 (The Ramones) ”

  1. Pannouf on 16 avril 2011 at 15 h 54 min

    Pas facile d’imaginer ce que cela pouvait représenter en terme de choc audio. Je ne sais pas si à l’époque j’aurais pu aimer ce jeune groupe de New York…

    • KMS on 16 avril 2011 at 18 h 39 min

      J’ai plus souvenir de l’impact sonique d’Anarchy in the UK mais comme j’avais raté les Ramones à cause de Manoeuvre difficile à dire… maintenant, après toutes ces années, c’est difficile effectivement d’imaginer…

  2. bobig on 16 avril 2011 at 16 h 27 min

    les critiques sont souvent bonnes à lire mais il faut toujours tendre ses propres oreilles pour apprécier..
    je dois avoir loupé pas mal de bons groupes à cause de textes assassins….

    • KMS on 16 avril 2011 at 18 h 40 min

      Disons que maintenant il est plus facile de pouvoir écouter pour avoir une idée.

  3. Guy M. on 16 avril 2011 at 16 h 46 min

    hé, merci d’avoir retrouvé la critique de r&f, je me souviens avoir écrit une lettre d’injure de 4 pages à l’époque
    mais je ne l’ai pas envoyée…

    • KMS on 16 avril 2011 at 18 h 41 min

      Ouais je conserve les preuves à charge.

  4. Mathieu on 17 avril 2011 at 12 h 59 min

    Faudrait que je retrouve ça dans mon étagère à BD, j’ai quelques vieux numéros de Métal Hurlant avec des chroniques musicales de Philou, je me souviens d’une sur Adventure de Television qui était assez proche du #fail aussi …

    • KMS on 18 avril 2011 at 18 h 12 min

      Ah il va falloir que je retrouve celle de R&F histoire de voir…

  5. ann s on 18 avril 2011 at 10 h 38 min

    c’est d’autant plus impardonnable que c’était bourré de sons fifties et sixties donc impossible à considérer comme du boucan vide

    • KMS on 18 avril 2011 at 17 h 59 min

      Voilà, toutes ces références surf/Beach Boys… il a rapidement retourné sa veste ensuite cela dit. Mais cette chronique est significative de la manière dont le punk a été perçu par la presse rock française de l’époque (R&F + Best). D’ailleurs Best s’est plus vite rendu compte qu’il se passait quelque chose. La présence d’Eudeline dans la rédaction à l’époque sûrement.

  6. Thomas on 18 avril 2011 at 10 h 57 min

    Oh dur. On sort les casseroles, là ^^

    A la rigueur, je veux bien lui accorder un bon point sur « si en fait les Ramones ne sont pas le groupe le plus propre et le moins dangereux du monde »… j’avoue n’avoir jamais vraiment compris qu’on ait pu trouver les Ramones « dangereux ». Les Pistols, oui, bien entendu. Mais les Ramones ?…

    Ce qui est marrant, c’est de voir que Manœuvre, en 76, cite les fanzines avec le même mépris qu’il affiche aujourd’hui quand il parle du Net…

    Très bon billet, en tout cas.

    • KMS on 18 avril 2011 at 18 h 02 min

      Probablement parce que la vague punk comme le net les remet en question et que ça, ils n’en n’ont pas vraiment l’habitude. Bon comme j’ai répondu à Ann, il a rapidement changé d’avis ensuite mais il n’a pas été très visionnaire sur coup là…

  7. Dr GlamoorKosmik on 19 avril 2011 at 12 h 24 min

    hahahaha !!!!! Je me souviens de cette chronique de Manoeuvre. Plus blaireau que lui y avait pas, et il n’a pas évolué depuis. Effectivement, les ramones avaient morflé à cette époque (du moins à cause des critiques rock français). Pour notre malheur, le net n’existait pas à l’époque et la plupart d’entre nous écoutions la ligne de conduite de ces « mauvais » penseurs. j’ai eu la chance d’avoir pu me procurer des singles et ensuite l’album (en import donc une fortune pour l’époque) grâce à mon disquaire indépendant (c’est quoi ça???), mon dealer exclusif de l’époque.
    Je vais rechercher dans mes archives, la chronique de best. Effectivement, ils l’avaient aussi descendu en flammes. Normal, ils étaeint encore scotchés à genesis, yes, et le pink floyd tout bouffi.

  8. Chris damned on 5 septembre 2011 at 11 h 31 min

    Des aller-retours comme ceux là, R&F en est coutumier…

    http://shitshishit.blogspot.com/2011/04/rock-folk-ou-le-non-sens-affirme.html

    Y’a que les bobos pour boire leur parole aujourd’hui nan ?

    Tout ce qui est « tendance » est dans le mag, le rock’n'roll n’y est plus célébré depuis belle lurette….

  9. Al on 2 décembre 2011 at 10 h 28 min

    Même âge mêmes souvenirs, logique logique. En même temps que les Ramones, découvert pour part en 77 avec les Clash, je me souviens de l’énorme claque de Suicide (Vega/Rev)et d’une petite merveille qui s’appelait Philipe Doray/Asociaux Associés « nouveaux modes industriels ». Tu as ça dans tes cartons ?

  10. laurent on 6 décembre 2011 at 21 h 02 min

    Merci pour cette archive ahurissante. J’avais déjà souvent entendu que R&F avait été complètement à côté de la plaque au moment de saisir la vague punk rock, mais le lire de ses yeux, ça égratigne. C’est fascinant. Je plains sincèrement ceux qui avaient l’âge de découvrir en direct le punk rock et qui n’avaient que l’avis moisi de ces baltringues pour se faire une idée. Moi, par chance (finalement c’en est une, je m’en rends compte aujourd’hui) j’ai découvert les Ramones et tous les groupes de high-energy rock’n'roll dans les années 90, quand ils avaient une réputation indiscutable et que je n’en entendais que des éloges. J’ai jamais eu à me demander si je ça valait vraiment le coup de jeter une oreille sur ces disques, l’enthousiasme qui transpirait des fanzines m’assoiffait et m’encourageait à en découvrir toujours plus. Vingt ans après j’ai toujours soif!
    Un truc que je regrette en lisant la prose de Philou, c’est de pas avoir eu un magazine ou un blog à l’époque récente où il mouillait pour les petits groupes parisiens, comme j’aurais aimé re-publier sa chronique en remplaçant « Ramones » par « Naast », « Second Sex » ou « BB Brunes » en laissant sa signature! Ces jours-ci, il donne un peu l’impression de découvrir l’eau chaude avec trente ans de retard, non?
    Bon, j’ai lu que même Metal Mike n’avait pas compris tout de suite ce qui se passait sur l’album des Ramones en 76. Six mois qu’il lui avait fallu pour entrer dans le bain, ça montre à quel point c’était radical, on s’en rend peut-être pas compte aujourd’hui. Dans ce cas, notre Fifi, il pouvait dire « je comprends pas, je retourne au lit », histoire de garder un peu de classe… Mais cette critique pitoyable, là…
    Par contre, vous avez vu, ce con est quand même capable de citer « Go Girl Crazy » et d’appeler ça un chef-d’oeuvre, comme quoi il n’était pas complètement bouché à l’émeri. Je me demande combien de personnes n’ont pas acheté les Ramones en se fiant à Manoeuvre, mais ont du coup écouté les géniaux Dictators grâce à lui. Je me fais pas d’illusions, personne ne lit jamais les chroniques jusqu’au bout.

    • KMS on 7 décembre 2011 at 20 h 22 min

      A la décharge de Manoeuvre, il faut bien avouer qu’à l’époque, personne dans la presse rock française avait compris et accepté le truc en dehors de quelques uns dont Eudeline et d’ailleurs pour le punk, Best avait compris beaucoup plus vite que R&F.

      C’est à partir de fin 76 qu’ils ont commencé à comprendre qu’il se passait quelque chose. Il faudrait que je regarde ma collection de R&F mais je crois que la première couv’ de Johnny Rotten c’est en février 78 pour la séparation des Pistols.