787 Pas là (Bob Dylan)

17 mars 2011 Par KMS
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Bob Dylan : I’m not there (Album : The genuine basement tapes remastered 1967)

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Je ne suis pas là. Pour quelques jours. Les cartons, le déménagement. Je ne serai pas là.
J’ai repensé à ce texte et à cette remarquable chanson de Dylan. Restée inconnue très longtemps, du moins si l’on s’en tient à la discographie officielle.

Ce texte a quatre ans. A l’époque, la chanson n’existait encore que sur des bootlegs. Elle ne sera devenue officielle que fin 2007, avec la sortie d’I’m not there, le film de Todd Haynes. Ces jours-ci, le besoin de Dylan s’est fait sentir. Comme pour s’y appuyer.

L’idée un peu idiote de pouvoir entendre une chanson en passant son doigt sur les paroles, malgré l’avancée des liseuses électroniques, ne reste qu’une idée. Idiote ou non. Il y a, me semble t-il, assez peu de contenu multimédia avec les publications électroniques. A part la revue D’Ici là.

J’avais écrit, dans le n°3 : La musique savante manque à notre désir, un texte sur le thème de la musique contemporaine avec une foultitude de liens pointant vers Deezer permettant d’écouter les pièces musicales évoquées dans le texte. C’était une tentative un peu ratée, trop de liens sûrement, pas assez réfléchie.
Le choix de Deezer n’était certainement pas le plus judicieux non plus, mais il était quasiment le seul à ce moment là. Il faudrait essayer à nouveau. Reste toujours le problème des droits, mais le livre numérique musical reste à inventer.

En attendant, je ne suis pas là. Je vais remuer de la poussière. C’est ce dont il est question ici.


Peut être qu’il faudrait juste aller plus lentement, pour que le temps passe moins vite. La société ne veut plus nous permettre d’être lent. Je me disais ce matin que si j’avais un jardin, je prendrai tout l’après-midi pour mal balayer les quatre feuilles mortes jonchant l’allée. Avec le casque sur les oreilles je danserai au gré de la musique autour du balai, en regardant derrière la haie, les mouvements de la rue ou je ne sais quoi, le vol des oiseaux aussi.

Et puis faire de la musique lentement, dans la cave ou dans le grenier. Comme Dylan sur les bandes de la cave. En s’amusant. Comme il le fait sur cette chanson en improvisant directement les paroles. Lentement. Nonchalamment. En dilettante.

Je me suis replongé dans l’intégrale des Basement tapes et c’est un bol d’air frais mais pas trop frais, un peu poussiéreux aussi, on est dans la cave, mais une poussière fraîche. Ca ne doit pas exister ça, la poussière fraîche. A part peut être dans la cave de la maison rose du Band . Ou juste sur ce disque de Dylan. D’ailleurs on devrait trouver collé sur la pochette un autocollant disant que dans ce disque on entend le vol de la poussière fraîche dans le vent des notes. Mais ce n’était peut être pas un bon argument commercial. De toute manière ce disque ne l’est pas. Il n’est pas là pour ça, on ne devrait pas le vendre mais le donner, l’offrir en disant tiens je t’offre un peu de poussière fraîche et les gens souriraient en pensant il est fou mais c’est joli alors ils écouteraient le disque. C’est bien là l’essentiel.


Ou alors il faudrait inventer un papier révolutionnaire. On imprimerait dessus les paroles de la chanson, avec des lettres un peu en relief, comme on trouve souvent sur les couvertures des livres anglais ou américains en version poche. On prendrait la feuille avec les paroles de la chanson et en passant lentement le doigt sur les lettres, on sentirait leur relief et surtout, surtout, on entendrait la musique de la chanson. Doucement. Pas fort. Mais les notes résonneraient quelque part au fond de notre tête et ça serait beau. D’écouter avec le doigt, lentement. Alors on recommencerait. Lentement. Et pour les chansons de la cave de Dylan on pourrait presque sentir l’odeur de la poussière fraîche en même temps que le doigt glisserait en résonance sur les lettres. C’est une belle idée.

Je me suis replongé dans les véritables bandes de la cave. C’est marqué dessus ‘genuine ». Ce qui fait sourire quand on sait que c’est un disque pirate. J’ai envie de réécouter ces 4 cd’s, lentement. En prenant le temps. J’ai commencé par le troisième exprès. Pour brouiller les pistes. Ou pour mieux voir voler la poussière fraîche. Il faut du temps pour ça. On n’imagine pas.

C’est un peu le bordel d’ailleurs dans la cave, comme si tous les personnages de Desolation Row s’étaient donné rendez-vous là, près de la grosse chaudière. Mais je crois que ça me va bien le bordel. Je n’aime pas trop l’ordre, le rangement.
Bon d’accord, parfois la poussière n’est pas si fraîche que ça sur ce disque mais bon. Peu importe. Parce que quand le soleil darde ses rayons par le soupirail grillagé, on la voit avec ses particules scintillantes flottant dans l’air. Et elle nous délivre un message essentiel la poussière. Quand elle vole comme ça, dans les rayons du soleil, elle vole lentement. La poussière vole lentement. C’est ça ce disque. De la musique de danse lente pour la poussière (fraîche) dans le soleil.

Alors en écoutant les bandes de la cave je danserai lentement autour de mon balai . Pour faire comme la poussière, aller plus lentement. Pour que le temps passe moins vite…

Nota : Et puis au sujet des Basement Tapes, on peut lire La république invisible de Greil Marcus, ainsi que Dylan : Portraits et témoignages où il y a un chapitre intéressant sur ces enregistrements (on peut aussi signaler au passage que ce livre est très beau avec une remarquable iconographie).

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Catégorie : Ecoute s'il pleut, Obsessions, Sexties

5 Responses to “ 787 Pas là (Bob Dylan) ”

  1. F Bon on 18 mars 2011 at 21 h 54 min

    je le réécoute une fois à ta santé – d’ailleurs, me réécoutais Big Pink tout à l’heure dans la bagnole – bon déménagement, bons cartons…

    • KMS on 19 mars 2011 at 19 h 30 min

      Tiens du coup ça me donne envie l’écouter mais j’ai tout mis en carton (et pas de Dylan sur Spotify d’ailleurs, c’est une honte, Sony est une honte). Tant pis.

  2. PdB on 18 mars 2011 at 23 h 32 min

    j’ai vaguement le sentiment de revoir avec cette photo la pochette de Sergent Pepper’s dont orne sa page d’entrée de blog A. Gunthert, peut-être à cause de la danseuse, à l’extrême gauche, ou l’hercule derrière elle, qui me semblent des cartons contrecollés… Il me semble reconnaître assis en haut, en chemise rouge franck zappa (combien, 130 et 60 ? bon courage…!)

    • KMS on 19 mars 2011 at 19 h 30 min

      Ce n’est pas Zappa, on ne voit pas bien là parce que l’image est petite mais ce n’est pas Zappa.

  3. Resa on 26 mars 2011 at 23 h 03 min

    Je suis contente d’être revenue vous lire et écouter la musique que vous partagez
    J’ai bien aimé la « poussière fraîche » et la vie lente…
    Bon vent à vous.